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LES PROGRÈS DE L'ART PAR LA BIOLOGIE

Certes les grands artistes d'autrefois avaient porté plus ou moins loin la science du corps vivant. Les génies de l'Antiquité et les génies de la Renaissance avaient eu souci d'analyser ou de disséquer l'organisme humain. Mais quoi pourtant? Savoir dénombrer exactement ces pièces dures qu'on appelle les os du squelette ou ces fuseaux de fibres contractiles qu'on appelle les muscles, est-ce là avoir pénétré à fond le mystère de la forme? \S anatomie suffît-elle ? Et n'y" faut-il pas aussi Y histologie t La physiologie statique suffit-elle? Et n'y faut-il pas encore la physiologie dynamique, sous son double aspect, le polymorphisme et le transformisme ?

Peut-il être indifférent aux artistes, sculpteurs ou peintres, de savoir que, dans le corps animal, le sang circule, — ce qu'on ignorait avant Harvey? Peut-il leur être indifférent de savoir qu'un corps animal est tout un peuple d'animalcules , une sorte d'inextricable grappe d'abeilles, une immense ruche murmurante,

— ce qu'on ignorait avant Schwann et ses pareils? Peut-il leur être indifférent de savoir que la configuration d'un corps c'est une diversification de fondions, ■ — ce qu'on ignorait avant H. Milne-Edwards ou ses émules? Peut-il leur être indifférent enfin de savoir que la morphologie n'est qu'un assouplissement aux conditions d'existence et une adaptation de Vêtre au milieu, — ce qu'on ignorait avant Lamarck et Darwin.

Non, sans doute. Eh bien donc, il faut en convenir : le sens de la forme vivante, à quelque perfection relative qu'il ait pu s'élever chez nos aïeux, ne peut pas ne pas progresser encore.

Grâce à la biologie, il ne saurait manquer de s'assouplir et de s'approfondir singulièrement.

Oui, j'ose le dire, l'avenir connaîtra un art plus profond encore que celui des Phidias et des Michel-Ange.

Oui, les Harvey,les Schwann, les H. Milne-Edwards, les Lamarck et les Darwin, ces scrutateurs de la vie, auront été, aussi puissamment qu'inconsciemment, des révélateurs de la forme.

Et ainsi sera confirmée l'intuition des Vinci et des Gœthe, à savoir, que les progrès de la science et de Y art sont nécessairement corrélatifs.

l'art évolue avec la science.

L'art traduit la science. Entendez : l'art est l'expression des sentiments qu'inspire à l'humanité sa conception du monde et de la vie, c'est-à-dire sa science.

Or la science varie, évolue. Donc varie et évolue aussi l'art lui-même. Ainsi s'expliquent les différences si profondes de l'art païen et de l'art chrétien. Les temples grecs sont de calmes sourires. Les cathédrales gothiques sont des soupirs pétrifiés.

Aujourd'hui nous n'avons pas encore d'art original,

parce que nous n'avons pas encore dégagé notre nouvelle conception du inonde, notre nouvelle science. Cependant il semble que les jours soient proches,

A bien des indices on seul que le sentiment évolue aine évolue l'idée.

A I ia\ers les tâtonnements de l'art contemporain, on j. ressent un idéal obscur. Un je ne sais quel souille, très faible, très lointain, a passé sur les cœurs.

LES PEINTRES d' « AME ».

« Les contours des âmes sont encore pins beaux que ceux des corps » : c'est un ancien qui a prononcé cette divine parole, citée par M. Félix Ravaisson.

Entre tous les peintres, je goûte particulièrement les peintres de portraits.

C'est que, dans la nature vivante, c'est l'homme qui est surtout intéressant, et dans l'homme, la figure, et, dans la figure, la physionomie, et dans la physionomie, le regard, et, dans le regard, le mystère indicible qui y transparaît.

Mais rien n'est plus rare aujourd'hui, parmi nous, ■qu'un bon peintre de portraits ; car rien n'est plus rare en tout temps qu'un peintre capable de comprendre cette chose insondable qu'on appelle le regard humain.

Qu'est-ce donc que le regard humain?

L'œil animal reflète le monde physique : le .ciel, la terre, l'eau, les bois, enfin le monde des formes et des couleurs.

L'œil de l'anthropoïde n'est d'abord lui-même qu'un œil animal. Mais lentement quelque chose d'autre que la vision de la nature y entre, ou plutôt y monte.

Quoi? La vision de la destinée.

Ceci vient du dedans.

L'anthropoïde, lentement promu homme par Y associa-

lion, se voit dans la cité; après quoi, il voit la cité dans la faune terrestre, et la terre dans le monde solaire, et le monde dans l'univers.

Or, ni la cité, ni la faune, ni le monde, ni l'univers, ne sont visibles à l'œil de la chair, mais seulement à l'œil de l'esprit.

Et cette vision du tout se dédouble encore en vision dans l'espace indéfini ou immensité, et vision dans le temps indéfini ou éternité.

C'est cette vision mentale, montée du dedans pour ainsi dire, qui change peu à peu le regard physique en regard moral, ou l'œil animal en œil proprement humain.

L'œil animal reflète le visible simplement. Le regard humain c'est la vision de ïinvisible.

Le regard, c'est Y âme dans les yeux.

Or, combien y a-t-il de peintres qui sachent vraiment peindre l'dme? Combien qui sachent saisir cette ombre lente du destin qui glisse au fond des fixes prunelles?

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