DEUX PORTRAITS DE FEMME
Le peintre Hubert Herkomer, professeur, si je ne me trompe, à l'Université d'Oxford, me paraît y avoir assez bien réussi, dans deux portraits de femme qui ont été particulièrement remarqués à Londres, Berlin et Paris, et dont un certain nombre de reproductions circulent en Europe et en Amérique. Les modèles sont deux Américaines : une jeune fille et une jeune femme ; — la jeune fille en blanc, et la jeune femme en noir.
Je décris rapidement les deux portraits. Après quoi j'essaierai de les comprendre et de les expliquer.
D'abord, la jeune fille en blanc.
Elle est assise sur une chaise à dossier bas et droil,
la tête de face, avec un léger mouvement généra] du corps a droite, les mains réunies et posées sur les genoux, les genoux réunis également; le tout donnant, si j'ose dire, l'impression du rassemblé.
Robe blanche. Corsage à la vierge, décolleté et bouffant.
Vingt ou vingt-deux ans.
Corps de riche structure, bras magnifiques, col rond, buste ample, hanches larges, visage d'un ovale allongé, parfaitement plein et pur. Tête harmonieuse et compacte. En un mot, un organisme superbe, issu d'une race neuve, robuste et active, en pleine période ascendante.
(Jn casque de cheveux noirs.
L'œil grand; mais pas du tout l'œil qui reflète, au contraire, l'œil qui regarde, d'un regard droit et ferme, d'un regard qui appuie, comme l'indique la courbe surbaissée du sourcil.
La bouche petite, presque mignonne, dans ce splendide organisme qui respire la force et l'énergie inconscientes. L'arc nettement dessiné. Les lèvres modelées, mais closes, sans soupçon de sourire, même lointain.
Les deux mains réunies et posées sur les genoux, ai-je dit ; et, ajouterai-je, la droite prise dans la gauche : bras réunis et mains fermées.
Passons à la jeune femme en noir.
Elle est assise dans un fauteuil à dossier bas et demicirculaire, la tète bien de face, avec un mouvement général du corps qui tourne, penche et appuie à gauche, les bras écartés et posés à droite et à gauche sur les bords du fauteuil, les genoux non réunis ; le tout, si j'ose dire encore, donnant l'impression du non rassemblé.
Robe noire. Corsage en pointe, très court, très évidé
282 Li. PSYCHOLOGIE BIO-SOCIALE.
sur les hanches, pour dégager une belle taille jaillissante.
Trente ou trente-deux ans.
Corps élancé, harmonieusement développé, mais avec je ne sais quoi dans l'ensemble de légèrement amaigri, de légèrement affaissé. Bras flexibles, col long, pareil à une tige portant cette belle fleur lourde, la tête. Buste et hanches de structure fine et forte. Visage d'un ovale un peu court, d'une plénitude atténuée, et d'un teint pâli.
Cheveux châtain foncé, bandeaux plats, mollement divisés sur le front et mollement couchés sur les tempes, et couvrant môme le haut de l'oreille.
L'œil, d'une grande et belle courbe tombante. Regard droit, mais sans intensité; regard lointain, regard à demi perdu dans la rêverie naissante, mais perdu seulement à demi.
Et pour confirmer ces trois traits, deux autres encore.
La bouche, un peu grande, un peu mince, très purement dessinée d'ailleurs, semble baignée d'une mélancolie indéfinissable.
Les bras, écartés et posés à droite et à gauche sur les bords du fauteuil, sont pendants, et pour ainsi dire « jetés, comme d'inutiles armes », les mains pendantes aussi, et tout ouvertes, sauf un peu la droite qui retient faiblement un éventail mi-fermé.