XXII INTRODUCTION
bunes le bataillon des forts, murés à jamais, par l'Ancien Régime, dans les fonctions subalternes.
Abstenez-vous seulement de fausser la nature et les lois de la sélection sociale : toutes choses trouvent d'elles-mêmes leur place; et les gens d'initiative et d'intrépidité prennent spontanément la tête de l'humanité en marche.
Dégager l'Elite réelle, mettre en liberté l'Elite réelle : là est le secret de la prospérité et de la puissance.
Napoléon n'eut pas d'autre secret. Et elles doivent être authentiques, ces paroles de Stendhal, citées par le Figaro du 16 décembre 1893, d'après les manuscrits de Grenoble :
La France marchait par l'extrême émulation que Napoléon avait inspirée à tous les rangs de la société. La gloire était la vraie législation des Français.
Le moindre garçon pharmacien, travaillant dans l'arrièreboutique de son maître, était agité de l'idée que, s'il faisait une grande découverte, il aurait la croix et serait fait comte.
Le moindre garçon pharmacien ! Et, inversement, voyez, avec quelle désinvolture Bonaparte traite les princes quand il leur arrive d'être imbéciles.
Il enjoint au roi et à la reine de Toscane (des Bourbons, s'il vous plaît), de venir à Paris. Et, dit M. de Wyzewa, dans la Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1893 :
« Et quand on les eut bien vus, Bonaparte les congédia... Du roi de Toscane il disait à Bourrienne :
« J'en suis fatigué, c'est un véritable automate. Je lui ai fait une foule de questions, il n'a pu répondre à aucum
le. »
INTRODUCTION. Wllf
De tout ce qui a été écrit en ce siècle sur Napoléon, le lointain avenir ne retiendra sans doute qu'un ou deux traits, révélateurs de sa force ou de sa faiblesse. En voici un peut-être. Il est de Stendhal et fait suite aux lignes citées plus haut.
Partout où Napoléon se montrait (et il parcourait sans cesse son vaste empire), si le vrai mérite pouvait percer le rempart de ses ministres et de ses chambellans, il était sûr d'une immense récompense.
Vous entendez bien : le vrai mérite... sûr... immense récompense... Voilà le levier qui soulève le monde.
Et là fut la force miraculeuse de Napoléon. Le miracle n'est que l'adroite et énergique collaboration avec la nature.
Après cela, dites, si voulez, que son rêve fut fou et sa vie forcenée. Certes! Mais quelle science des moyens, dans la folie du but! Et quelle mise en valeur des individus !
Comparez avec Louis-Philippe, homme si remarquablement doué d'ailleurs, mais dont on a dit, à tort ou à raison, qu'il était « habile à user les supériorités sur les infériorités ! » Art sinistre de tuer insidieusement les principes de vie que roulent les artères d'un peuple! Politique à l'oxyde de carbone ! Art de « déglobuliser » le sang des nations !