OPPOSITION ? HIÉRARCHIE
Qu'est-ce que « plaisir et douleur »? Ces deux faits psychologiques s'expliquent par la biologie.
« L'être tend à persévérer dans son être » : cet axiome de Spinosa est le fond de tout.
Or, quand il s'agit notamment de cette catégorie d' « êtres » qu'on appelle les « vivants », persévérer n'est pas toujours commode. Il y faut certaines conditions. Quand ces conditions sont convenablement remplies, la « vie » prospère : il y a accroissement, « plaisir ». Quand ces conditions ne sont pas suffisamment remplies, la « vie » languit : il y a diminution, « douleur ».
La « vie » oscille ainsi constamment entre deux pôles extrêmes : le « cent », qui est le plein et suprême épanouissement vital ; et le « zéro », qui est l'extinction totale de la vie, c'est-à-dire la mort.
On appelle donc plaisir et douleur cette oscillation,
ces hauts et bas de la vie animale. Le « plaisir », tout plaisir, est un gage de vie. La « douleur », toute douleur, est une menace de mort. La plus fugitive douleur, c'est l'ombre de la mort qui passe.
Plaisir et douleur, c'est donc là pour ainsi dire le bio-mètre de l'organisme animal ou physique, considéré soit dans son ensemble, soit dans ses unités composantes.
Qu'est-ce maintenant que bonheur et malheur? C'est l'oscillation, ce sont les hauts et bas de la vie sociale, — comme plaisir et douleur, c'étaient les hauts et bas de la vie animale. C'est le bio-mètre de l'organisme social ou politique, pris d'ensemble, ou dans ses unités élémentaires et constitutives.
Le bonheur est donc irréductible au plaisir, — en ce sens toutefois qu'il lui est, non opposé, mais superposé.
C'est une irréductibilité, non d'antagonisme, mais de hiérarchie.