SOCIALE
Quel sens précis mettre sous ce mot magique : bonheur? C'est là une riche matière à discussion.
Voyons du moins quelle orientation générale nous donnerait notre hypothèse.
Si l'association, si la société, si la cité a pour but de transformer Y anthropoïde en homme, c'est-à-dire de
faire de l'animal in-dépendant etant-agonique un citoyen inter-dépendant et as-socié, et, par là, de conférer à
l'individu une puissance centuplée de comprendre cl de sentir, — comment concevoir le bonheur, sinon comme l'état, encore idéal, où l'individu, séparatiste, réfractaire, sinon antagonique et aggressif, sera complètement socialisé, c'est-à-dire aura dépouillé sa nature animale pour y substituer une nature humaine, se sera élevé de la sensation et de l'impulsion aveugles à la phase souveraine de la raison et de la liberté, et aura échangé enfin sa pauvre et précaire vie de haine et de conflit contre les richesses et les joies de la collaboration savante et de la sympathie profonde?
« Ce monde, a dit le plus noble cœur qui ail battu ici-bas, ce monde est un océan de sympathies : nous n'en buvons que quelques gouttes tandis que nous pourrions en absorber des torrents ».
Si la raison et la liberté sont les produits de l'association, comme la justice sociale n'est encore qu'une ébauche barbare, nous n'avons donc que de bien pauvres rudiments de raison et de liberté.
La société est pareille à une machine grossière qui ne donnerait encore que un pour cent de force utile, pour quatre-vingt-dix-neuf de frottement et de force perdue.
Le progrès social arrivera à renverser lentement cette proportion. Alors l'âme humaine ploiera sous les félicités...