SOLUTION PAR LES DEUX ORGANISMES SUPERPOSES
le « relabor » d'iiorace, et le « chemin qui monte. »
Quelques mots nous suffiront pour détruire cette doctrine, de la seule façon dont on puisse la détruire, c'est-à-dire en la remplaçant.
L'homme doit vivre conformément à la nature, disaient les moralistes païens. A la bonne heure. Mais il y a en lui deux natures : une nature animale, une âme animale, fonction de Y organisme physique, et une nature humaine, une âme humaine, fonction de l'organisme politique.
Le corps et l'âme physique sont dès longtemps constitués. Rien à faire de ce côté. Mais le corps et l'âme politique sont en pleine voie de constitution. C'est là que doivent se tourner les préoccupations et se porter les efforts.
On vous dit : Homme, vis conformément à la nature, à ta nature !
Entendez : Homme, vis conformément à ta nature supérieure, qui dépasse en l'enveloppant ta nature inférieure.
Aie souci de ta nature supérieure, pour deux raisons : c'est qu'elle est une acquisition infiniment précieuse, et de plus, une acquisition extrêmement précaire encore.
Si la pensée animale est respectable, combien la pensée humaine n'est-elle pas admirable !
Et cette merveille nouvelle de l'éternelle création, comme elle est indécise encore, et tendre, et fragile ! Ce n'est pas trop de toute ta sollicitude, de toute la piété, de toute ta ferveur, pour la garder de tout encombre et la mener au plein épanouissement...
La cité physique est construite, et les bénéfices t'en sont acquis (sensation et impulsion). Mais la cité politique reste à construire, et les bénéfices n'en sont encore qu'escomptés pour ainsi dire (raison et liberté). Il te faut donc t' évertuer pour assurer enfin cette conquête incertaine.
Pour l'homme, vivre selon sa nature, c'est donc se soucier de sa nature de demain plus que de sa nature d'hier, car demain est plus lui qu'hier.
C'est, non point se laisser glisser en arrière :
Nunc in Aristippi furtim prœcepta relnbor...
mais, comme on l'a si heureusement dit, c'est s'engager vaillamment dans « le chemin qui monte ». C'est tendre en avant. C'est tendre en haut.