‹ La cité moderneChapitre 211 sur 467 · RANSFORMATION TOTALE DE LA NOTION DE « FÉLICITÉ · texte numérisé non relu

RANSFORMATION TOTALE DE LA NOTION DE « FÉLICITÉ

Une réserve s'impose, à la fin de ces réflexions sur le bonheur.

PASSAGE DE L'APPÉTIT A I/ASPIItATION. 329

Un jour viendra, ai-je dit, où l'homme étant devenu vraiment homme, c'est-à-dire ayant achève s;> lente transformation intérieure, se reposera et se complaira dans sa « nature » supérieure enfin conquise.

Je le répèle : une grave réserve s'impose ici.

Il y a lieu en effet de se demander si la joie nait de la possession ou de Y acquisition.

Il y a lieu de mettre en doute le fameux « beali possidentes ».

Les riches ont tout ce qu'on peut désirer, — tout, sauf... le désir.

Or, le désir est le vrai hien d'ici-bas, — et sans doute de l'univers.

Le désir, disait Platon, en son langage magnifiquement figuré, le désir est fils de la richesse et de la pauvreté. Entendez : désirer, c'est posséder déjà en quelque mesure, et, en une plus grande mesure, ne posséder point. La pleine possession confine à la satiété. Et la satiété, c'est l'immobilité, l'in-activité. Or, pour Leibnitz, être, c'est agir. Ce qui n'agit pas, n'est pas. Le non-agir, c'est le non-être. La satiété, ou mort du désir et de l'action, c'est l'anéantissement.

C'est pourquoi les Allemands ont formulé ce proverbe paradoxal et humoristique. : il vaut mieux courir le lièvre que le tenir!

La « joie », disait Spinosa, c'est le passage d'une moindre perfection à une perfection plus haute.

Un vieux mythe nous montre les dieux de l'Olympe, assouvis et éternels, enviant mélancoliquement les humains, au bref destin, mais si éclatant de passion, si frénétique de vie !

Ce mythe est d'une signification et d'une portée singulières. Il ne va à rien moins qu'à renverser totalement la conception que les hommes se font

de la félicité, — c'est-à-dire, au fond de Dieu même. C'est là toute une révolution religieuse et morale que nous croyons imminente. Or, encore une fois, il ne s'agit là de rien moins que de changer le cœur humain.

Page 1