CHAPITRE XII
PASSAGE DE L'AUTOMATISME A LA LIBERTÉ. IMPORTANCE CAPITALE DU PROBLEME DE LA LIBERTÉ.
Le problème de la liberté, c'est la source intarissable des polémiques.
Les uns disent que c'est un problème insoluble.
D'autres assurent que c'est un pseudo-problème, qu'il n'y a pas là de problème.
Je croirais volontiers, et que le problème existe, et qu'il peut être résolu.
Indiquons-en au moins les données et la solution possible.
Nos actes sont-ils, ou non, déterminés par des motifs, et par conséquent nécessités ?
Si oui, c'est, dit-on, le serf-arbitre, ou, comme on dit aujourd'hui, le déterminisme; si non, c'est le francarbitre, ou la liberté d'indifférence.
Dans le premier cas, nous ne sommes pas maîtres de nous, nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes. Ou, si l'on veut, ce n'est pas nous vraiment qui agissons : nous sommes agis. L'univers nous envahit et nous traverse. Nous n'apparaissons plus que comme un chaînon delà chaîne cosmique, de la chaîne sans fin, — chaînon rivé à sa place incommutable et fatale.
Dans le second cas, au contraire, nous sommes bien réellement les auteurs, les seuls auteurs, de nos actes. Rt le héros virgilien n'est point une pauvre dupe du
mécanisme universel quand il s'écrie généreusement : « Me, me, adsum, qui feci » /
Responsabilité et irresponsabilité, récompenses et châtiments, mérite et démérite, justice humaine et justice divine : tous ces problèmes dominateurs sont suspendus eux-mêmes au problème de la liberté.