LA LIBERTÉ EST FONCTION DE L'ÉVOLUTION SOCIALE
Est-ce tout, cette fois? Et tenons-nous la solution? J'ai failli le croire, il y a quelque dix ans, quand je me suis donné à moi-même cette théorie des trois « moi ». Mais, j'ai vu qu'il n'en était rien. Un premier regard nous a montré la surface du problème. Un second regard nous a fait pénétrer au dedans. Peut-être un troisième regard nous permettra-t-il d'aller au fond.
Tout problème psychologique ou moral est insoluble tant que l'on considère l'individu seul. Il faut sortir de l'individu, et se placer au point de vue de la cité. Toute notre philosophie courante, tant dans l'école matérialiste que dans l'école spiritualiste, est caduque, en tant qu'elle est strictement individualiste.
Le perfectionnement de l'individu est lié à l'évolution sociale, à la genèse de la cité.
Nous le savons maintenant, c'est par l'association, par la société, par la cité, que Y anthropoïde est transformé en homme, Yanimal en citoyen, la « bête » en « ange ».
Le sentiment d'un affranchissement progressif, le sentiment d'une intime libération, le sentiment indomptable de la liberté enfin, c'est, dans l'individu, l'obscur sentiment de sa lente mais sûre métamorphose d'anthropoïde en homme. C'est, ai-je dit, l'aile de 1' « ange » lentement déployée dans la « bête » éperdue...
Nier la liberté, c'est méconnaître cette évolution
immense, cette histoire, celte genèse, celle métamorphose, cette transfiguration.
Nier la liberté, c'est ne voir que les misérables origines « animales », sans soupçonner les magnifiques destinées « humaines ». C'est s'en tenir à l'Ame physique* fonction de l'organisme physique, et méconnaître l'âme politique, fonction de l'organisme politique. Oui, cest méconnaître la genèse de lame supérieure, produit de la cité. C'est, au nom d'un humble passé, nier le splendide avenir.