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LA LIBERTÉ, IMPULSION TRANSFORMÉE

« Impulsion » et « liberté » sont entre elles comme animal et homme.

Y a-t-il là identité, opposition ou hiérarchie? Contrairement à certaine tradition, nous répondons : hiérarchie.

L'impulsion, c'est l'activité animale, simpliste et saccadée pour ainsi dire. La liberté, c'est l'activité humaine, complexe et assouplie.

De ïaclion réflexe, pôle inférieur de l'activité dans la faune terrestre, à ïacte réfléchi, pôle supérieur, la distance est grande.

Information et réponse, simples et subites; information et réponse, complexes et lentes : telle est la différence. Le centre de réception et de transmission, l'organe d'enquête et de décision, le cerveau, est de plus en plus perfectionné, de plus en plus important.

L'impulsion, c'est la liberté d'en bas, ou liberté inférieure. La liberté, c'est l'impulsion d'en haut, ou impulsion supérieure.

Dans le corps animal, en effet, toutes les cellules, sont douées d'irritabilité et de motibilité, de sensibilité et d'activité, de sensation et d'impulsion.

Mais ces facultés de « relation », sont plus spécialement développées dans ce groupe de cellules dirigeantes qui constitue le cerveau.

De môme, dans le corps social, tous les « individus » sont doués de raison et de liberté.

Mais ces facultés appartiennent plus spécialement à ce groupe d'individus gouvernants qui constituent YÉtat.

L'impulsion, c'est donc l'activité du corps animal. Et la liberté, c'est l'activité du corps social.

Entendez : la liberté, c'est au fond, de l'impulsion, mais, tout de même, plus que de l'impulsion.

La liberté, cest de V impulsion transformée, — en entendant ce mot tout autrement que ne l'entendait Condillac. C'est l'impulsion du corps animal transformée dans et par le corps social

De ce point de vue, la psychologie matérialiste et la psychologie spiritualiste sont respectivement et tout ensemble condamnées et justifiées.

Le matérialisme veut réduire la liberté à l'impulsion !

De son côté, le spiritualisme incline à faire de la liberté quelque chose de radicalement hétérogène à l'impulsion et à la détacher de toute réalité!

Réduire la liberté à l'impulsion, c'est vouloir réduire le corps social au corps animal. La liberté est une impulsion d'impulsions, une activité d'activités, — une activité à la seconde puissance.

Quant au spiritualisme, ai-je dit, il semble faire de la liberté le contraire de l'impulsion !

Or, qu'est-ce que l'impulsion? C'est l'activité de l'animal, déterminée par les besoins de l'animal et par

ses rapports avec le milieu, c'est-à-dire par les désirs et les aversions que lui inspire pour les êtres ambiants son légitime et énergique instinct de conservation. Par quoi en effet l'animal peut-il être déterminé à l'action, poussé, mû, sinon par le désir de vivre, par la « tendance à persévérer », et par la connaissance plus ou moins précaire ou consommée qu'il peut avoir « du bon et du mauvais », c'est-à-dire, « du nuisible et de l'utile »?

De son côté, qu'est-ce que l'homme, sinon un vivant aussi, un être animé, et un être tendant comme tous les autres, à « persévérer dans l'être »? Et, à quelles conditions peut-il réussir à persévérer, sinon en apprenant lui aussi à distinguer l'utile du nuisible et le bien du mal?

Admettons, ce qui n'est pas douteux, que les aspirations de l'homme sont infiniment plus vastes et plus hautes que les appétits de l'animal. Admettons que sa « science du bien et du mal » est infiniment plus profonde et plus sublime que la pauvre « expérience de l'utile et du nuisible » de l'animal. Son cœur contient plus d'élan et son œil plus d'espace, soit. Mais l'infinie différence de degré supprime-t-elle l'analogie fondamentale? Faites varier tant qu'il vous plaira le « vouloir », le « savoir », le « pouvoir » vivre, il n'en reste pas moins ce fond commun : vivre ; avec tout ce que ce mot implique, avec toutes les conséquences qu'il entraîne. Il n'en reste pas moins que l'activité de l'homme, comme celle de l'animal, est déterminée à la fois par ce qu'il « veut » et par ce qu'il « sait ».

Que faites-vous, cependant? Vous dites : la liberté est étrangère à l'impulsion ! Vous évidez ainsi V activité humaine de tout son contenu. Vous en faites je ne sais quelle chimérique capacité de se déterminer à vide, je ne sais quelle chimérique faculté d'une creuse entité, l'àme, l'esprit!

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