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PSYCHO-BIOLOGIE ET PSYCHO-SOCIOLOGIE

Dans l'organisme animal, un groupe de cellules, la tête ou cerveau, exerce spécialement les fonctions mentales dites instinctives, — au plus grand profit du corps physique tout entier.

Dans l'organisme social, un groupe d'individus, l'élite ou État, exerce spécialement les fonctions mentales dites rationnelles, — au plus grand profit du corps politique tout entier.

La tête ou cerveau est 1' « âme » de l'animal physique. L'élite ou Etat est Y « âme » de l'animal politique.

Il y a donc une psycho-biologie et une psychosociologie.

A la psycho-biologie ressortissent : la sensation, l'appétit, le plaisir, l'impulsion, — toute la mentalité animale.

A la psycho-sociologie ressortissent : la raison, l'aspiration, le bonheur, la liberté, — toute la mentalité humaine.

NVITUK ESSENTIELLEMENT SOCIALE DE LA PSYCHOLOGIE. 351

RAISON ET LIBERTÉ, RELIGION ET LEGISLATION, INDUSTRIE, SCIENCE ET ART, LANGAGE, — SONT ESSENTIELLEMENT DES PRODUITS SOCIAUX.

Ce n'est pas l'individu, c'est la cité qui est raisonnable et libre, religieuse et législatrice, industrieuse, savante et artiste, pensante et parlante.

Ce sont là tous produits collectifs, tous produits sociaux.

S'agit-il de science et d'art?

Quoi de plus « collectif » que la science, édifice grandiose, temple sublime de l'esprit, où tant de nations et de générations apportèrent, apportent et apporteront leur pierre, humble moellon ou glorieux marbre?

En dépit des apparences, quoi de plus « collectif » que l'art? L'art, semble-t-il au contraire, c'est le triomphe des individualités. Mais ce n'est là qu'une vue superficielle. L'art, cest le cœur humain. Or le cœur humain s'est fait, se fait, par l'évolution. A travers trois mille siècles, les aspirations, les émotions, les passions s'éveillent, se distinguent, s'affinent, se renforcent, s'élargissent et s'approfondissent.

Et c'est dans ces profondes entrailles de l'humanité, c'est dans cette mugissante mer intérieure, c'est dans cette fournaise d'amours et de haines, de transports et de désespoirs, que « l'artiste » va puiser ses ivresses ou ses imprécations.

S'agit-il des arts mécaniques, des arts et métiers, des arts industriels?

Tout cet immense outillage de la civilisation dont nous jouissons sans seulement y prendre garde, qu'estce autre chose que Yalluvion des siècles innombrables? Qui a inventé tel art, tel métier, tel outil? Qui? Et à quelle époque reculée au plus profond des âges?

Pauvres grands inventeurs inconnus, vos noms ont sombré sous la marée des siècles. Légion de bienfaiteurs à jamais anonymes, vous voilà submergés pour toujours, sous la crue muette et implacable du « temps ! » Et pourtant nous vivons enveloppés de vous, spectrale multitude. Qui donc a dit que, près du laboureur d'aujourd'hui qui laboure son champ, marche invisible le fantôme de celui qui inventa la charrue? Si nous savions ! Oui, si nous savions, chacun de nos actes reporterait invinciblement notre pensée et notre gratitude à quelque « âme » des anciens jours; chacune de nos démarches serait une évocation et une élévation. Ainsi serait, que dis-je? ainsi un jour sera en tous ses instants sanctifiée la vie, — d'une sanctification saine et positive, non chimérique et morbide. Le sens social est la source du futur spiritualisme scientifique.

Après la science, l'art et l'industrie, s'agit-il de la religion, de la législation, du langage enfin?

La religion, n'est-elle pas le produit collectif et anonyme du genre humain? Et y a-t-il encore quelqu'un pour croire à des inventeurs de la religion?

La législation, elle, apparaît bien nettement comme la tapisserie sans fin cle cette Pénélope pensive, l'humanité.

Quant au langage, son caractère de produit social a été si largement et si puissamment établi en ce siècle que je ne saurais mieux terminer cette esquisse de l'évolution mentale que par une esquisse de l'évolution verbale qui la suit pas à pas, l'explique et la confirme.

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