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LA GENÈSE DU « VERBE » PROPREMENT DIT

D'ailleurs la parole se compose de deux choses : le vocabulaire et la grammaire. Le vocabulaire, je le sens sourdre de toutes parts, comme les (aux dans les mas-

sifs alpestres ou pyrénéens. Son origine est diffuse et universelle. Il est essentiellement un produit collectif.

Mais que dire alors de la grammaire? Si le caractère collectif et anonyme éclatent quelque part, c'est bien ici. Quel est en effet Yindividu qui aurait pu inventer les dix parties du discours? Faire sortir des adjectifs les substantifs, constituer les pronoms, déterminer les rapports fixés par les prépositions, enfin et surtout épanouir, en la riche et souple complexité de ses voix, de ses modes, de ses temps, de ses nombres et de ses personnes, le « verbe »?

Le « verbe », cette partie du discours qui est devenu synonyme de parole et même de pensée (Aéyoç, verbum)r le « verbe », ce « Protée » mystique, qui saura et dira ce qu'il a fallu de temps et d'efforts diffus et confus, à travers les fuyantes générations, pour en élaborer l'économie profonde et en fixer la souple et savante structure?

Laissons les « voix », malgré le profond problème I de l'action exercée, subie, ou réfléchie. Laissons les « modes », malgré le curieux problème de la subordination. Ne considérons que les « temps » : rien de plus simple, de plus banal même, pour le grammairien vulgaire ; mais rien de plus merveilleux, pour le grammairien psychologue, pour le grammairien biologue. Les temps! c'est-à-dire la distinction du présent, du passé, et du futur, sans compter leurs nuances! On commence à savoir aujourd'hui que cette distinction n'est pas primordiale. Les profonds abîmes du passé et de l'avenir ne s'entrouvraient point encore chez l'homme primitif, muré, comme l'animal, dans ce qu'il faut bien appeler, faute de mot exact, le présent. Un maigre premier plan, c'est à quoi se bornait chez lui la scène intérieure, comme chez les peintres primitifs. Ce n'est que très lentement que s'est creusée la double perspective du

NATURE ESSENTIELLEMENT SOCIALE DE LA PSYCHOLOGIE. 365

prétérit et du futur. Le moment, la durée, le temps, l'éternité! Quels approfondissements successifs ! Quels

lointains de plus en plus insondables!

L'anthropoïde devenait homme, lentement. Et, à mesure, se construisaient en lui cette « memoria » et cette « providentia », dont parlent Sénèqueet Saint-Augustin, pour s'en émerveiller ou s'en épouvanter.

Plus exactement, avec des individus isolés, « sauvages », la cité se constituait, — la cité, système de citoyens, animal d'animalcules. Et ce géant se donnait des facultés géantes.

Comme l'humble instinct s'exprimait dans l'humble cri, ainsi la sublime raison devait s'exprimer dans le sublime verbe.

La parole, c'est le vêtement vocal dont l'élasticité s'assouplit à la hardie croissance de la pensée humaine.

La pensée a sécrété la parole comme la vie marine sécrète ou ses coquilles ou ses carapaces.

Dans les couches profondes du sol, on trouve parfois Y empreinte d'animaux anéantis. Quand la pensée humaine aura disparu, on pourra la reconstituer d'après la parole, où elle a moulé exactement ses flexibles contours.

Pensée et parole sont donc un seul et même produit social vu sous ses deux faces.

LA PSYCHO-BIOLOGIE ET LA PSYCHO-SOCIOLOGIE, ET LEURS TROIS RESPECTIVES SUBDIVISIONS.

La cité est un animal divin : raison, aspiration, liberté, industrie, science, art, religion, législation, parole, sont les aptitudes, les facultés, les produits de cet immense « organisme social ».

Il ne faut donc pas dire : psychologie animale et psychologie humaine. Il faut dire : psychologie de

X animal physique ou cité physique, et psychologie de- Y animal politique ou cité politique.

Et môme le mot psychologie devrait être éliminé, et remplacé par le mot noologie, qui n'implique ou ne rappelle plus guère d'hypothèse extra-scientifique.

La nooloyie serait la science de la fonction mentale, étudiée soit dans Y organisme animal soit dans Yorganisme social, et, dans chacun d'eux, soit dans le « chef », soit dans les « membres ».

Ainsi Y animal physique pourrait donner lieu à deux nooloffies :

1° Mentalité des cellules dirigeantes (cerveau, tête).

2° Mentalité des cellules dirigées (tronc, membres).

Pareillement il y aurait deux noologies pour l'animal politique :

1° Mentalité des gouvernants (hommes publics, élite).

2° Mentalité des gouvernés (simples particuliers, foule).

Enfin on pourrait faire précéder les deux sections soit de la noologie physique soit de la noologie politique par une section préliminaire et préparatoire : la noologie des cellules ou animalcules non encore associés, c'est-à-dire des organismes « uni-cellulaires », tels que l'amibe ; et la noologie des anthropoïdes non encore associés, ou à peine associés, c'est-à-dire des « sauvages ».

Ainsi éclaterait fortement le caractère essentiellement social de ce que nous appelons vulgairement la psychologie soit de l'animal soit de l'homme.

Ainsi éclaterait le caractère antisocial soit de la psychologie matérialiste, soit de la psychologie spiritualiste, c'est-à-dire des deux psychologues courantes.

nature essentiellement sociale de la psychologie.

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