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POSITION VÉRITABLE DU PROBLEME MORAL

Qu'est-ce que le problème moral?

Très largement, c'est le problème des rapports de la force et du droit.

Nous l'avons vu pour le problème psychologique : l'homme passe le plus clair de son temps à se comparer avec le reste des animaux.

Cette comparaison porte sur deux sujets : la nature, et la conduite ; ou encore, si l'on veut, la mentalité et la moralité ; — d'où la psychologie ou noologie, et la morale ou éthique, qui, à elles deux, constituent les deux parties essentielles de la philosophie humaine.

En psychologie, il s'agissait de comparer la mentalité humaine, communément désignée sous le nom de raison, et la mentalité animale, désignée d'ordinaire par le mot instinct.

Ici, en éthique, nous passons de la question de nature mentale à la question de conduite morale.

Or il semble que tout le monde soit d'accord pour caractériser la conduite animale par ce mot, la force ; et la conduite humaine par cet autre mot, le droit.

Ces deux mots en effet sont suffisamment clairs par

eux-mêmes, et disent ou suggèrent tout ce qu'il faut.

La force? Aussitôt s'offrent à l'esprit les idées d'appétit, d'intérêt, d'égoïsme, de passion sans frein, de violence cynique.

Le droit ? Aussitôt s'élèvent en nous des pensées de devoir, d'équité, d'altruisme, de modération, de respect d'autrui, de justice enfin.

Et ces deux catégories de concepts semblent bien, je le répète, caractériseren gros respectivement les mœurs animales et les mœurs humaines.

Mais peut-on se contenter d'une vague distinction, d'un vague parallèle ? Non, il faut scruter les choses de près.

En psychologie, la comparaison de l'homme et de l'animal, c'est la comparaison de la raison et de Y instinct.

En morale, la comparaison de l'animal et de l'homme, c'est la comparaison de la force et du droit.

Qu'est-ce donc que la force ? Qu'est-ce que le droit? Et quels sont les rapports du droit et de la force?

Tel est le problème moral.

Ce problème a reçu jusqu'ici deux solutions principales, que j'appelle largement la solution du matérialisme, et la solution du spiritualisme.

Pour le matérialisme, les rapports des animaux entre eux sont régis par la force. La faune terrestre tout entière est soumise à la terrible loi de la « lutte pour la vie », la loi darwinienne du « struggle ».

Orl'hommeest un animal. Donc la loi du « struggle » est aussi sa loi. Le droit est une chimère. La force est unique reine de la terre et de l'univers.

Pourle spiritualisme au contraire, l'homme n'es! pas animal, ou du moins pas tout entier animal. L'homme est à la ibis corps et ùmc. Aussi entend-il deux voix : la force, voix de la matière ; et le droit, voix de l'esprit. La force est un cauchemar. Et le droit doit prévaloir seul.

Ainsi pour le matérialisme, le droit est une chimère; et il est nié au profit de la force.

Pour le spiritualisme, la force est un cauchemar ; et elle est niée au profit du droit.

ce qu'on entend ici par matérialisme et spiritualisme, en morale.

Je ferai, en morale, les mêmes réserves qu'en psychologie. Par matérialisme ou spiritualisme, en morale, je n'entends ni tel ou tel matérialisme, ni tel ou tel spiritualisme. Encore moins ai-je l'intention de passer en revue les nombreuses variétés soit de la morale matérialiste, soit de la morale spiritualiste.

Mon point de vue est tout autre. Je me préoccupe des croyances générales de mon temps, des croyances du grand nombre, des croyances par conséquent qui, à certains égards, font le destin des nations.

Or la crogance générale, sinon universelle, cesl que les individus ont des intérêts qui se heurtent.

Chaque individu, croit-on, est un centre d'expansion, et d'expansion indéfinie, jamais satisfaite. Or, il arrive, forcément, et très vite, que toutes ces expansions se rencontrent, — et se choquent. Le contact, le heurt, le conflit sont inévitables.

Que faire donc ? Deux solutions semblent s'offrir à l'esprit :

1° Ou bien pousser le conflit à fond de façon à ce que les forts l'emportent, les faibles étant brisés

2° Ou bien atténuer le heurt, le choc, de façon à ce que, les forts se modérant, les faibles soient saufs, ou au moins ménagés.

On le voit, une fois donné le dogme fondamental de Y opposition des intérêts, il n'existe qu'une question, à solution double : que feront les forts ?

Vont-ils se ruer ? Vont-ils se contenir 1

J'appelle matérialisme la force effrénée. Et j'appelle spiritualisme la force réfrénée.

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