‹ La cité moderneChapitre 242 sur 467 · L ETERNEL DEVENIR · texte numérisé non relu

L ETERNEL DEVENIR

Les anciens opposaient la terre au ciel : la terre, lieu des choses périssables, lieu de la naissance et de la mort, de la « gènésis » et de la « phthora » ; le ciel, lieu de l'incorruptible.

La science moderne a fait justice de cette antithèse.

La corruptibilité régit le ciel aussi bien que la terre.

Oui, les astres, eux aussi, naissent et meurent, comme les choses d'ici-bas. Humboldt comparait le ciel, forêt d'astres, à une forêt proprement dite, où l'on trouve des arbres parvenus à tous les degrés de l'évolution vitale, germant à peine, ou déjà arborescents, ou en plein épanouissement, ou déjà décrépits, ou enfin écroulés et pourrissants. Les astres meurent, planètes et soleils ; quelle idée saisissante ! Un poète du vieux temps ne disait-il pas déjà : « Et le soleil qui, dans son vaste tour, — voit courir tant de mers et fleurir tant de terres, — sans savoir où tomber, tombera quelque jour ! » Et n'est-ce pas un de nos plus grands poètes contemporains qui s'est écrié : « Les astres tomberont comme des figues mûres, — qui tombent d'un figuier secoué par les vents ! »

L'immutabilité doit donc être reléguée au rang des chimères. Encore une fois, tout, dans l'univers, tout sans exception, est en travail éternel de composition et

de décomposition. Et lerhythmeSpencérien des intégrations et des désintégrations cosmiques n'a fait que rappeler et confirmer l'intuition du vieil Heraclite : ce monde est un feu qui s'éteint et se rallume en mesure....

Page 1