COMMENT LE SPIRITUALISME PRETEND EXPLIQUER LA NATURE DU DROIT
Mais le spiritualisme s'est-il contenté de protester énergiquement contre la thèse matérialiste, c'est-à-dire contre la négation du droit au profit de la force ?
Non. Il a voulu faire davantage pour le droit. Il a voulu, non seulement en affirmer l'existence, mais aussi en expliquer la nature. Et c'est ainsi que s'est constituée, tant bien que mal, une théorie spiritualiste du droit.
On va voir comment.
Ici, en morale, le spiritualisme a raisonné tout à fait de la môme façon que ci-dessus, en psychologie.
On se rappelle cette argumentation psychologique : la raison est autre chose que la sensation, le contraire de la sensation; or, la sensation procède du cerveau, ou, plus largement, du corps, ou, plus généralement, de la matière; donc la raison procède de quelque chose qui est un non-cerveau, un non-corps, une non-matière, et ce quelque chose nous l'appelons « âme » ou « esprit ».
En morale, le spiritualisme, tel que nous l'avons défini, s'est borné à reprendre cette argumentation psychologique et à formuler le raisonnement suivant : le droit est autre chose que la force, le contraire de la force; or la force ou violence est inspirée par l'appétit ou l'intérêt, lequel lui-môme procède du corps ; donc
AYNTllKSE DU SPIRITUALISME. 395
le droit, qui est le contraire de la force, <isl nécessairement inspiré parle contraire de l'appétit on intérêt, c'est-à-dire par le désintéressement, lequel à son tour procède de ce qui est le contraire du corps, c'est-à-dire de rame.
Force et droit, on violence et justice, c'est donc intérêt cl désintéressement, ou encore, corps el âme.
De sorte que Y âme explique la raison en psychologie et la justice en morale, comme le corps explique en psychologie la sensation et en morale la violence.
C'est partout et toujours le dualisme d'opposition. Et telle est la morale spiritualiste.