CRITIQUE : LE SPIRITUALISME A TRES BIEN PROTESTE
Nous ne nous attarderons pas à renchérir sur ces protestations du spiritualisme en faveur de l'existence du droit. Il est trop évident que le spiritualisme a mille fois raison quand il constate, signale et caractérise avec véhémence ces réalités grandioses qu'on appelle la justice, le droit et le devoir, et quand il les maintient énergiquement en face de la violence et de la force.
Mais ici aussi, en morale, comme plus haut en psychologie, il y a lieu de se le demander : le spiritualisme a-t-il été aussi heureusement inspiré dans Y explication qu'opiniâtrement obstiné dans la protestation ?
Je ne le crois pas, — tant s'en faut.
Certes, le spiritualisme a eu du mérite ici aussi à tenir tête au matérialisme. Il a eu du mérite à faire échec aux apparentes évidences. Il a eu du mérite à braver les discourtoises railleries. En se mettant ainsi à la traverse des engouements populaires ou des tumultuaires déroutes, en sauvant le drapeau, il a bien mérité de la philosophie et de la civilisation.
Il s'est obstiné à dire : non! Non, le droit n'est pas réductible à la force ! Ce faisant, il obligeait les esprits à réfléchir, il permettait de percer à jour le néant des solutions spécieuses et hâtives, il donnait le temps de se produire aux doctrines solides et mûries.