‹ La cité moderneChapitre 254 sur 467 · ANTITHÈSE DU SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

ANTITHÈSE DU SPIRITUALISME

Erreur, car rien ne saurail prévaloir contre L'axiome spinosiste : tout être tend à persévérer dans son vin-. Le roi/loir cire, en effet, est le fait fondamental sur Lequel loutc la création repose. Sans cet obstiné amour de l'existence, quelle créature pourrait durer? La vie, disait Bicliat, c'est l'ensemble des forces qui résistent à la mort. Otez Yégoïsme essentiel des individus et des espèces, tout croule. L'égoïsme n'est pas seulement le ressort de l'univers, il en est aussi le cran de sûreté. L'égoïsme, c'est l'universel et éternel effort qui, seul, élance et soutient l'être au-dessus des gouffres du néant. Tout être veut être. L'existence implique la volonté de l'existence. Un être désintéressé, au contraire, c'est un être qui ne voudrait pas être. C'est un vouloir qui serait un non-vouloir. Tranchons le mot : c'est une conception contradictoire, une pure absurdité.

Erreur, théoriquement, ai-je dit! Mais j'ai ajouté : et pratiquement, folie!

En effet, si l'amour de soi, si le désir de persévérer, si l'égoïsme, si l'ambition enfin, c'est l'instinct légitime et indéracinable de toute créature, et par conséquent de l'homme aussi bien que de l'animal, que penser d'une morale qui se présente elle-même comme la négation de l'intérêt, comme un dés-intéressementl N'est-ce pas vouer la morale à l'exécration secrète ou publique? N'est-ce pas déchaîner soi-même l'immoralité? N'est-ce pas, de ses propres mains, étrangler le droit et juguler la justice?

Involontairement, inconsciemment, la morale spiritualiste vulgaire, autrement, mais autant peut-être que la morale matérialiste elle-même, est un cas de haute trahison.

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