CHAPITRE IV
NÉCESSITÉ D'UNE SYNTHESE
Nous avons entendu la thèse et l'antithèse. Le matérialisme nie le droit, — négation directe et voulue. Le spiritualisme, lui, affirme le droit, et... l'explique. Il l'explique, en en faisant un dés-intéressement, une négation de l'intérêt. Or, affirmer le droit, en tant que désintéressement, c'est-à-dire nier l'intérêt, c'est en réalité nier le droit, sans le savoir, — négation indirecte et involontaire. En effet, l'intérêt, c'est l'affirmation cosmique fondamentale, contre laquelle rien ne saurait prévaloir. C'est la « position » essentielle, contre laquelle rien ni personne ne saurait prendre position. C'est la base tautologique des choses : l'être est, c'est-à-dire veut être. Que faites-vous cependant? Vous dites : la morale, le droit et le devoir, la justice, c'est le désintéressement, c'est la négation de l'intérêt, c'est le non vouloir êlrel
Vous proposez donc comme morale, c'est-à-dire pour diriger la conduite de l'homme au mieux de ses intérêts, quoi? la négation de i intérêt! Et comme l'intérêt ne saurait jamais être nié que verbalement, non réellement et effectivement, c'est donc la morale, la justice, le droit que, à votre insu, vous niez !
Négation voulue, ou négation involontaire du droit,
voilà à quoi aboutissent respectivement le matérialisme cl le spiritualisme.
Et pourtanl le droit existe, quoi qu'en pense le matérialisme ! Et pourtant le droit ne saurait être la négation de l'intérêt, quoi qu'eu pense le spiritualisme!
Qu'est-il donc? N'est-il pas possible de concilier l'intérêt et le droit? N'est-il pas possible de dépasser la thèse matérialiste et l'antithèse spiritualiste, et de s'élever à une synthèse positive?
Oui, croyons-nous; mais il est nécessaire de reprendre les choses de plus haut.