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RAPPORTS DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LA MORALE

Qu'est-ce que 1' « âme » (mentalité supérieure ou proprement humaine, c'est-à-dire raison et liberté)? C'est un produit, une plus-value, un surcroît, un bénéfice dû à l'association, à la société, à la cité, à l'Etat.

L' « âme » est fonction de la « cité ».

Mais la « cité » est longue à construire. Donc T « àme » aussi est longue à constituer.

Et qu'est-ce qui fonde l'association ou cité? C'est un contrat, tacite ou explicite, peu importe; c'est-à-dire une réciprocité de droits et de devoirs, une justice, enfin une morale.

Or une ébauche de morale a donné une ébauche de cité, qui a donné une ébauche d'àme (celle-ci révélée par l'introspective psychologie) : la morale achevée donnera donc une cité accomplie, qui donnera une àme parfaite.

On saisit ici nettement les rapports de ces quatre termes : cité, âme, morale, psychologie.

La morale crée la cité, condition de l'âme ; et Fàme, conditionnée par la cité , est révélée par la psychologie.

La morale est l'institution du moyen (cité), et la psychologie est la conscience du résultat (âme).

D'ailleurs il y a deux morales et deux psychologies, ou plutôt deux phases, soit pour la morale, soit pour la psychologie :

1° Un peu de morale a créé un peu de cité et d'âme, c'est-à-dire un peu de psychologie ;

2° Beaucoup de morale créera beaucoup de cité et d'âme, c'est-à-dire beaucoup de psychologie.

Seulement, de ces quatre termes, nous n'en voyons d'ordinaire que deux : le second et le troisième.

En effet, la psychologie actuelle n° 1 nous révèle ce que nous avons d'âme ; mais nous ne nous inquiétons guère du moyen qui nous a permis de nous procurer ce demidéveloppement, à savoir la morale initiale n° 1, et nous prenons ce que nous avons d'âme pour une possession primordiale et congénitale.

D'autre part, nous aspirons instinctivement à parfaire notre développement que nous sentons bien n'être qu'ébauché, d'où notre morale n° 2 ; mais nous n'avons pas conscience du résultat définitif, c'est-à-dire de l'âme accomplie, objet de la psychologie finale ou psychologie n° 2.

En d'autres termes, la psychologie actuelle nous masque plus ou moins la psychologie ultérieure, et la morale actuelle nous masque plus ou moins la morale antérieure.

LA MORALE, C'EST l'aSPIRATION A LA CITE PARFAITE.

Nous le savons, la construction de la cité politique (organe) et de l'âme politique (fonction), c'est là un chapitre d'histoire naturelle, une page de l'immense et éternelle création.

Par la psychologie, la cité humaine et l'âme humaine

s'efforcenl de prendre conscience du degré d'organisation qu'elles ont déjà atteint.

Par la morale, la cité humaine et l'âme humaine s'efforcent de prendre conscience des progrès qu'elles ont encore à réaliser.

Mais penser une chose, c'est déjà la faire. L'idée est l'embryon de l'acte. Le rêve est le germe de l'être.

La spéculation morale, c'est le secret repli du cerveau social où s'élabore, dans l'intimité moléculaire, le perfectionnement constitutionnel du grand animal politique.

C'est l'association qui a doté le misérable anthropoïde de ce que nous appelons un « esprit » et un « cœur », ou, d'un seul mot, une « âme ».

Mais combien précaire encore, cette association ! Et combien rudimentaire encore, par conséquent, cette « à me » !

Plus de justesse, c'est-à-dire, plus de justice, dans l'association, voilà évidemment le moyen, l'unique moyen, de faire croître l'âme en vigueur et en richesse, c'est-à-dire en force et en joie, enfin en bonheur.

Un indomptable instinct le disait à Rousseau : « Sois juste, et tu seras heureux ». Je dirai plus loin, par où péchait, chez Rousseau du moins, cette parole. Mais il reste vrai que ces deux concepts et ces deux termes connexes, justice et bonheur, sont les deux clameurs jumelles du genre humain.

Toute la morale n'est autre chose que la méditation — et par conséquent la construction — de la justice, cette matrice sacrée du bonheur.

Penser la justice, c'est la créer. Les moralistes (vrais) sont les fondateurs de la cité.

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