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LA GRANDE LIGNE DE DÉMARCATION : AVANT ET APRES

Qu'on veuille bien se rappeler notre esquisse d'une psychologie sociale.

Toute science de l'homme, disions-nous, doit se diviser en deux grandes parties : avant et après, avant l'association et après l'association, à l'état sauvage et à l'état civilisé.

SYNTHÈSE DU MATÉRIALISME ET DU SP1RITI u.l.-MK. 403

Avant, c'est l'humble sensation et l'aveugle impulsion, ce sont les appétits grossiers, c'esl le cri animal.

Après, c'est la sublime raison et la lumineuse liberté, ce sont les aspirations idéales, c'est le verbe presque divin.

Voilà ce que nous disions pour la psychologie.

Mais cette œuvre est-elle achevée? Non. Ébauchée seule ment.

Un peu d'association ou de justice a créé un peu d'âme (psychologie). Beaucoup d'association et de justice doit créer beaucoup d'âme (morale).

La raison et la liberté, c'est la nature supérieure créée dans l'individu par l'association, par opposition à la sensation et à Y instinct, choses animales.

Pareillement le bonheur, c'est Y aspiration supérieure, éveillée dans l'individu par l'association, par opposition au plaisir ou appétit animal.

L'animal s'arrête au plaisir ; l'homme vise au bonheur.

C'est tout un monde nouveau qui s'élabore, un monde d'en haut, par opposition au monde d'en bas, un monde idéal, c'est-à-dire qui n'existe guère encore qu'en idée, mais qui peu à peu se réalise, car l'idéal n'est autre chose que la sourde germination du réel.

Mais encore une fois, grâce à quoi s'épanouit-elle, cette mentalité supérieure, cette « âme » (<J>ux^), objet de la psychologie^ Grâce à l'association, c'est-à-dire grâce à la justice (StitYj), objet de la morale.

CONSTRUCTION DE L'ANIMAL PHYSIQUE ET CONSTRUCTION DE L'ANIMAL POLITIQUE.

Ainsi une dikè est en train de créer une psuchè. Une juste association transforme des anthropoïdes en hommes, c'est-à-dire leur confère lentement des capa-

cités nouvelles et transfigure leur instinct en raison.

Mais l'instinct, cette raison animale, qu'est-ce donc? Nous le savons à merveille. La psychologie nous Ta appris.

L'animal est une association d'animalcules, appelés cellules. Ces animalcules associés sont transformés par l'association, c'est-à-dire que leur humble mentalité est tranformée en une mentalité plus haute. On appelle instinct cette mentalité collective, cette mentalité d'association, cette mentalité du système d'animalcules appelé animal. C'est, si l'on veut, une mentalité du second degré, puisque un système d'animaux, ou cité, produira une mentalité du troisième degré, la raison.

Qu'est-ce à dire, sinon qu'une première association, une première dikè, a produit une première mentalité collective, une première psuchè, Y âme des bêtes, tout à fait de la môme façon qu'une seconde association, une seconde dikè est en train de produire une seconde mentalité collective, une seconde psuchè, Yâme des hommes.

Mais pas plus que la seconde, la première dikè, et, par conséquent, pas plus que la seconde, la première psuchè, ne se sont constituées d'emblée.

Toute association est laborieuse, et tout produit d'association, par suite, est onéreux.

L'animal physique (ou cité physique), a dû, lui aussi sans doute, longuement tâtonner et s'évertuer pour arriver à se construire. Alors la morale était pour lui un effort. Aujourd'hui qu'il est construit, la dikè lui est devenue naturelle. L'idéal, c'est de la nature qui s'enfante et se réalise. La nature, c'est de l'idéal réalisé, de l'idéal au repos.

Et ceci explique Y animal politique à lui-même. En effet, l'animal politique (ou cité physique) devient. Il est en train de se construire. Il est en pleine

période d'aspiration, d'idéal et d'effort. La dikè, ce

n'es! point encore sa nature, tant s'en faut. La moralité, ce n'est point encore sa manière d'être habituelle et instinctive. La dikè, c'est son vœu. La moralité, c'est son effort, sa volonté, souvent sa velléité impuissante.

Moralité, c'est socialité.

L'animal physique, c'est une socialité ou moralité en acte ou effective. L'animal politique, c'est une socialité ou moralité en puissance ou virtuelle.

L'animal physique et l'animal politique s'expliquent l'un par l'autre. Le passé et l'avenir, l'actuel et le virtuel s'éclairent réciproquement.

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