‹ La cité moderneChapitre 259 sur 467 · ORGANISME · texte numérisé non relu

ORGANISME

Mais tout ceci ne résout-il pas l'apparente opposition de la force et du droit?

Force et droit, dit-on, c'est animal et homme. C'est bientôt dit.

Regardons-y de près.

Dans la cité politique, à l'intérieur de l'association, nous trouvons tout un système de rapports, appelé rapports de devoir et de droit, ou justice.

Mais, nous venons de le voir, dans la cité physique aussi, à l'intérieur de l'association des animalcules appelés cellules, nous trouvons tout un système de devoirs et de droits, toute une justice, toute une loi de moralité ou socialité.

Mais en ce cas, il y aurait un droit dans l'humanité, et un droit aussi dans l'animalité. Et alors, que devient l'antithèse de la force, loi animale, et du droit, loi humaine ?

L'antithèse tombe.

Les animaux physiques, entre eux, soit d'espèce

à espèce, soit de race à race, soit même d'individu à individu, peuvent vivre sur le pied de guerre déclarée, ou de paix armée, d'hostilité sourde, d'antagonisme, enfin, latent ou patent.

Mais, à l'intérieur de X animal physique, les animalcales qui le composent sont arrivés à s'associer, à se diviser le travail, à se spécialiser et à se coordonner, en un mot, à se solidariser étroitement et profondément.

Le régime des animaux physiques entre eux peut donc être la violence.

Mais le régime des animalcules entre eux, au sein de l'animal physique, est nécessairement la justice.

Telle est la double loi, externe et interne, du monde biologique.

Or, cette double loi, nous la trouvons également dans le monde sociologique.

Les animaux politiques, entre eux (les peuples, les nations, les sociétés, les cités), peuvent vivre sous un régime d'hostilité (guerres militaires ou financières).

Mais, à l'intérieur de X animal politique, les animalcules qui le composent vivent forcément sous le régime d'association.

De cité à cité, la guerre est admissible, jusqu'ici du moins.

Mais de citoyen à citoyen, au sein de la cité, l'antagonisme est véritablement insensé.

Toute association est une justice ; ou elle n'est pas.

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