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CONTRADICTOIRE

Nous pouvons maintenant voir le néant de la théorie du désintéressement. On dit : l'intérêt est vil. Par conséquent je dois, moi, sacrifier mon intérêt. A la bonne heure. Je dois me sacrifier. Le sacrifice, c'est mon devoir. Soit, encore une fois.

Mais à qui dois-je me sacrifier? A qui? A autrui. Pourquoi donc? Parce que autrui est sacré; sacré dans sa vie, dans ses richesses* dans son honneur. Voilà ce qu'on me dit.

1 irons ceci au clair.

Ainsi ma vie et mes biens, ce sont là des intérêts égoïstes, des choses viles par conséquent. Et je dois les sacrifier à autrui, parce que la vie et les biens d'autrui, ce sont là des choses sacrées!

Soit. Mais d'autre part, vous par exemple, votre vie et vos biens, à ce compte, ce sont là pour vous des intérêts égoïstes, et par conséquent des choses viles. Et vous devez, sans hésitation, les sacrifier; les sacrifier, à moi, par exemple, à moi, qui pour vous représente autrui, à moi dont la vie et les biens sont et doivent être pour vous choses sacrées !

Encore une fois, qu'y a-t-il au fond de tout ce misérable imbroglio?

Il y a que mon intérêt se trouve être à la fois vil pour moi et sacré pour vous, et, réciproquement, que votre intérêt, qui doit être sacré pour moi, est pour vous, au contraire, vil !

C'est-à-dire que la même chose est à fois vile et sacrée !

Qu'y a-t-il, je le répète, au fond de l'imbroglio? Il y a une pure contradiction.

Je dois « moi » me sacrifier à « autrui ». Et « autrui » doit, lui, se sacrifier à « moi » !

N'y a-t-il pas là flagrante absurdité?

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