‹ La cité moderneChapitre 295 sur 467 · LE VICE EST IGNORANCE · texte numérisé non relu

LE VICE EST IGNORANCE

Le devoir, c'est donc ce qu'on doit faire, c'est ce qu'// faut faire, c'est ce qu'on est obligé de faire, — pour atteindre le but bonheur.

Et cela — qu'on doit faire — est déterminé par l'expérience plus ou moins avancée et plus ou moins sûre de la famille humaine à laquelle on appartient.

Le devoir n'est donc qu'un moyen indiqué pour atteindre un but ? Parfaitement.

Mais, en ce cas, si je ne veux pas atteindre le but, que n'importe le moyen ? Le moyen cesse d'être obligatoire. Et la morale s'évanouit.

L'objection est courante et spécieuse. Elle n'est pas solide.

Le but en effet, le but bonheur, il ne dépend pas de nous d'y renoncer. Nul ne peut ne pas aspirer au bonheur.

La nature, l'essence, l'être même de toutes choses, c'est, selon la parole leibnitzienne, « d'aspirer à l'infini ».

Etre, c'est agir. Agir, c'est tendre. Tendre, c'est aspirer.

Tout aspire. Cette aspiration est le ressort de l'univers.

Toute joie, disait Spinosa, avec sa simplicité profonde, toute joie est le passage d'une moindre perfection à une perfection plus haute. L'imparfait ne peut pas ne pas aspirer au parfait.

Le désir, selon Platon, est fils de la richesse et de la pauvreté. C'est une incomplète richesse qui veut se compléter. Ta ne me chercherais pas si ta ne in avais pas trouvé...

Le réel de l'imparfait, c'est la parcelle de perfection qu'il contient. Voilà pourquoi le parfait est plus réel que l'imparfait, ou, pour mieux dire, est seul réel. Voilà pourquoi la perfection, loin d'être l'obstacle à la réalité, comme le croient parmi nous tant d'esprits négatifs, artisans d'athéisme et d'anarchie, est au contraire la condition même de toute réalité, comme Font bien vu à travers les siècles tous les vrais génies. Le parfait, c'est où toute imperfection se fonde. L'argument théologique du « parfait » est le roc de l'univers. • D'où il résulte que, le but étant nécessairement voulu, «, le moyen sera voulu avec la même ardeur, la même véhémence, la même impétuosité, si seulement son efficacité de moyen est rendue manifeste.

Il s'agit donc moins & exhorter les gens que de les éclairer.

Ce n'est pas tant le vouloir qui manque à l'homme que le savoir. L'élan abonde ; montrez seulement le chemin si vous le connaissez.

Platon disait vrai : tout le monde veut le bien ; mais tout le monde ne le connaît pas, il s'en faut. La vertu est science. Le vice n'est qu'ignorance.

Et l'aphorisme de l'Ecole, « omnis peccans est ignorant », relie Descartes à Platon.

Ne prêchez pas les gens. Renseignez-les. J'ai horreur des prêches. Mais j'adore les renseignements.

THÉORIE DU DEVOIR OU IMPÉRATIF. 4M

Le genre humain est clans un pays de fondrières, par une nuit épaisse. Vous le poussez par les épaules pour Le faire avancer. Mais il est rétif, lié ! faites seulement la lumière, et vous le verrez de lui-môme se mettre en marche...

Page 1