CHAPITRE IX
IDENTITÉ DE LA MORALITÉ ET DE LA SOCIALITÉ. RÉDUCTION DU « MORAL » AU « SOCIAL ».
Il y a deux distinctions courantes.
Première distinction :
Le physique et le moral, ou Y animal et Yhomme.
Deuxième distinction :
L'homme et le citoyen, ou le moral et le politique.
J'accepte la première distinction. Je rejette la seconde.
Pour moi « moral » et « humain » sont exactement synonymes de « civique » et « politique ».
Certes, le fait moral est essentiellement irréductible au fait animal, quoi qu'en pense le matérialisme.
Mais, par contre, le fait moral est essentiellement réductible au fait social, quoiqu'en puisse penser le spiritualisme.
Il y a, dit le spiritualisme, quelque chose qui dépasse le « fait animal ». Certes. Mais de ce quelque chose, qu'en fait le spiritualisme? Il en fait une pure entité flottant dans le vide, à savoir, le « fait moral ». Pour nous, au contraire, qu'est-ce que ce quelque chose?
C'est tout simplement le « fait social », le visible et tangible « fait social ».
Pour nous, Yhomme diffère de l'animal, parce qu'il a un moral. Et il a un moral, parce qu'il est citoyen, c'est-à-dire membre d'une cité, participant dune civilisation, enveloppé et pénétré de « politie ».
IDKNT1TÉ LjJC LA MOKALITK ET DE LA SOCIALITÉ. 451
Pour nous, humain, moral, civique, social, politique^ civilisé, sont termes synonymes, équivalent, adéquats.
Certes, il est intolérable de voir réduire le « moral » à 1' « animal ». Mais n'est-il pas pitoyable de voir séparer le « moral » du « social »? Que rcstera-t-il donc du fait moral, si vous l'évidez de son contenu social*! N'est-ce pas retenir la « paille des mots » et laisser échapper le « grain des choses » ? N'est-ce pas lâcher la proie pour l'ombre? Le « moral » et la « moralité », ce ne sont plus là que de vains fantômes, si vous les abstrayez du « social » et de la « socialité ».
Moralité et socialité sont choses rigoureusement identiques.