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LA MÉMOIRE ABSOLUE ET LA VISION TOTALE

Ouellc profonde théorie en un sens que la théorie de la réminiscence dans Platon!

Tout est présent en nous, y compris le passé. Les nouvelles théories de la mémoire, nouvelles ou renouvelées, transforment radicalement les opinions courantes.

Tout est présent en nous, mais disposé sur plusieurs plans, c'est-à-dire avec des dimensions de plus en plus réduites et des tons de plus en plus pâlis, jusqu'à l'évanouissement dans les lointains. La mémoire est la perspective de l'âme, perspective fuyante, et, à vrai dire, sans fond.

Les morts vivent en nous. L'humanité, disait Auguste Comte, se compose de plus de morts que de vivants. Je crois bien.

La biologie va plus loin encore. L'humanité est un système clos. C'est le même sang qui depuis l'origine circule dans les artères, se mêle en des croisements innombrables, et charrie à travers les races et les classes, toutes les aptitudes, tous les vices, tous les instincts. A travers les générations successives, c'est le même être qui persiste. Tout le passé roule dans mes veines. Toute l'humanité fermente dans mon cœur.

Et que dis-je, l'humanité? Toute la vie aussi, et toute la nature. L'homme condense en lui les créations antérieures, et, à mesure que sa pensée s'aiguise, en dé-

môle de plus en plus distinctement l'apparente confusion.

Les nébuleuses ne sont brouillées que pour des yeux débiles. L'œil aigu les débrouille, et y découvre des astres distincts, aux rapports précis, c'est-à-dire des groupes ordonnés, des systèmes, des mondes.

Pareillement notre univers intérieur n'est confus et opaque que pour l'esprit inexercé. A mesure que son esprit s'affine, l'homme déchiffre de mieux en mieux sa complexité intime, où se résume la création.

La mémoire est donc progressive.

Chez l'animal, le sauvage, l'enfant, la conscience n'est guère qu'un premier plan.

Chez l'homme, chez le civilisé, chez l'adulte, la perspective s'ébauche, mais rudimentaire encore, et si brumeuse, et si tremblante, et si courte enfin !

Chez l'individu d'élite, au contraire, la perspective se précise et s'approfondit.

Ainsi à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des créatures, la pensée domine de plus haut et scrute plus avant les richesses qu'elle enveloppe.

L'Etre suprême, celui qui envelopperait toutes choses, serait aussi tout entier transparent à lui-même.

La mémoire absolue, c'est la vision totale. Et la vision totale ne peut appartenir qu'à l'être complet.

Uincomplet, c'est le nom de l'homme.

L' c éternité » seule est un universel « présent ».

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