CONFRONTATION DES DEUX PESSIMISMES
Le spiritualiste dit : cette vie terrestre est odieuse. Mais il y aune autre vie. Entendez : non pas seulement une seconde vie, mais une vie toute différente, une vie fondée sur d'autres principes, régie par d'autres lois.
C'est le dualisme que nous venons de critiquer, — le dualisme qui coupe l'être en deux régions, soumises à deux régimes opposés.
Nous avons affirmé Yunité de l'univers, unité chimique, révélée par l'analyse du « spectre », et unité psychique révélée par l'analyse de la « joie », — c'està-dire unité de substance, unité de loi.
L'unité rétablie, qu'arrive-t-il ? Si toute existence est analogue, sinon identique, à cette existence terrestre,
il faut donc étendre à toute existence le jugement que nous portons de cette existence.
Or cette existence est jugée tantôt bonne et tantôt mauvaise, d'où l'optimisme et le pessimisme terrestres.
De là suit, par conséquent, soit l'optimisme universel, soit l'universel pessimisme.
C'est V universel pessimisme qui se cache dans la doc trine du renoncement absolu.
Avant d'aborder la discussion, il importait de bien marquer en quoi diffère du renoncement provisoire ou demi-pessimisme, ce renoncement définitif ou pessimisme total.
Le demi-pessimisme chrétien du renoncement provisoire, c'est la morale des sanctions posthumes. Le pessimisme total du renoncement définitif, c'est la morale sans sanctions.
Des sanctions posthumes, ou pas de sanctions du tout ! Le sacrifice avec compensations futures, ou le sacrifice sans compensations jamais ! Telle est, paraît-il, l'alternative ! L'humanité n'aurait le choix qu'entre le demi-pessimisme et ce total pessimisme !
Nous avons montré le néant pitoyable de la morale des sanctions posthumes. Montrons maintenant le néant risible de la morale sans sanctions.