DEUXIÈME CRITIQUE : ACTIVITE ET PASSIVITÉ
La « matière », c'est quelque chose de « passif ». L' « esprit » est essentiellement « activité ».
Réponse : c'est là un argument qu'on ne risque plus guère qu'avec une timidité extrême. S'il est en effet une conviction à laquelle soit arrivée ou à laquelle tende invinciblement la pensée moderne, c'est bien la conviction que rien dans l'univers n'est purement « passif », que tout, au contraire, est « actif ».
Tout ce qui est agit, disait déjà Leibnitz. Rien n'est qui n'agisse; ou encore, être, c est agir; et ce qui n'agit pas n'est pas.
D'autre part, le matérialisme lui-même semble bien avoir abandonné enfin la thèse du mécanisme universel, pour s'élever à la thèse de l'universel dynamisme. Toutest force : tel est le dogme du matérialisme nouveau. Et, de ce jour, le matérialisme n'est plus séparé du spiritualisme moniste, que par la question de savoir si en scrutant la notion de force, notion intermédiaire, indécise et comme mixte, on n'aboutit pas à la notion de tendance, laquelle implique l'idée de but ou de fin : auquel cas, le mécanisme se trouverait transformé d'abord en dynamisme et ensuite en fînalisme.
Quoi qu'il en soit de la possibilité de réduire le dynamisme au dualisme, en tout cas la réduction du mécanisme au dynamisme paraît acquise.
Que devient dès lors l'opposition de la matière et de l'esprit en tant que passivité et activité? Elle s'évanouit radicalement.