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DLUXIEME FAÇON DE CONCEVOIR LA « CRÉATION ». TOUT EST « ACTIF

Mais il y une tout autre façon de la concevoir, si l'on se place au point de vue du monisme.

Il s'agit tout simplement de retourner la prémisse fondamentale des dualistes. Au lieu de dire : la matière est indifférente au mouvement et à l'ordre, il faut dire tout au contraire : la matière iiest indifférente ni au mouvement ni à F ordre.

La matière n'est pas indifférente au mouvement, il g en faut bien. Tout ce qui est agit. Etre, c'est agir. Ce <|ui n'agit pas n'est pas. Tout est force, dans l'univers. La « matière », c'est ce qui est visible ou tangible, c'est-à-dire ce qui tombe sous les sens, c'est-à-dire ce qui est connu du dehors. La « matière », c'est l'extériorité de la « force » .

Il n'y a donc pas deux principes, l'un passif etl'autre actif : tout est actif, — à des degrés divers.

La matière n'est pas davantage indifférente à l'ordre. Ceci découle de ce qui précède. En effet, pas de mouvement sans direction. Toute force est tendance.

La force nue, pour ainsi dire, se dépensant sans but, inutilement, ne saurait se concevoir. Et le principe spinosiste reste toujours l'explication fondamentale : tout être tend à persévérer dans son être. Persister, vouloir èire, tel est le fond des choses. Et comme, dans l'universelle compétition, qui n'avance pas recule, il faut traduire persister par progresser. Alors le dernier mot de tout est persister, c'est-à-dire vouloir être, c'est-à-dire aspirer.

Tout « aspire confusément à l'infini » disait Leibnitz. Leibnitz a donc bien vu que Y « individu », partout et toujours, s'efforce de « se développer ».Leibnib a bien vu le but.

Mais ce qu'il n'a pas vu, c'est le moyen.

L' « individu» estprincipe et fin ; c'est de lui que tout part, et c'est à lui que tout aboutit. Mais 1' « individu » n'est pas moyen. Isolé, laissé à lui-même, il ne peut rien. Ce n'est que dans et par Y association qu'il se développe. L' « individu » est principe et fin, mais 1' « association » est moyen : tel est le dogme fondamental sur lequel seul peut reposer toute la philosophie humaine.

L' « individu » tend par conséquent à s'associer, — pour se développer. Mais tendre à l'association, à la coordination, c'est tendre à Tordre.

Il ne faut donc plus dire : la matière est indifférente au mouvement et à l'ordre. C'est exactement le contraire qu il faut dire. La matière, c'est de la force. Et les forces se cherchent pour se coordonner, se systématiser, s'organiser.

Tout chaos cherche un centre pour graviter autour.

L'univers est effort et accord.

Tout aspire et conspire.

Synergie est le mot de l'énigme des choses.

SENS PROFOND DE L'ÉVOLUTION MENTALE DES TEMPS MO- DERNES : c'est le retour du dualisme au MONISME

ET DE LA TRANSCENDANCE A L'iMMANENCE.

Voilà donc bien les deux conceptions en présence :

1° La matière, la nature, passives et chaotiques, et recevant d'ailleurs le mouvement et l'ordre ;

2° La matière, la nature, pleines d'activité et d'aspirations, et tirant d'elles-mêmes le mouvement et l'ordre.

Ce sont là deux conceptions inverses.

Or, à mon sens, ce qu'on appelle Yesprit moderne, c'est tout simplement le lent et laborieux passage de la première conception à la seconde.

L'Europe est en révolution, non pas depuis 1789, non pas même depuis la Réforme, mais depuis la fin du xme siècle.

Et cette vaste et profonde révolution, c'est le retour du dualisme au monisme, ou de la transcendance à V immanence.

Car il ne faut pas confondre révolte et révolution : la révolte, c'est la sortie de l'ordre; la révolution, c'est la « rentrée dans l'ordre ».

La révolution mentale, par laquelle l'Europe est en train de passer du dualisme et de la transcendance au monisme et à l'immanence, c'est donc une « rentrée; dans l'ordre ».

C'est-à-dire que, par dessus la crise médiévale, la moderne humanité d'Occident renoue la tradition avec l'antiquité, et rallie la grande voie du genre humain.

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