CHAPITRE PREMIER
Notre hypothèse doit rencontrer, normalement, dix résistances principales, dix principaux obstacles.
Le lecteur nous saura gré de ne pas chercher à les dissimuler ou à les éluder, mais au contraire de les indiquer et de les souligner bravement.
1er OBSTACLE : LA NATURE DE MON SUJET.
Je n'écris ni une thèse de biologie, ni une thèse de sociologie, ni une thèse de psgchologie, ni une thèse de morale.
Je ne me propose pas d'élucider spécialement tel ou tel des mille problèmes soit biologiques ou sociologiques, soit psychologiques ou moraux, sur lesquels s'exercent, dans tous les pays du monde, tant d'excellents esprits.
Non. Ce que je me suis proposé, le voici.
Il existe depuis l'antiquité, sous le nomdephilosophie, une élude de l homme, considéré au double point de
vue mental et moral. D'où la psychologie et Y éthique.
Or, de nos jours, la science a institué une autre étude de l'homme, considéré au double point de vue vital et social. D'où la biologie et la sociologie.
La philosophie, après les avoir considérées d'un œil assez ombrageux, ou tout au moins assez dédaigneux, a dû se résigner pourtant à faire une place à ces aeax nouvelles venues, — mais avec une sorte de sous-entendu ou de condition tacite, c'est que l'antique et noble psycho-morale et la jeune roturière bio-sociologie resteraient chacune chez elle, et poursuivraient leur marche respective, pour ainsi dire parallèlement, sans mélange, sinon tout à fait sans contact.
Et c'est bien là en effet ce qui paraît avoir lieu : tandis que la biologie et la sociologie étudient tout à leur aise les structures et les fonctions de l'organisme vital et de l'organisme social, la philosophie, ou psychomorale, poursuit son débat sans fin, le débat du matérialisme et du spiritualisme.
Eh bien, je crois que c'est là un état de choses factice, et qui ne saurait durer. Je crois que la psycho-morale et la bio-sociologie ne peuvent coexister parallèlement, sans agir et réagir l'une sur l'autre. Et l'idée de ce livre précisément consiste à faire se rencontrer ces deux disciplines, à les faire se modifier et se transformer réciproquement, et se fondre dans une synthèse où se résoudrait de lui-même l'antique problème philosophico-scientifique, à savoir l'antique débat de Matérialisme et du Spiritualisme.
2e OBSTACLE : NOTRE MECONNAISSANCE DE LA NATURE ET DU RÔLE DES « HYPOTHÈSES ».
Mon livre est une hypothèse.
Certes, théoriquement, nous admettons l'hypothèse.
Nous la préconisons même, comme le ferment du progrès scientifique. Mais ces bonnes dispositions sont toutes théoriques. Pratiquement, nous restons rebelles à l'hypothèse.
Hypothèse ne peut être démonstration : voilà ce que nous oublions constamment. Au fond, une hypothèse, c'est une piste.
On m'accusera peut-être d'apporter, au lieu d'une démonstration minutieuse, une intuition toute personnelle, et de ne pas faire voir dans le dernier détail la cité créant la raison.
Démontrer minutieusement l Faire voir dans le dernier détail ! Voilà ce que nous exigeons d'emblée. Quant aux intuitions, nous en faisons bon marché!
En toute sincérité, je crois qu'il y a là, non pas seulement exagération, mais erreur, erreur totale, — méconnaissance des lois de la découverte scientifique, et par conséquent atteinte à la germination des idées, stérilisation involontaire de l'esprit.
Tout le monde sait qu'il y a deux sortes de savants : les hommes à idées, à vues, à intuitions ; et les hommes d'enquête, de calculai decontrôle minutieux etrigoureux.
Les premiers sont aventureux parfois, mais féconds. Les seconds sont sûrs, mais parfois stériles. Ces deux espèces d'hommes, qui souvent se détestent, sont en effet inverses, mais complémentaires. Sans, les premiers, après tout, qu'auraient donc à vérifier les seconds ?
Trouver le vrai, d'abord; le vérifier ensuite : telle est la marche logique. En toutes choses, les trouveurs passent devant.
« M. E. Naville, dit M. Victor Brochard, a montré nettement et d'une manière définitive que toute découcouverte scientifique a commencé par être une hypothèse» {Les Sceptiques grecs, chez F. Alcan; conclusion,
p. 422, note). Et qui fait plus autorité, en méthodologie, que M. Victor Brochard ?
Les trouveurs de sources, les chercheurs d'or, les grands détectives même, les intuitifs scientifiques et les prophètes politiques, ce sont tous là des hommes de flair, des hommes de divination, d'inspiration, à' illumination. Et leur devise à tous, c'est le mot si connu : « Je n'en sais rien-, mais fen suis suri »
Que faisons-nous pourtant? Nous prétendons exiger d'eux qu'ils démontrent minutieusement, qu'ils prouvent dans le dernier détail !... Le plus souvent, ils seraient bien empêchés de nous expliquer leur instinctive certitude : ils ne se l'expliquent pas à euxmêmes !
Expliquer : nous touchons là au vif de la question. « Explicare », c'est dérouler, développer, analyser l'opération mentale.
Or, toute découverte est une synthèse ; Y analyse n'est faite qu'après, et, d'ordinaire, par d'autres.
Les choses se font : voilà la création. Comment se sont-elles faites : c'est l'enquête après coup. Vérifier n'est pas découvrir. Les poétiques et les rhétoriques ne précèdent pas la poésie et l'éloquence, mais les suivent seulement.
Toutes les grandes choses, philosophiques ou politiques, sont œuvre d'intuition, d'inspiration, de foi, et non d'analyse, de discussion, de raisonnement.
Quand arrive l'heure de l'analyse, c'est que la minute de la création est passée. « Spiritus fiai ubi vult » : quand se mobilisent les enquêteurs, le souffle créateur est déjà loin.
D'ailleurs, entre intuition et analyse, il n'y a pas différence de nature; l'intuition est une analyse foudroyante, et l'analyse une intuition décomposée en ses moments successifs.
Seulement il est rare que Yartisie qui a le tour de main sache le décomposer.
Pareillement, la vieille et stupide opposition de la raison et de la foi n'a pas de raison d'être : la foi est une raison confuse, et la raison est une foi distincte, — au sens où Leibnitz prenait ces mots profonds.
Seulement c'est la foi confuse qui crée ; car en elle est la fermentation du « chaos » qui aspire à se débrouiller en « cosmos ». La raison distincte, c'est déjà la période du refroidissement. La foi est fumeuse, — parce qu'elle bouillonne. Et le raisonnement est limpide, — parce qu'il est glacé.
Tous les génies, tous les hommes capables de génération spirituelle, sont plus ou moins « inarticulés ».
Tous les originaux, tous les hommes capables d'être Y origine de nouvelles réalités, sont plus ou moins inconscients.
Quel est l'élu de la terre? C'est celui qui porte en lui-même « la grande mer innommée de pensée ». Quiconque trouve tout « clair » ne soupçonne pas l'infinie profondeur. Quiconque peut manier son âme entière comme un jeu de cartes a grande chance de n'être jamais créateur.
Je crois donc que nous commettons trois erreurs graves : l'analyse n'incombe pas nécessairement à l'inventeur; l'analyse en tout cas est ultérieure quant au temps ; et l'analyse enfin n'est que contrôle, et non création.
Dire à quelqu'un : au lieu d'une démonstration minutieuse, vous ne nous apportez qu une intuition, — c'est lui dire : vous ne nous apportez qu'un germe vital qu'un principe de vie! Vous ne nous apportez que la viel
Dans un œuf, par exemple, il y a une masse énorme qui n'est que le vitellus nutritif; mais il y a un point qui est le vitellus germinalif. C'est ce point qui est le
principe de vie, le germe de l'être qui doit se développer.
Or, il en est des créations mentales comme des créations vitales. Là aussi, ce qui importe, c'est le vitellu* germinalif.
Ce qui importe, c'est le grain confié au sol, c'est Vidée semée dans l'esprit humain.
Carlyle l'a dit admirablement :
« Vous prenez du froment pour le jeter dans le sein de la terre : votre froment peut être mêlé de balle, de paille hachée, de balayures de grange, de poussière, et de tous les rebuts imaginables ; peu importe : vous le jetez dans la bonne et juste terre ; elle fait pousser le froment, — tous les rebuts, elle les absorbe silencieusement, les ensevelit ; elle ne dit rien des rebuts. Le froment jaune est là qui croît; la bonne terre est silencieuse sur tout le reste, — elle a silencieusement tiré quelque parti de tout le reste aussi, et elle ne fait aucune plainte à ce sujet! Ainsi en est-il partout dans la nature ! »
Reprocher à une hypothèse, à une vue, à une intuition, à une idée, de n'être qu'une idée, et encore d'être mêlée d'erreurs, — c'est reprocher à la poignée de grain que jette le semeur d'être mêlée de paille, et aussi de n'être pas encore moisson!
Je propose mon hypothèse. Je sème mon idée, si humble soit-elle. Tout ce qui en elle est paille, la « bonne et juste terre » le pourrira ; et tout ce qui en elle est grain, la « bonne et juste terre » le fera germer, végéter, fleurir et fructifier.
Quant à démontrer minutieusement, à prouver dans le dernier détail, j'estime à cent ans au moins le temps nécessaire, je ne dis pas pour vérifier complètement et définitivement, mais pour mettre hors de doute la vérité certaine que mon livre résume et formule ainsi : la raison est fille de la cité.
DIX PRINCIPAUX OBSTACLES, lii-'j
3* obstacle : notre méconnaissance du mode d'avènement de la vérité.
Le transformisme csi-il vrai ou non? On ne sait encore. Mais ce qui est certain, c'est que cette hypothèse, qui choquait si violemment l'esprit des naturalistes d'hier, ne choque plus guère les naturalisas d'aujourd'hui. Et ceux môme qui y sont rebelles l'étudient et la discutent fort tranquillement.
Qu'est-ce à dire, sinon que le scandale est moins dans les choses que dans les hommes ?
Quand un homme a, comme on dit, son siège fait, toute grande nouveauté l'inquiète et le scandalise ; car il ne se sent plus la force de recommencer sa vie. Bien rares sont ceux qui savent rester plastiques indéfiniment. Le grand nombre, à un moment donné, se fixe une fois pour toutes. Et il n'y a là rien que de très naturel, et en un sens de très légitime, et même, au fond, de très utile : la résistance du passé est la bienfaisante épreuve de l'avenir.
Mais cette même nouveauté qui a scandalisé une génération, la génération suivante qui la respire et l'aspire, pour ainsi dire, en naissant, s'y habitue sans y penser même, et y trouve naturellement sa patrie.
Je ne sais où j'ai lu que Harvey ne put faire accepter sa découverte que des médecins âgés de moins de quarante ans.
Ainsi mon idée que le psychique c'est strictement du politique, ou le moral du social, cette idée, dis-je, devra choquer nécessairement tous ceux dont la spéculation n'a pas assez assoupli l'esprit pour qu'ils puissent se dégager au moins en pensée d'une tradition de vingt siècles.
Les idées nouvelles ne sauraient être intronisées
dans le monde que par les générations nouvelles.
En voyant de quoi se scandalisaient nos pères, peutêtre pourrions-nous tâcher de ne pas trop prêter à sourire à nos fils.
L" 'évolution des idées ne se fait que par la révolution des générations.
4e OBSTACLE : LE PREJUGE DES « FACULTÉS ».
Ma thèse est : la cité transforme ïinstinct animal en raison humaine.
Une des premières objections sera : comment la cité peut-elle bien transformer du «plomb vil » en « or pur » ? C'est le grand œuvre, c'est la pierre philosophale, c'est la renaissante alchimie. Et la transmutation des facultés n'est pas moins miraculeuse que la transmutation des métaux.
A cette objection, nulle réponse possible directement. Il n'y a d'autre ressource que de changer lentement les habitudes d'esprit, qui seules ont pu susciter cette objection et la rendre spécieuse. Et c'est ce que j'ai expliqué au chapitre sixième du livre II.
La raison et l'instinct, en effet, ne sont pas des « facultés », comme le plomb et l'or sont des « métaux ».
Raison et instinct, ce ne sont là pour nous trop souvent que des abstractions glacées et durcies. Mais sachez les tiédir, les résoudre, les fondre, et tout va changer.
Qu'y a-t-il sous cet unique et simpliste mot, « instinct »? Il y a toute la mentalité animale. Et sous cet unique et simpliste mot, « raison » ? Il y a toute la mentalité humaine.
C'est donc tout un monde qui se cache sous chacun de ces arides mots î
Mais il y a mieux. Que veut l'animal? « Persévérer »,
DIX PRINCIPAUX OBSTACLES. :,:;i
vivre, et, pour cela, il s'ingénie et s'évertue. El que
veut l'homme? « Persévérer », et vivre, aussi ; el pour cela, lui aussi, ne cesse de s'ingénier et de s'évertuer.
Tous deux subissent les impressions du dehors, recueillent les informations externes. Et tous deux obéissent aux appétits du dedans, suivent les impulsions internes.
Que les impulsions intérieures soient plus ou moins souples et variées, et que les informations extérieures soient plus ou moins abondantes et précises; que l'élan soit plus ou moins énergique, et que l'horizon soit plus ou moins vaste, — certes, ce sont là d'importantes différences de degré, mais non des différences de nature et de fond.
L'instinct, c'est Y intelligence animale ; et la raison, «'est Y intelligence humaine.
Intelligence, ici et là. Mais qu'est-ce donc que l'intelligence? Nous avons vu cette définition : l'intelligence, c'est le « trésor des idées » .
« Trésor des idées » ! L'expression peut paraître critiquable à certains égards ; il n'importe ; elle a un mérite immense, celui de résoudre une abstraction simpliste en une complexe réalité.
Résolvez Y « instinct » en expérience animale, et la <( raison » en expérience humaine, vous obtenez du coup deux cercles concentriques, d inégal rayon sans doute, de très inégal rayon, mais de même centre.
La mentalité humaine n'a pas jailli du néant, tout à coup, sans parents et sans racines : elle est sortie par développement de la mentalité animale, celle-ci fort antérieure, fort ancienne, et déjà très riche d' opérations et très solide de structures.
Dès lors l'instinct et la raison n'apparaissent plus comme deux métaux hétérogènes et irréductibles, tels -que le plomb et l'or.
Dès lors il n'est plus question de transmutation des métaux ou des « facultés », de grand œuvre, de pierre philosophale, d'alchimie, de miracle enfin.
Dès lors il ne s'agit plus que d'un seul et même capital mental plus ou moins accru, de l'animal à l'homme.
Dès lors il ne semble plus si extraordinaire de prétendre que l'association des hommes, la division du travail social, la constitution des diverses professions, et enfin et surtout l'apparition d'un groupe d'hommes d'étude ou corporation scientifique, ait pu accroître le « trésor des idées » et grossir le « capital mental » formé au cours de l'immense évolution biologique.
Quand se sera dissipé le préjugé des « facultés », notre transformation de l'instinct en raison, notre psychologie sociale, apparaîtront toutes naturelles et évidentes.
5e OBSTACLE : LA FAUSSE OPPOSITION DE « NATURE » ET « ART ».
Je l'ai dit : que la société soit un organisme, j'incline fort à le croire, mais ce n'est pas absolument ce que je me suis proposé de démontrer. Je ne serais donc pas, à la rigueur, tenu de répondre aux objections qui pourraient venir de ce côté.
J'y dois répondre pourtant dans une certaine mesure. En effet ma terminologie semble impliquer que j admets pleinement l'assimilation. Cela tient à ce que mon langage se ressent et de mes dispositions intimes et des idées courantes, lesquelles ont au moins familiarisé les esprits avec une conception biologique de la cité.
De là peut naître chez le lecteur une instinctive résistance, contre laquelle je voudrais un peu me prémunir par une brève remarque.
Supposons que j'admette expressément la théorie
de la cité-organisme.
Encore faut-il remarquer qu'il ne s'agit pas lu d'une identité, ni même d'une ressemblance, mais simplement d'une analogie.
Toute définition implique deux éléments : le genre et la différence. A supposer qu'on veuille définir cité par organisme (genre prochain), encore restera-t-il à ajouter la différence spécifique. Et la cité sera donc toujours quelque chose d'analogue sans doute à un organisme, mais aussi quelque chose de fort différent...
Shakspere, en quelques vers de Troïlus el Cressida, cités par M. Fouillée, a admirablement dépeint l'énorme animal social :
... Pendant que le bras armé combat au-dehors, La tête prudente se défend au dedans, Car tous les membres d'une société, petits et grands, Chacun dans sa partie, doivent agir d'accord, Et concourir à l'harmonie générale comme en un concert... C'est pourquoi le ciel partage la constitution de l'homme en
[diverses fonctions Dont les efforts convergent par un mouvement continu Vers un résultat et un but unique : — la subordination... Il y a dans l'âme d'un peuple une force mystérieuse dont l'histoire N'a jamais osé s'occuper, et dont l'opération surhumaine Est inexprimable à la parole et à la plume.
« Animal social », est-ce là ou non une métaphore? C est sur quoi discutent nos sociologues contemporains, divisés en « nominalistes » et « réalistes ».
Eh quoi! s'écrient les « nominalistes », les sociétés seraient donc, comme les organismes, un produit de l'aveugle et fatale nature, et non point une œuvre de la volonté et de la liberté humaines, une œuvre de Y art humain !
C'est l'objection tirée de l'opposition de la nature et de l'art.
A quoi je réponds d'un seul mot : la nature est artiste, et Varl est naturel.
Ainsi tombe la vieille et fausse antithèse. Joseph de Maistre, cité par M. Fouillée, le disait hardiment : « La toile du tisserand est aussi naturelle, au fond, que j la toile de l'araignée ».
6e obstacle : l'illusion d'optique interne. Un psycho-moraliste, et des plus déliés, dit :
Un corps vivant est, selon M. Claude Bernard, une véritable société de cellules, comme nos sociétés sont des systèmes d'individus.
Mais il y aura toujours cette différence que, dans le premier cas, c'est le tout qui est Vunité visible, et, aux yeux de tous, la vraie réalité', tandis que, dans le second cas, c'est la partie, savoir « l'individu ».
Je traduis : quand, moi, homme, je considère un animal, je vois le tout, je ne vois pas les parties. Au contraire, quand je me considère moi-même, je vois une partie, qui est moi ; je ne vois pas le tout, qui est la cité.
Telle est la différence des deux cas. Dans le premier ■csls,Y unité visible, c est Vunité résultante ; dans le second cas, Vunité visible, c'est Vunité composante.
Il y a deux unités, exclusivement visibles ou invisibles.
Voilà ce que constate notre auteur. Et voilà qui est fort exact.
Mais suit-il que des deux unités, dont une seule visible à la fois, celle-là seule qui est visible pour le moment soit la seule vraiment réelle"! Et faut-il prendre une illusion d'optique pour mesure de la réalité
La méprise est évidente. Pour la mieux faire saisir, il suffi! d'une remarque : pour la cellule engagée dans X animal, la seule unité visible, c'est elle-même, qui esl partie dans le tout. Suit-il que Y unité du tout, pour ne lui être pas visible, ne soit pas réelle?
Le cas de Y individu engagé dans la cité est exactement le même.
Notre auteur dit encore :
lue société est bien un tout vivant, un organisme, mais ce n'est pas au pied de la lettre une personne; elle na ni volonté, m conscience propre en dehors de ses membres.
Ceci, c'est l'argument universel des nominalistes. •C'est toujours avec étonnement que je l'ai entendu exprimer. Pour le ruiner, semble-t-il, il suffit d'un mot : et l'animal donc, dirai-je, peut-il avoir une volonté et une conscience propre en dehors de ses membres, c'est-à-dire en dehors des cellules ou individus qui le constituent6!
Il est véritablement curieux de voir avec quelle complaisance les nominalistes développent abondamment et infatigablement cet argument singulier. Notre auteur se contente de l'indiquer, sans le scruter autrement : ce n'est pas précisément son sujet. Et si c'est à lui que nous avons emprunté la formule de cette banale objection, c'est pour montrer combien doit être forte Y illusion d optique, pour que les meilleurs yeux et les plus aiguisés en soient parfois dupes.
Il n'y a pas à espérer que cette illusion se dissipe de silôt.
7e obstacle : l'ombrageuse indépendance