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LE PESSIMISME, PERIL NATIONAL

Affirmer que Y existence terrestre est mauvaise, c'est le pessimisme partiel.

Affirmer que toute existence en général est mauvaise, c'est le pessimisme total.

D'autre part, le pessimisme total comporte deux nuances. On peut affirmer soit que la nature est mauvaise, soit que la nature est indifférente.

C'est cette seconde variété du pessimisme total qui est la plus répandue.

C'est la thèse de la grande agitation sans but, la thèse de Y inutilité de V effort, la thèse de Y à quoi bon?

C'est la thèse par excellence du découragement, ou, comme on dit familièrement et fortement, la thèse de la démoralisation.

Quand le poison subtil de cette croyance s'infiltre dans l'âme d'une nation, cette nation est bien malade.

Or, ayons le courage de le voir et de le dire: c'csl mi peu noire cas, le cas de la France. Et, chose grave,

ce n'esl pas du tout, ou, tout au moins, pas au même degré, le cas de nos voisins.

J'ai fait naguère remarquer ce contraste inquiétant, en quelques paroles qui ont été reproduites par un grand journal et qu'on me permettra de rappeler :

Paul Bourget, disais-je, parle quelque part, non sans mièvrerie sans doute, d'une princesse inconsolable parmi les perles. Ne pourrait-on pas voir dans la France, semble-l-il, une guerrière découragée sous son armure ?

Pourquoi, chez la France, cet abattement moral ? Parce que les deux conceptions du monde, l'ancienne et la nouvelle, lui paraissent également inacceptables.

L'ancienne conception (révélation) lui paraît souriante, mais illusoire ; et la nouvelle (science), réelle, mais odieuse.

Résultat : la France incline à un découragement secret, à une détresse profonde, à un intime désespoir.

Jetons cependant un coup d'œil sur l'Europe. Que voyonsnous ? Nous voyons les races germaniques et saxonnes, prolifiques et envahissantes, se ruer frénétiquement aux conquêtes de la vie. La nouvelle conception du monde ne les a donc pas abattues ? Non certes, loin de là. Pourquoi ? Parce que dans la conception scientifique, mieux comprise, elles pressentent, au contraire, des sources nouvelles et plus profondes de force et de joie héroïques.

En ce cas, la France n'est-elle pas fondamentalement en danger ? L'outillage militaire et l'outillage industriel ne sont rien sans l'outillage moral. Qu'importe une bonne épée ou un bon outil, si le bras qui les manie languit et si le cœur qui anime le bras défaille ? Que peuvent V Armée française et l'Industrie française, si Y Ame française ne se ranime et ne s'élance?

VHistoire est implacable aux peuples découragés.

La vraie Défense nationale, c'est une foi nouvelle.

Ainsi parlais-je naguère. Et ces paroles sont encore

plus de saison aujourd'hui peut-être. Car le mal paraît avoir empiré.

Mal est bien le mot.

Optimisme et pessimisme, ce n'est là, au fond, qu'une question de santé et de maladie

On ne réfute pas plus le pessimisme qu'on ne réfute l'anémie, la débilité, la misère physiologique.

On les guérit, quand on peut.

Le grand, l'éternel, l'unique argument des pessimistes, en somme, c'est celui-ci : La vie est effort, et l'effort est douleur...

Or, qui ne voit le sophisme? Agir, qui est une douleur pour les malades ou les faibles, est une joie pour les sains et les forts, à tel point qu'à une force supérieure il faut une activité exceptionnelle, et à une force sur-humaine une activité héroïque.

Le pessimiste dit vrai, quand il dit: Agir m'accable. Mais il se trompe, quand il dit : Agir accable.

Ces deux rubriques, optimisme et pessimisme, c'est là une sorte de statistique spontanée et inconsciente, la plus précieuse de toutes les statistiques, à savoir la statistique par laquelle une nation fait, sur deux colonnes, le compte des sains et des malades qu'elle compte dans ses rangs.

L'âme pessimiste, c'est la Phèdre gémissante de Racine :

Tout m'accable, et me nuit, et conspire à me nuire.

Quand une nation compte beaucoup de ces âmes-là, c'est que cette nation a été touchée invisiblement par « l'ange de la mort ».

Quelque chose qui devrait bien, j'imagine, provoquer un sursaut chez la France qui s'abandonne, c'est de penser que les nations rivales au contraire secouent de

plus en plus colle philosophie <le désespérance el de mort, clvonl se ruer sans elle à la curée <lc. l'avenir. Ne fiU-ce que par amour-propre, la France devrai! bien se reprendre à l'a mou r de la vie...

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