MATÉRIALISME DIDACTIQUE OU IDEALISME LYRIQUE
Disons mieux. Disons, avec Sheiley, — en sachant bien l'entendre :
La Terre et l'Océan,
L'Étendue, les îles de vie et de clarté qui constellent
Les torrents de saphir des espaces interstellaires,
Ce firmament — le dôme du chaos —
Avec toutes ses torchères de feux immortels
Et dont les enceintes extrêmes, imprenables bastions,
Fermés à l'évasion des plus audacieuses pensées, les refoulent,
Comme Calpé les nuées de l'Atlantique, — ce Tout
Des soleils, des mondes, des hommes, des bêtes, des plantes,
Et tout le travail muet et tumultueux
Pour lequel ils ont été, sont ou cesseront d'être —
N'est qu'une apparence. Tout l'héritage de la Création
IV'est rien que taches d'un œil malade, bulles vides ou rêves
Ayant notre pensée pour berceau et pour tombe! et pareillement,
Les temps à naître et les temps écoulés sont les ombres vaines
Du vol éternel de la pensée...
(Sheiley, Hellas, trad. T. D.)
« Les ombres vaines du vol éternel de la pensée » !
Le matérialisme didactique d'hier sera bien surpris de se réveiller idéalisme lyrique, demain; bien surpris
d'entendre les générations nouvelles murmurer les paroles de Feuerbach :
Ce n'est pas en architecte, ou en économe, mais en poêle transporté, hors de lui, que Dieu a composé cette grande tragédie de l'univers...