SCIENCE ET CONSCIENCE
LES REVANCHES DE LA CONSCIENCE : Grœcia Cdplci...
C'est en effet bien à tort, selon nous, que la philosophie s'obstinerait à entendre par esprit une chose distincte du reste des choses. L'esprit n'est pas une chose, mais un aspect, l'aspect intérieur, Y aspect véritable de toutes choses.
Peu à peu, et de proche en proche, la philosophie s'est laissé expulser du domaine de la vie par la Biologie, du domaine de la société par la Sociologie, du domaine du monde par la Cosmologie, contente d'emporter dans sa rélégation et d'étreindre dans ses mains crispées, quoi ? une entité, Y « âme », Y « esprit » î
Ah! on a bien ri de la pauvre insensée...
Mais quelle revanche ne prendra-t-elle pas. quand elle voudra !
Il lui suffirait de dire : Cet « esprit » dont je parle, ce n'est pas une chose à part, hypothétique, sinon chimérique; c'est la substance, c'est l'essence, c'est le réel de toutes choses.
Et ces trois grands empires de la Biologie, de la Sociologie, et de la Cosmologie, construits par et pour la science, moi, philosophie, par un retour inattendu, je les envahis, je les occupe, et je les possède irrévocablement.
C'est l'antique Grœcia capta : la philosophie, conquise en apparence, est destinée à conquérir son farouche vainqueur.
L'idée d' « esprit », on effet, à la bien entendre, qu'est-ce autre chose que La notion <l<- force, d'énergie, de tendance, d'aspiration enfin, c'est-à-dire la notion
de ce <|imI y a d'intime et de réel en nous, el par conséquent en autrui, et en toutes choses, puisque Unifies existences de l'univers sont consubstantielles ?
Or, c'est la conscience seule qui saisit ce dedans <l<s choses, dont la science ne saisit que le dehors.
C'est donc par la conscience, vue subjective, que doit être interprétée la science, vue objective.
Et, c'est cette interprétation de l'objet par le sujet qui seule donne la vie aux choses et un sens à l'univers.
La physique n'a de sens que par la métaphysique. La science s'illumine à la lumière de la conscience.
La conscience reste donc à jamais le centre optique de l'univers.
Une autre comparaison peut-être fera mieux saisir ma pensée.
Les eaux de l'Océan sont salées ; mais imaginez ce dédoublement :
1° D'une part une haute montagne de sel, sèche et aride ;
2° D'autre part, une immense étendue d'eau, fade et putrescible.
Dédoublement désastreux. Au contraire, fusionnez les deux éléments : vous aurez la salubre amertume des mers.
Ainsi la conscience fournit à la science, ainsi la métaphysique fournit à la physique le sel de F esprit qui rend imputrescible Y univers matériel.
La psychologie reste donc la maîtresse du savoir humain. La philosophie reste la reine des sciences : ancilla Philosophiœ Scienlia.
630 CONFIRMATION DE NOTRE I1YP0THÈSE BIO-SOCIALE. 4° LE PROBLÈME MENTAL : CERVEAU ET AME.
J'ai consacré au problème psychogénique deux cent cinquante pages du présent volume. Je me bornerai ici à résumer brièvement la thèse soutenue, qu'il est nécessaire de bien se rappeler, notamment pour entrevoir la nature et la solution du problème économique et du problème esthétique, dont il sera touché un mot un peu plus loin.
Il n'y a pas d'âme-substance temporairement logée dans le corps.
Toute cellule sent. Mais chez l'animal, immense association de cellules, un groupe de cellules spécialisées dans la fonction de sentir, arrive à Yhyper-esthèsie, — et c'est la Tête ou Cerveau.
Pareillement tout anthropoïde pense. Mais dans la cité, vaste association d'anthropoïdes, un groupe d'individus spécialisés dans la fonction de penser, arrive à Yhyper-noésie, — et c'est Y Élite ou Gouvernement.
Ainsi l'Animal a une âme sensitive commune, concentration et exaltation des âmes sensitives particulières.
Et, pareillement, la Cité aune âme cogitalive centrale y concentration et exaltation des âmes cogitaiives locales.
L'Ame de Y Animal enveloppe les âmes des animalcules qui le constituent.
Et l'Ame de YHomme-Cité enveloppe les âmes des homuncules-citoyens.
Sent-on bien maintenant l'énormité de la méprise où nous sommes plongés depuis la chute du monde antique? Nous voyons les âmes des citoyens, — mais point l'Ame de la Cité enveloppante.
Tout au contraire, nous voyons l'Ame de l'Animal, — mais peu ou pas les âmes des animalcules enveloppés
Dans, un cas l'Ame cérébrale nous masque les petites âmes cellulaires. Dans l'autre, les âmes privées, 1rs âmes dirigées, nous masquent la grande Ame publiqui dirigeante, gouvernementale.
Q uant à la constitution d'une Tête, soit de l'Animal, soit de la Cité, cette céphalisalion ou de l'organisme physique ou de l'organisme politique exige, bien évidemment, des siècles sans nombre. Et la seconde, par exemple, est loin d'être achevée : elle se poursuit sous nos yeux.
En résumé, l'âme n'est pas une substance ; l'âme, c'est l'exaltation d'une fonction (la fonction mentale), chez un groupe de cellules spécialisées (cerveau) ou chez un groupe d'hommes spécialisés (gouvernement).