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LA VIEILLE ILLUSION

Il résulte de là que les mentalités de l'Animal physique et de l'Animal politique sont admissibles par la dissolution des agrégats dont elles sont la fleur et le fruit.

Et ainsi se trouve anéanti Yimmortalisme absolu, — sans que toutefois la mort totale soit plus recevable que la pleine et entière immortalité.

Et ainsi surtout se trouve anéanti Y individualisme absolu, — puisque Y âme individuelle est fonction de Yâme collective.

Il y a quelque deux mille ans, l'Individu a cru pouvoir faire sécession : il a cru pouvoir emporter son âme avec lui et déserter la Cité.

Après avoir tout rejeté, vie domestique et vie politique, vie scientifique et vie esthétique, il a cru pouvoir répondre, lui aussi, comme Médée : « Que vous restet-il? — Moi. »

Pas de pire illusion : Le « moi » individuel est un produit social ; le « moi » de 1 Individu a ses racines dans

la Cité. Et, en se déracinant de la Cité, l'Individu se suicide.

Du haut de sa « pensée », l'Individu prétend rejeter la Cité. Or, c'est la Cité qui « pense » dans l'Individu!

La mentalité humaine est donc bel et bien un fait politique. Évidé de son contenu, la civilisation, le « moi humain » s'évanouit : il ne reste plus que le « moi animal ».

5° LE PROBLÈME RELIGIEUX : THEISME ET ATHEISME. DUALISME RELIGIEUX ET POLITIQUE.

Un lettré psychologue, M. Jules Lemaître, dans une perçante analysede Y Imitation, a bien pénétré le secret de l'ascète :

« L'ascète tressaille de joie de ne plus se sentir lié aux choses, aux hommes, aux événements »...

Ne plus se sentir lié ni à la Nature ni à la Cité! Ne plus se sentir lié à rien !

Je crois que la vérité et la vertu, c'est, au contraire, de se sentir lié à tout. Cela fut; et cela, de nouveau, et plus que jamais, sera.

Qu'est-ce donc que le mysticisme? Est-ce un accident historique, un caprice individuel?

Non; mais sans doute une phase nécessaire dans l'évolution de l'idée religieuse.

Le mystique divise l'être en deux parts :

1° D'un côté, la cité et la nature ;

2° De l'autre, l'âme et Dieu.

Et son choix est bientôt fait.

Pour le mystique, la nature et la cité ne sont que de grossiers et vides mécanismes.

Seuls, Dieu et l'âme sont des substances, des

essences, des quintessences même. Et la vie, la vie véritable, c'est lecommerce direct de l'âme avec Dieu, loin, bien loin de la nature et de la cité.

C'est l'Imitation; c'est le dialogue de Christ as avec Y Anima fidelis.

Or, je le répète, je comprends cette conception; cl je ne crois pas qu'il y ait là ce qu'on appelle proprement une erreur : l'erreur, à vrai dire, n'existe pas.

Je crois voir là une phase nécessaire de l'évolution psychique de l'humanité, — la phase intermédiaire.

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