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MONISME RELIGIEUX

En effet le rapport du fini et de l'infini, c'est-à-dire de Dieu et de la nature, passe historiquement par trois phases :

1° La divinité est d'abord intérieure à la nature, mais diffuse;

2° La divinité devient ensuite concentrée, mais extérieure;

3° La divinité enfin est conçue à la fois comme intérieure et concentrée.

1° D'où \e poly-thèisme ;

2° Le mono-théisme ;

3° Le pan-théisme.

D'où encore :

1° Un monisme inorganique; ou immanence confuse;

2° Un dualisme; ou transcendance ;

3° Un monisme organisé; ou immanence distincte.

Panthéisme nest donc pas confusion, — bien au contraire.

Ni Dieu n'est absorbé dans la Nature, comme ce serait le cas, dit-on, pour le panthéisme naturaliste ; ni la Nature n'est absorbée en Dieu, comme on prétend qu'il doit arriver dans le panthéisme mystique.

Il n'est pas inévitable de tomber soit à gauche, soit a droite; il y a une troisième solution, qui estl'équilibre.

Dans l'organisme vivant, les organites, comme les États dans l'Union américaine, sont tout ensemble « indépendants et coordonnés ».

J'ai cité ce trait de Lamartine, si profond et si juste :

Une claire étincelle

D'âme, distincte au sein de lame universelle...

Après la longue crise dualiste, qui était une phase nécessaire, Y unité de l'Être reparaît, d'ailleurs tout autre qu'à l'origine : unité d'ordre ou de « cosmos », et non plus unité de confusion et de « chaos ».

Spinoza a été la vigie solitaire qui a signalé aux pensants cet événement grandiose, inaperçu de la superficielle et bruyante histoire.

Et la nouvelle est en train de se répandre sourdement dans les profondeurs de l'humanité.

Les Allemands ont été les premiers à comprendre cette suprême transformation de la divinité : Dieu, si longtemps déraciné de la nature, enfin ré-enraciné, — Dieu naturalisé.

Les philosophes à courte vue, d'ailleurs, ont pris le change sur cette évolution de l'idée de Dieu.

Ils ont cru voir les phases suivantes :

1° Po/a-théisme ;

2° M)/20-théisme;

3°... A -théisme.

En effet, une race qui n'est plus poly-thée, ni monothée, que peut-elle bien être, semble-t-il, sinon a-thée?

En réalité, rien de plus faux.

L'aboutissement normal de l'évolution religieuse, après les deux phases de polythéisme et de monothéisme, c'est, non pas du tout l'athéisme, mais, tout au contraire, le panthéisme.

Cette crise suprême, c'est, non pas la défaite de Dieu, niais au contraire son triomphe décisif et définitif .

. I a lieu d'être décidément chassé de tout, Dieu décidément envahit tout.

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