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LA RELATIVITÉ DES DIFFERENCES ETHNIQUES

A notre avis donc, il s'est produit, depuis un demisiècle, en philosophie, une révolution. En quoi consiste-t-elle, cette révolution? On ne saurait dire, d'abord. Ou plutôt, on se borne à dire : rien nest changé, et... tout est changé. C'est bien cela, en effet.

Mais il importe de se rendre compte.

Voici encore un exemple : supposons que l'Europe ne connaisse qu'elle-même, qu'elle ignore les autres continents, notamment l'asiatique et l'africain. En ce cas, l'Europe dira : je suis un immense territoire, distribué entre plusieurs familles humaines profondément différentes, et pour ainsi dire irréductibles.

Quoi <le plus différent que les races latines, 1rs races germaniques et les races s la nés?

L'anatomie comparée et la psychologie comparée s'acharneront sur les traits caractéristiques de chacun de ces types, sur les traits sui generis, sur les traits irréductibles.

Supposons maintenant que l'Europe découvre tout à coup l'Asie et l'Afrique... Que va-t-il se passer? Voici :

L'Europe garde son étendue et ses races. Rien n'est changé à l'Europe, intrinsèquement. Et pourtant, tout est changé. Oui, tout est changé, quant aux proportions et aux rapports, par le seul fait de l'apparition d'un monde nouveau, et par la seule et involontaire comparaison du continent européen avec ces deux nouveaux continents.

En premier lieu, en face de la vaste Asie et de l'énorme Afrique, l'Europe se trouve tout à coup singulièrement rapetissée.

De plus, et surtout, Latins, Germains et Slaves, qui se croyaient si étrangers les uns aux autres, se reconnaissent brusquement frères, — frères en la race blanche, par opposition à ces races mystérieuses : la race jaune, et la race noire.

Et, de fait, la linguistique contemporaine, en scrutant les vocabulaires, a pu établir l'identité ethnique des Grecs et des Latins, des Français et des Espagnosl, des Allemands et des Anglais, des Russes et des Hindous, tous rameaux du seul et même arbre aryen !

Est-ce à dire qu'il ait cessé d'y avoir une différence entre un Français et un Anglais, par exemple? Non certes, la différence reste, et reste entière.

Mais ce qui a cessé, c'est la prétention obstinée de trouver entre eux une différence en quelque sorte

substantielle ; la prétention acharnée de trouver, si j'ose dire, le « microbe » de la différence.

Français et Anglais continuent à différer de tempérament et de caractère, comme peuvent et doivent différer deux groupes humains pétris quinze siècles par des climats différents et par des institutions différentes. Je le répète, cette différence persiste, et persiste entière. Mais, et voilà le fait important, comme elle pâlit auprès de la différence qui éclate entre les Français et les Anglais d'une part, et d'autre part le monde jaune ou le monde noir! Auprès de cette seconde différence, immense, la première s'atténue, au point de paraître s'évanouir.

En un mot, quand se lève devant nous l'image monstrueuse de l'Afrique ou de l'Asie, nos différences européennes, — dont nous faisions si grand bruit — , se réduisent à d'imperceptibles et négligeables nuances.

Bien n'est changé ; et pourtant tout est changé.

L'Europe n'est plus qu une même famille, divisée par des rivalités intestines certes, mais enfin une seule et même famille, cantonnée dans une étroite presqu'île (d'où elle ne se fait d'ailleurs pas faute d'essaimer), entre les énormes continents d'Amérique, d'Afrique et d'Asie.

Ainsi la Grèce baignait sa mince presqu'île, feuille de mûrier trempant dans le flot, au milieu du « monde connu des anciens ». Ainsi les Grecs, ceux de Sparte et ceux d'Athènes, ceux de Thèbes et ceux de Corinthe, se sentaient frères au milieu de l'ambiante barbarie.

h « ANGE » OU LE SUPRA-HUMAIN, DANS LA PNEUMÀTO-

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