UNI-CELLULAIRES ET PLURI-CELLULAIRES
Les Métazoaires ne diffèrent-ils donc des Protozoaires que par le volume ? Non certes : ils en diffèrent aussi, comme nous l'avons vu, quant à la forme et quant à Y organisation.
Et c'est pourquoi les Protozoaires sont qualifiés d'animaux inférieurs, et les Métazoaires d'animaux supérieurs.
Certes, une différence de volume qui peut aller du millième de millimètre à un ou plusieurs mètres cubes n'est pas une quantité négligeable. Mais là n'est pas pourtant la différence importante entre les Uni-cellulaires et les Pluri-cellulaires. Et la supériorité de ces derniers gît autre part. Où? C'est ce que nous allons chercher.
La cellule connaît et, pour ainsi parler, pratique sur ce globe deux modes d'existence : l'existence isolée, et l'existence associée.
L'existence isolée, c'est, nous l'avons vu, le monde des Protozoaires en général ou animaux inférieurs ; et
l'existence associée, c'est le monde des animaux supérieurs, des Métazoaires.
Qu'importe? dira-t-on. Engagée ou non engagée dans une association, la cellule est toujours elle-même, la cellule est toujours et ni plus ni moins la cellule.
Voilà justement où l'on se tromperait du tout au tout.
Tant que les mathématiques ont été la discipline dominante, sinon unique, de l'esprit humain, on aurait pu le croire.
Depuis la constitution de la chimie et de la biologie, nous savons qu'il en va autrement.
Des génies, Leibnitz par exemple, ont, naguère encore, pu commettre l'erreur, l'ont commise. Des esprits simplement moyens même, aujourd'hui, ne le pourraient plus.
La vérité, la vérité nouvelle et précieuse, la voici.
Par le fait de l'association, la cellule est modifiée, transformée. Elle acquiert des aptitudes nouvelles. Elle vit d'une vie plus haute.
C'est que l'association n'est pas une simple juxtaposition, une simple répétition, une simple addition.
Cent millions de cellules associées sont autre chose et plus que cent millions de cellules isolées.
Que signifie ce plus"! Rien, ou ceci : chacune des cellules sociétaires, dans et par l'association, acquiert et possède des propriétés qu'elle n'avait pas, ou qu'elle cesserait d'avoir à l'état d'isolement. Je le répète, elle vit désormais d'une vie plus intense, plus riche, plus haute.
Donc, nous avions raison de le dire, l'association crée.
DES IDÉES D'INDIVIDU, d'aGREGAT, D'ORGANISME.
Soit un animal supérieur quelconque, chien, cheval, lion, homme, singe, oiseau, etc. C'est là, dit-on, un
L'ASSOCIATION EN BlOLOdlK. 35
« individu ». Sans doute. Mais d'autre parila biologie contemporaine a fait voir que cet apparent « Individu »
esl à vrai dire une « colonie »,une « société», une « cité », composée d'individus appelés « cellules ».
Un cheval, par exemple, est donc à la fois un « individu » et une « société ». Il est a la fois « multiple » et « un. »
Comment une « multiplicité » peut-elle constiluer une « unité » ? C'est là un problème éternellement débattu, et dont la solution éclairerait brusquement Lon seulement le mystère vital, mais aussi le mystère social, et illuminerait par lointains reflets les profondeurs même de l'être.
Qu'est-ce qu'un « agrégat » ?
Je lis cette définition :
« Juxtaposition de parties qui ne constituent pas un tout essentiel (unum per se), mais qui forment néanmoins un tout par accident (unum per accidens) ».
Tout essentiel, et tout accidentel : cette explication verbale, héritée des scolastiques, ne nous avance guère.
L'exemple en dit plus :
« Un tas de pierre est un agrégat ; un organisme est davantage... »
A la bonne heure. Mais pourquoi? «... parce que son unité est réelle et non simplement nominale ».
C'est une simple substitution d'adjectifs. Au lieu ^essentiel et accidentel, nous avons réel et nominal. Mais nous n'y gagnons vraiment pas grand chose.
Qu'est-ce toujours qu'une unité réelle'! Qu'est-ce qu'un organisme ?
Sur les notions d'individualité et d'organisme, on peat consulter toute la littérature biologique et sociologique contemporaine, et notamment, dans Les sociétés animales de M. Espinas (Appendice II), la théorie des
individualités, de M. Jœger, traduite par M. Giard. Le débat d'ailleurs ne paraît pas près d'être clos.
Fort heureusement, nous n'avons pas besoin d'une « définition », pour le but que nous nous proposons. Un fait bien établi nous suffira.