‹ La cité moderneChapitre 75 sur 467 · GENÈSE DES FACULTES RATIONNELLES CHEZ L'ANIMAL POLITIQUE · texte numérisé non relu

GENÈSE DES FACULTES RATIONNELLES CHEZ L'ANIMAL POLITIQUE

Passons aux Hyperzoaires, aux sociétés animales, et, notamment, aux cités humaines.

Qu'est-ce que l'Hyperzoaire ? C'est un agrégat de Métazoaires (qui sont eux-mêmes des agrégats de Pro tozoaires).

Ou encore, qu'est-ce qu'une société animale? C'est une association d'animaux (qui sont eux-mêmes des associations d'animalcules).

La cellule solitaire n'a pas de sens proprement dits, mais seulement une sensibilité obscure : l'animal agrégat de cellule, a des sens proprement dits.

L'animal solitaire n'a pas de raison proprement dite, mais seulement une ratiocination obscure : la cité, agrégat d'animaux, a une raison.

L'animal a aiguisé et différencié sa sensibilité générale en plusieurs facultés sensorielles.

La cité, pareillement, aiguise et différencie sa ratiocination générale en plusieurs facultés rationnelles.

Mais, qu'est-ce qu'une faculté sensorielle? Nous le

Bavons, c'est un groupe de cellules vouées à une spécialité mentale. Pareillement, qu'est-ce qu'une faculté rationnelle? C'est un groupe d'individus voués, eux

aussi, à (elle ou telle spécialité d'ordre mental.

Les cellules solitaires sont confusément impressionnables à la lumière. Mais, dans une association de cellules ou animal, certaines cellules spécialisées à cet égard, à savoir, les cellules de l'œil, y sont devenues distinctement impressionnables.

De même les animaux solitaires sont confusément sensibles au beau et au vrai. Mais dans une association d'animaux ou cité, certains groupes spécialisés, à savoir les professionnels de la science et de l'art, y sont devenus distinctement sensibles.

Ce n'est pas l'individu humain, tout individu humain, qui est musicien ou mathématicien. C'est la cité qui est mathématicienne ou musicienne.

Sans doute, en chacun de nous dort une obscure aptitude musicale ou mathématique; mais cette aptitude ne s'éveille, ne s'avive, ne s'aiguise que chez quelques-uns, spécialisés dans cette discipline, grâce à la division de travail admise et pratiquée dans la société.

Voilà comment la cité arrive à avoir des facultés rationnelles que le simple animal a et na pas tout ensemble.

RÉCEPTS ET CONCEPTS.

En somme, l'animal a des « récepts » ou réceptions, que n'a pas (distinctement) le protiste. Et la cité a des « concepts » ou conceptions, que n'a pas (distinctement) l'animal.

« Récepts » et « concepts », c'est la langue de certains philosophes, tels que, par exemple, Romanes.

Je dirais plus volontiers peut-être : « sensation » et « icléation ». Mais qu'importent les mots?

Scrutons ces différences, d'abord entre le protiste et l'animal, puis entre l'animal et la cité.

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