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LES MERVEILLES DE LA « SENSATION

Chez l'amibe, « vie de nutrition » et « vie de relation » ne sont ni distinguées l'une de l'autre ni différenciées respectivement.

C'est par toute sa masse, homogène et amorphe, que l'amibe se nourrit et se reproduit, sent et se meut.

Chez un chien, au contraire, un « feuillet » s'est chargé de la « vie de nutrition », et un autre « feuillet » de la « vie de relation ». De plus chaque « feuillet », se différenciant à son tour, s'est épanoui en un faisceau d'organes gouverné par un système nerveux. C'est ainsi que se sont formés d'une part l'estomac, l'intestin, le cœur et le réseau vasculaire, le poumon, le foie, etc. et d'autre part, les nerfs sensitifs et les organes des sens, les nerfs moteurs et les organes du mouvement. C'est ainsi que se sont constitués, d'une part, le système nerveux grand sympathique, et, d'autre part, le système nerveux cérébro-spinal.

Mais laissons la « vie de nutrition » et le « feuillet interne », pour ne nous occuper que du « feuillet externe » et de la « vie de relation ».

L'amibe sent et se meut par toute sa masse, obscurément, diffusément et confusément.

Le chien au contraire, a des centres sensoriels, des nerfs sensitifs, des organes des sens ; et aussi des centres moteurs, des nerfs moteurs, des organes du mouvement.

C'est-à-dire que, de l'amibe au chien, la vie de rela-

t ion , ou sensibilitè-motilité, de diffuse et confuse, est devenue localisée et différenciée.

Laissons Le mouvement, et occupons-nous de la seule sensation.

L'amibe n<7?/, mais d'une seule façon, par le contact, et le seul contact immédiat.

Le chien sent, mais de diverses façons, par le contact, soit immédiat, soit à distance.

En d'autres termes, le chien a des sens : œil, oreille, nez, bouche, patte.

Tous les sens se ramènent au toucher, sans doute. Mais quelle différence pourtant entre ne connaître que par la main, ou connaître par l'œil! Quelle différence entre l'aveugle et le voyant ! La vue, c'est le contact subtil et à distance ; le contact entre un objet éloigné et mon œil, par l'intermédiaire d'un subtil trait de lumière, d'une subtile onde d'éther. D'un seul coup d'œil, j'embrasse le plus vaste et le plus riche horizon. Que serait-ce, si, pour prendre connaissance de ces millions d'êtres ou d'objets, j'étais réduit à me traîner, sans yeux, de l'un à l'autre, pour les palper successivement !

L'amibe na pas de sens, le chien a des sens. Mesuret-on l'abîme qui les sépare? L'amibe sent obscurément la pression exercée sur elle, la présence des quelques millièmes de millimètres cubes d'eau qui l'entourent; et c'est tout. Le chien, au contraire, dressé au milieu de la nature, quelle multitude d'informations ne reçoit-il pas du plus loin, et de toutes parts! Les astres, le soleil, la lune, les étoiles, du fond des espaces cosmiques, lui dardent, en flèches d'éther, leurs gerbes lumineuses; la foudre et les vents, en vagues d'air, l'inondent de leurs torrents sonores ; la terre, les plantes et les bêtes, en impalpables poussières, le pénètrent de leurs arômes flottants !

Par les, sens, un chien, mon Dieu oui, un simple chien, communie avec la nature entière! N'est-il pas singulier que nous ayons si longtemps et si profondément méconnu l'étonnante merveille de ce que nous appelons avec tant de mépris : les sens, la sensation... ?

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