CHAPITRE PREMIER
l'homme et l'animal.
L'homme est le grand problème pour l'homme.
Or, comment se connaître, sinon en se comparant?
Il y a, sur la planète terrestre, environ un million d'espèces animales. Quel rapport Y espèce humaine soutient-elle avec le reste de l'animalité?
Ce problème, d'ailleurs, se décompose en deux :
1° Qu'est-ce que la mentalité humaine? C'est le problème psychologique.
2° Qu'est-ce que la moralité humaine? C'est le problème moral.
LA RAISON ET l'ïNSTINCT.
Quels sont les rapports de la mentalité humaine et de la mentalité animale?
Tel est le problème psychologique, — pour employer l'expression courante, quoique le mot « psuchè » ait l'inconvénient de paraître préjuger la question.
On désigne volontiers d'un seul mot la mentalité animale, et on l'appelle instinct. Pareillement, le mot raison suffit d'ordinaire à désigner et à caractériser la mentalité humaine.
Le problème psychologique, c'est donc la comparaison de la raison et de l instinct.
Mais il va sans dire qu'il faut entendre ces mots au sens large.
La mentalité humaine comprend, non pas seulement la raison, dans l'ordre de l'intelligence, mais aussi Y aspiration, dans l'ordre de la sensibilité, et aussi la liberté, dans l'ordre de l'activité, — et enfin la parole, ou le verbe, qui parfois symbolise la raison.
Pareillement, la mentalité animale, c'est, non pas seulement Y instinct, au sens strictement intellectuel, mais aussi Yappétit, Y impulsion, la voix ou le cri.
Ce sont ces deux mentalités, animale et humaine, qu'il s'agit de comparer. Et c'est ce qu'on appelle le problème psychologique, ou le parallèle de la raison et de l'instinct.
Or, sur le problème psychologique, deux grandes solutions se partagent l'empire des esprits : la solution du matérialisme et la solution du spiritualisme.
Pour le matérialisme, l'homme est un simple animal. Par conséquent, la mentalité animale et la mentalité humaine sont de même ordre. La raison n'est qu'un instinct un peu plus délié. Comme l'animal, l'homme relève tout entier de la biologie. Il n'y a donc pas deux domaines irréductibles, mais un seul, — soit sur la terre, soit même dans le reste de l'univers.
El c'est ce qu'on peut appeler un monisme ou encore
un zoïsme, sauf à ajouter plus tard à ers deux mots telle épithète <|u'il conviendra.
Pour le spiritualisme au contraire, l'homme s'oppose à l'animal. Les deux mentalités, animale et humaine, sont hétérogènes. En l'animal, il n'y a qu'une seule nature, la nature matérielle. En l'homme, il y a deux natures, la matérielle ou corps et l'immatérielle ou ûme. L'instinct procède du corps, mais la raison procède de 1 Vimc. L'homme donc en partie relève de la biologie, mais en partie n'en relève pas.
En d'autres termes, il y a sur la terre deux domaines radicalement distincts l'un de l'autre : l'un auquel appartiennent les animaux et l'homme par son côté inférieur, l'autre auquel appartient l'homme par sou côté supérieur. Ces deux domaines, de la matière et de l'esprit, ne se trouvent d'ailleurs pas seulement sur la terre, mais dans l'univers en général.
Et c'est ce qu'on peut appeler un dualisme, ou encore un anli-zoïsme .