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THÈSE DU MATÉRIALISME (EXPOSÉ ET CRITIQUE

PREMIÈRE THÈSE MATÉRIALISTE : LA PENSEE FONCTION DU CERVEAU, CHEZ l'aNIMAL.

La biologie distingue dans l'animal deux sortes de vie : la vie végétative ou de nutrition, et la vie animale ou de relation.

Par la première, l'animal est surtout plante : il se nourrit, grâce à l'estomac qui digère les aliments ingérés et élabore ainsi la substance nutritive, grâce au cœur qui la fait circuler, et grâce au poumon qui la purifie.

Par la seconde, l'animal est proprement animal : il sent et se meut. Il sent, grâce aux nerfs sensitifs qui recueillent les impressions du milieu; et il se meut, grâce aux nerfs moteurs qui agissent sur ses muscles et par ses muscles sur ses os et ses membres.

Deux systèmes nerveux président à ces deux vies : le .système grand sympathique à la vie de nutrition, et le système cérébro-spinal à la vie de relation.

Telle est en gros la constitution de l'animal. Ne nous occupons, bien entendu, que de la vie de relation.

C'est le système cérébro-spinal, avons-nous dit, qui préside à la vie de relation. Plus simplement, c'est le cerveau qui, chez l'animal, est l'organe des fonctions supérieures d'irritabilité et de molilité.

Par les nerfs afférents, allant de la périphérie au

cerveau, l'animal soul . Par les nerfs efférents, allant du cerveau à la périphérie, l'animal se meut et agit, ou, si l'on vent, ré-agit.

En voulez-vous la preuve? Il suffit ici, comme partout, d'appliquer les méthodes de Bacon et de Mill. Coupez chez l'animal les nerfs afférents ou sensitifs, il ne sent plus. Coupez chez lui les nerfs efférents ou moteurs, il n'agit plus. Altérez, mutilez, rétablissez, anéantissez le cerveau : vous altérez, mutilez, rétablissez, anéantissez sa faculté de sentir et d'agir.

Chez l'animal donc, la vie de relation, l'intelligence, la pensée, en un mot, est bien la fonction du cerveau.

SECONDE THÈSE MATÉRIALISTE : LA PENSÉE, FONCTION DU CERVEAU, CHEZ L'iIOMME.

Passons à l'homme, — à l'homme qui, depuis tant de siècles, se classe si arrogamment hors de l'animalité.

Les choses, chez l'homme, se passent-elles autrement? Non. Les choses se passent d'une façon identique.

Comparez d'abord l'homme et l'animal dans leur constitution générale : l'anatomie est la même, la physiologie est la même, la pathologie est la même.

La biologie comparée, cette jeune et hardie science les identifie donc pour l'ensemble, et fait place nette des vieilles prétentions, des antiques préjugés.

Comme l'animal en effet, l'homme a une vie de nutrition, gouvernée par un système grand sympathique, et une vie de relation, gouvernée par un système cérébro-spinal.

Ne nous occupons toujours que de la vie de relation.

Chez l'homme et chez l'animal, même irritabilité et même motilité, mêmes nerfs afférents et mêmes nerfs •efférents, — c'est-à-dire mêmes fonctions et mêmes or-

ganes, et môme rigoureuse corrélation entre eux, dûment établie par les mêmes méthodes de Bacon et de Mill.

Chez l'homme donc, comme chez l'animal, la vie de relation, l'intelligence, la pensée est bien évidemment la fonction du cerveau.

Ainsi l'homme est bel et bien animal, et rien qu'animal. Ou plutôt, il n'y a pas d'homme... Il y a des animaux, tous constitués de même, — plus ou moins perfectionnés, voilà tout.

Certes, la différence est grande d'une mésange ou d'une ablette à un Shakspeare ou un Newton. Mais enfin la différence est de degré, non de nature.

La pensée, toute pensée, d'un bout à l'autre de l'échelle animale, est un produit du corps, et, plus spécialement, du cerveau.

Ainsi parle le matérialisme.

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