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ÉNORME DISPROPORTION ENTRE LA PENSEE HUMAINE ET LE SIMPLE CERVEAU

Pour produire la pensée animale (sensation, appétit, impulsion, cri), il n'a pas fallu moins que la constitution de cette vaste cité physique qu'on appelle un animal supérieur, — c'est-à-dire une immense association d'animalcules, entre lesquels, à travers des temps et des tâtonnements infinis, s'est établie la distinction des « dirigeants » et des « dirigés », laquelle a abouti à la constitution de ce système de facultés mentales qu'on appelle un cerveau. En d'autres termes, pour produire la pensée animale, il n'a pas fallu moins que l'énorme évolution biologique terrestre.

C'est qu'en effet, nous faisons trop bon marché de la pensée animale, de la cérébration animale. L'animal

est une « cité »; et le cerveau, un « Etat ». La sensation et l'impulsion sont de vraies et hautes fondions gouvernementales. Ces merveilles de la nature vivante sont infiniment admirables, et, pour la grave méditation d'un Gœthe, par exemple, presque sacrées.

Mais que dire alors de la pensée humaine? Si, pour produire la simple pensée animale, il a fallu toute l'évolution biologique, que ne faudra-t-il pas, pour produire la pensée humaine, si incomparablement supérieure à la précédente?

Car, c'est ici qu'éclate le sophisme, l'involontaire sophisme, de la doctrine matérialiste : pour n'avoir pas besoin de recourir à une autre cause que le cerveau animal, dans son explication de la pensée humaine, elle atténue tant qu'elle peut la différence entre les deux pensées de l'animal et de l'homme.

Mais en vain. Il saute aux yeux que la différence est immense. La raison et la liberté, l'esprit humain et le cœur humain, le génie, le verbe, l'héroïsme et l'amour, — quel matérialiste, le plus entêté de son système, ne s'avoue en frémissant, tout au fond de lui-même, que ce sont là des puissances magiques qui éclaboussent de leurs gerbes de feu l'ombre où rampe la « bête » crépusculaire ?

Non, le corps physique et le cerveau ne suffisent pas pour expliquer ces magnificences nouvelles de la nature. A si riche effet, il faut trouver une cause proportionnée.

Ainsi, selon nous, le matérialisme est une grossière identification de la mentalité humaine à la mentalité animale, une illégitime réduction de la raison à l'instinct.

C'est ce que nous appelons un biotogisme pur, ou monisme d'en bas, ou zoïsme inférieur.

Voyons ailleurs.

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