‹ La cité mystique de DieuChapitre 100 sur 122 · PART. II, LIV. IV, CHAP. XXVII · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. IV, CHAP. XXVII

soler. Mais en cela vous ne devez pas vous considérer comme leur supérieure à raison de la charge dont vous êtes revêtue ; car elle vous constitue leur mère, et c'est ce que vous leur montrerez par une égale sollicitude , par une égale affection pour toutes. Quant à tout le reste, vous vous estimerez toujours pour la dernière de la maison. Or^ si le monde occupe ordinairement les plus pauvres et les plus méprisables au service des malades, parce que, dans son ignorance, il n'apprécie pas la sublimité de cet emploi, à cause de cela même je vous donne, moi, comme à la plus pauvre et à la moindre de toutes, l'office d'infirmière, afin que vous m'imitiez en le remplissant.

CHAPITRK XXVII

Hérodc ordonne le massacre des Innocents. — L'auguste Marie en a connaissance, et le petit Baptiste est dus à couvert de sa fureur.

672. Laissons maintenant l'Enfant Jésus, sa très-pure Mère et saint Joseph en Egypte, sanctifiant ce royaume par leur présence et par leurs bienfaits, que la Judée ne méritait pas; et voyons où aboutirent l'astuce et l'hypocrisie diaboliques d'Hérode. Cet inique roi attendait le retour des mages, et le récit qu'ils lui feraient d'avoir trouvé et adoré le nouveau roi des Juifs qui venait de naître, pour le faire ensuite mourir d'une manière inhumaine. Mais il fut bien déçu quand il apprit que les mages avaient été à Bethléem, s'étaient entretenus avec l'auguste Marie et son saint époux Joseph, et qu'ayant pris un autre chemin ils étaient déjà hors de la Pales-

i4G lA CITK MYSTIQUE.

tine ; car il fut informé de tout cela aussi bien que d'une partie dé ce qui s'était passé dans le Temple; et, s' aveuglant lui-même par sa propre politique , il attendit quelques jours, jusqu'à ce que le retard des rois lui parut suspect, et alors le souci que son ambition lui causait l'obligea à demander de leurs nouvelles. Il consulta de nouveau quelques docteurs de la loi; et comme ils s'accordaient en ce qu'ils disaient de Bethléem, d'après les Écritures et d'après ce qui y était arrivé , il ordonna de chercher avec beaucoup de diligence notre Reine, son très-doux Enfant et saint Joseph. Mais le Seigneur, qui leur avait ordonne de sortir de nuit de Jérusalem , cacha par conséquent leur voyage, aGn que personne ne le sût, ni pût remarquer la moindre trace de leur fuite. Ainsi les ministres d'Hésode et les autres, n'ayant pu le découvrir, lui dirent que ni cet homme, ni cette femme, ni l'enfant, ne paraissaient dans tout le pays.

673. Cette réponse augmenta la fureur d'Hérode, sans qu'il pût prendre un moment de repos, ni trouver aucun moyen de prévenir le dommage qu'il craignait de la venue du nouveau roi (1). Alors le démon, qui le vit disposé à commettre tous les attentats, lui inspira un expédient funeste pour le consoler, en lui proposant d'user de son pouvoir absolu, et de faire égorger tous les enfants de cette contrée âgés de moins de deux ans, et en lui faisant entendre qu'il ne serait pas possible que le roi des Juifs nouvellement né ne se rencontrât parmi eux. Le tyran se réjouit d'avoir trouvé cet expédient, qui n'enti'a jamais dans l'esprit d'aucun autre barbare; de sorte qu'il l'embrassa sans éprouver ni la crainte ni l'horreur qu'une mesure si cruelle eût pu causer en quelque homme rai-

(1) Mallh., II , IC.

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sonnable que ce fût. Voulant donc exécuter ce méchant dessein pour satisfaire sa rage , il fit assembler quelques troupes de milice sous la conduite des ministres qui avaient le plus de part à sa confiance, et leur prescrivit, sous peine d'encourir sa disgrâce, d'égorger tous les enfants qui seraient au-dessous de deux ans, dans Bethléem et dans tous les alentours. Ses ordres furent ponctuellement suivis, de sorte que tout le pays fut rempli de confusion, de cris et de larmes des pères, des mères et des parents des innocents condamnés à la mort, sans que personne pût les y soustraire.

674. Hérode donna cet ordre impie six mois après la naissance de notre Rédempteur. Au moment où ses satellites commencèrent à l'exécuter, notre grande Reine tenait son très-saint Fils entre les bras, et regardant son âme et ses opérations, elle y vit tout ce qui se passait à Bethléem, comme dans un très-clair miroir, et plus distinctement que si elle eût entendu les cris des enfants et de leurs parents. La divine Souveraine vit aussi que son adorable Fils invoquait le Père éternel pour les pères et les mères des Innocents, qu'il lui offrait les petits martyrs comme les prémices de sa mort (1), et qu'il le priait de leur donner l'usage de la raison, comme étant sacrifiés pour la cause du Rédempteur lui-même, afin qu'ils oflrissent volontairement leur vie, et reçussent la mort pour la gloire de ce même Seigneur, qui leur réservait les couronnes du martyre en récompense de ce qu'ils souffraient. Le Père éternel accorda cette demande, et notre auguste Reine connut le tout en son très-saint Fils, et l'imita dans l'offrande et dans les prières qu'il faisait. Elle se joignit aussi aux parents des petits martyrs dans la douleur et la

(l)Apoc., XIV, 4.

compassion qu'ils avaient, et dans les larmes que leur arrachait la mort de leurs enfants. De sorte qu'elle fut la véritable et la première Rachel, qui pleura les enfants de Bethléem (1), qu'elle regardait comme siens; et il n'y eut aucune autre mère qui pût les pleurer autant qu'elle, parce qu'elle les surpassait toutes en tendresse.

673. La sainte Vierge ne savait pas alors ce que sainte Elisabeth avait fait pour sauver son fils Baptiste, selon l'avis qu'elle lui avait donné par l'ange quand ils sortirent de Jérusalem pour aller en Egypte, comme je l'ai dit au chapitre XXII, paragr. 623. Elle ne doutait point que tous les mystères qu'elle avait appris par la lumière divine être rattachés à l'office du précurseur, ne fussent accomplis en ce bienheureux enfant ; néanmoins elle ignorait les peines dans lesquelles la cruauté d'Hérode avait mis sa cousine Elisabeth et le petit Baptiste, aussi bien que les moyens qu'ils avaient pris pour s'y soustraire. La douce Mère n'osa pas prier son très-saint Fils de lui en donner connaissance, à cause du respect qu'elle lui portait et de la prudence qu'elle obsenait dans ces révélations, de sorte qu'elle se renfermait dans une humilité et dans une patience admirables. Mais le Très-Haut répondit ù son tendre désir, en lui déclarant que Zacharie, père de saint Jean, était mort quatre mois après la naissance de Jésus-Christ, et environ trois mois après leur départ de Jéi-usalem; que sainte Elisabeth, qui était alors veuve, n'avait point d'autre compagnie que celle de son lils; qu'elle passait sa solitude cl son affliction , retirée avec lui dans un lieu écarté, parce que, sur l'avis qu'elle avait reçu de l'ange, et en outre à la vue des cruautés (ju'Hérode connnençait à exercer, elle s'était résolue à fuir dans le désert avec le

(l)Jerem., xxxi, 15.

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petit précurseur, et à habiter parmi les bêtes fauves, pour éviter la persécution d'Hérode; que la sainte veuve avait pris cttte i-ésolution par l'impulsion et le bon plaisir du Très-Haut, et qu'elle était cachée au fond d'une grotte, où elle vivait avec son fils dans les peines, dans les afflictions et dans les incommodités.

676. Notre divine Souveraine connut aussi que sainte Elisabeth mourrait dans le Seigneur trois ans après cette vie solitaire, que le petit Baptiste demeurerait dans ce désert, où il mènerait une vie angélique, et qu'il n'en sortirait point, jusqu'à ce que le Très-Haut lui ordonnât d'aller prêcher la pénitence , comme son précurseur. L'Enfant Jésus découvrit à sa très-sainte Mère tous ces mystères, et d'autres secrètes et sublimes faveui*s que sainte Elisabeth et son fils obtinrent dans celte solimde. Elle connut tout cela de la même manière qu'elle avait appris la mort des Innocents. Cette connaissance remplit l'auguste Vierge de joie et de compassion : de joie, parce que saint Jean et sa mère étaient en lieu de sûreté , et de compassion, à cause des peines qu'ils soufiraient dans ce désert. Ensuite elle demanda la permission à son très-saint Fils de prendre soin de sa cousine et de son enfant. Et dès lors, avec l'agrément du même Seigneur, elle les faisait souvent visiter par les anges qui la servaient; et par leur ministère elle leur envoyait quelque nourriture, qui fut le plus grand régal qu'ils eurent dans leur solitude. De sorte que, sans sortir de l'Egypte, la bienheureuse Marie eut par l'intermédiaire des anges une continuelle et secrète correspondance avec l'enfant et la mère. Lorsque sainte Elisabeth fut proche de l'heure de sa mort, elle lui envoya un grand nombre de ses anges, afin qu'ils l'assistassent , ainsi que le petit Baptiste, qui avait alors quatre ans ; et quand sa mère fut morte, à l'aide de ces mêmes anges, il

l'enterra dans ce désert. Or, depuis ce temps-là, notre charitable Reine procura le nécessaire à saint Jean, jusqu'à ce qu'il fût en âge de chercher lui-même les Ijprbes, les racines et le miel sauvage , dont il se nourrit ensuite avec une abstinence admirable (1), comme je le marquerai en son lieu.

677. On ne saurait concevoir les mérites ni les accroissements de sainteté et de grâce que la très-pure Marie acquérait parmi toutes ces œuvres si merveilleuses , parce qu'elle profilait deJout avec une prudence plus qu'angélique. Ce qui lui causa beaucoup d'admiration et de tendresse, et lui donna en même temps un nouveau sujet de louer le Tout-Puissant , lorsque son très-saint Fils et elle invoquèrent le Père éternel pour les Innocents, ce fut de voir combien sa divine Providence usa de libéralité à leur égard; car elle connut comme si elle eût été présente le grand nombre des enfants qui furent égorgés; elle sut que les plus âgés ne passaient pas deux ans , que les uns n'avaient que huit jours, d'autres deux mois, et les autres six; et qu'ils reçurent tous plus ou moins l'usage de la raison, et une connaissance très-sublime de l'être de Dieu, qui leur accorda aussi une ciiarité, une foi et une espérance parfaites : de sorte qu'ils exercèrent des actes héroïques de foi, d'adoration, de respect, d'amour de Dieu et de compassion pour leurs parents. Us prièrent pour eux, et demandèrent au Seigneur de leur donner en récompense de leur affliction la lumière et la grâce, afin qu'ils acquissent les biens éternels. Ils subissaient volontairement le martyre , et connue ils étaient dans un âge si tendre , la douleur leur était plus sensible , et par conséquent leur mérite plus grand. Us ëtaiout assistés par une multitude

(1) Marc, 1,6.

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d'anges, qui les portaient dans les Limbes ou au sein d'Abraiiam. Et ils réjouirent les saints patriarches par leur présence, en les confirmant dans l'espérance qu'ils avaient de recouvrer bientôt leur liberté. Tout cela fut un effet des demandes de l' Enfant-Dieu , et des prières de sa trèssainte Mère. Par la connaissance de ces merveilles , notre auguste Souveraine s'enflammait d'amour, et elle dit dans ses transports : Laudate , pueri, Dominiim (1); et unissant ses louanges à celles de ces bienheureux enfants, elle loua l'auteur de toutes ces œuvres si magni^ques , si dignes de sa bonté et de sa toute-puissance. Elle seule les appréciait, et les traitait avec la sagesse et avec l'estime qu'elles réclamaient. Mais elle était aussi la seule qui , étant par exception si proche de Dieu , connût le prix de l'humilité , et qui la pratiquât dans toute sa perfection ; car étant la Mère de la pureté, de l'innocence et de la sainteté, elle s'humilia plus que toutes les créatures abîmées dans le néant de leurs propres péchés. La seule Marie entre toutes les créatures parvint à ce degré d'humilité, quoiqu'elle se vit enrichie de plus de faveurs et de dons plus sublimes que toutes ensembleaient jamais reçus; parce qu'elle seule comprit suffisamment que la créature ne saurait rendre un retour qui soit proportionné aux bienfaits qu'elle reçoit, et encore moins à l'amour infini d'où ils naissent en Dieu (2). L'auguste Marie, s'humiliant par cette science, mesurait par elle son amour, sa reconnaissance et son humilité, et donnait la plénitude à toutes choses, autant qu'une simple créature était capable d'offrir un juste retour, sachant qu'aucune d'entre elles ne pouvait se rendre digne de ces bienfaits autrement que par l'humifité.

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