‹ La cité mystique de DieuChapitre 114 sur 122 · La divine Mère revint de son extase; elle adora · texte numérisé non relu

La divine Mère revint de son extase; elle adora

(1) Eccles., XXIV, 5, etc. — (2) Ibid., 22, etc. — (3) Apoc, XI, d9.

de nouveau son très-saint Fils, et le pria de lui pardonner si elle avait commis quelque négligence à son service. Le Sauveur lui dit en la relevant de terre: « Ma Mère, je « suis fort satisfait de votre zèle, et je veux que vous « vous prépariez de nouveau à recevoir les témoi- « gnages de ma loi. J'accomplirai la volonté de mon a Père , et je graverai dans votre cœur la doctrine évan- « gélique que je viens enseigner au monde. Et vous la « mettrez, ma Mère, en pratique selon mes désirs et mes « intentions (1). » La très -pure Reine lui répondit : a Faites, mon Fils et mon Seigneur, que je trouve grâce « devant vos yeux (2), et conduisez mes puissances par « les droites voies de votre bon plaisir. Parlez, mon divin tt Maître, parce que votre servante vous écoute (3), et elle « vous servira jusqu'à la mort. » Dans ce doux entretien, notre grande Reine découvrit tout l'intérieur et toutes les opérations de l'àmc très-sainte de Jésus-Christ; et dès lors cette faveur augmenta tant du côté du sujet, qui était la divine disciple, que du côté de l'objet, parce qu'elle reçut une lumière plus claire et plus sublime; de sorte qu'elle vit en son adorable Fils toute la nouvelle loi évangélique, tous ses mystères, tous ses sacrements et toute sa doctrine, telle que le Maître céleste l'avait conçue dans son entendement et déterminée dans sa volonté comme Rédempteur et Maître des hommes. A cette connaissance, qui fut réservée pour la seule Marie, le Seigneur en ajouta une autre; car il l'instruisait verbalement et lui dévoilait le plus caché de sa sagesse (i), et ce que tous les hommes et tous les anges ensemble n'ont jamais découvert. Or, conune elle apprit cette sagesse sans déguisement, elle en communiqua aussi sans envie toute la lu-

(1) Ps. cxviii, 2. — (2) Eslh., vu , 3. — (3) I Reg., m, 10. — (4)P». L,8.

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mière (i), qu'elle répandit avanl et surtout après l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

734. Je vois bien qu'il faudrait parler ici des très-profonds mystères qui se passèrent entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa Mère jusqu'à ce qu'il commençât à prêcher, parce que toutes ces merveilles arrivèrent à la bienheureuse Viei'ge dans le temps de l'enfance de cet adorable Seigneur; mais j'avoue de nouveau ce que j'ai dit de mon incapacité et de celle de toutes les créatures pour un sujet si relevé. Il faudrait d'ailleurs, pour le traiter, parcourir tous les mystères de l'Écriture sainte, toutes les vertus chrétiennes, toute la doctrine et toutes les traditions de la sainte Église; la réfutation des hérésies, les décisions de tous les sacrés conciles, tout ce qui soutient l'Église, et tout ce qui la conservera jusqu'à la fin du monde, et plusieurs autres grands mystères de la vie et de la gloire des saints, parce que tout cela fut gravé dans le cœur très-pur de notre grande Reine; il faudrait aussi rappeler tout ce que notre Rédempteur et Maître a fait pour que la rédemption des hommes et la doctrine de son Église fussent abondantes (2) ; ce qu'ont écrit les évangélisfes, les apôtres, les prophètes et les anciens pères; ce qu'ont fait ensuite tous les saints ; les lumières qu'ont reçues les docteurs; ce qu'ont souffert les martyrs et les vierges, la grâce qu'ils ont obtenue pour supporter leurs peines avec patience. Notre auguste Souveraine connut distinctement et avec une grande pénétration toutes ces choses , et beaucoup d'autres qu'on ne saurait expliquer ; aussi en témoigna -t- elle au Père éternel comme auteur de tout , et à son Fils unique comme chef de l'Église , toute la reconnaissance possible à une simple créature.

(1) Sap,, vil, Vi. — (2) Ps, cxxix, 7.

J'essaierai , malgré mon insuffisance , d'en parler plus tard.

735. Quoiqu'elle fût occupée à de telles merveilles avec toute la plénitude qu'elles demandaient, étant fort attentive à son Fils et à son Maître, elle ne négligeait jamais ce qui regardait son service corporel , et veillait soigneusement à ses besoins et à ceux de saint Joseph; lorsqu'elle avait préparé leur repas, elle servait toujours son trèssain l Fils à genoux et avec un respect incomparable. Elle faisait aussi que l'Enfant Jésus consolât pai" sa présence son père putatif autant que s'il eût été son père naturel. Ainsi l'Enfant-Dieu obéissait à sa Mère , et restait souvent près de saint Joseph pendant le travail, auquel il ne cessait de se livrer pour entretenir à la sueur de son front le Fils du Père éternel et sa Mère. Bien plus, à mesure que l'Enfant croissait, il aidait le saint patriarche suivant les forces de son âge; et quelquefois il opérait des miracles, s'employant à des choses qui surpassaient les forces naturelles, afin de soulager davantage le saint époux dans son travail ; mais ces merveilles ne se passaient qu'entre eux trois.

Instruction que me donna la Reine des anges.

736. Ma fille, je vous convie de nouveau à être dès à prosent ma disciple et ma compagne en la pratique de la doctrine céleste, que mon très-saint Fils a enseignée à son Église par le moyen des Évangiles et des Ecritures saintes. Je veux que vous prépariez votre cœur, avec un nouveau zèle, à recevoir comme une terre choisie la semence vive et sacrée de la parole du Seigneur, et que son fruit soit

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au centuple (1). Soyez allentlve âmes paroles, faites que votre plus fréquente lecture soit celle des Évangiles , et méditez dans le plus secret de votre âme sur la doctrine et sur les mystères que vous y découvrirez. Écoutez la voix de votre Époux et de votre Maître. 11 engage tous les hommes à recueillir de sa bouche les paroles de la vie éternelle (2). Mais la vie mortelle présente tant de dangers et tant de séductions, qu'il y a fort peu d'âmes qui veuillent les écouter et prendre le chemin de la lumière (3). La plupart s'adonnent aux plaisirs que leur otl're le prince des ténèbres; et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va (4). Le Très-Haut vous appelle dans les voies de la véritable lumière; marchez à ma suite, et vous obtiendrez l'accomplissement de vos désirs. Renoncez à tout ce qui est terrestre et visible; détournez-en votre vue et votre attention; méprisez toutes les fausses apparences; évitez les occasions d'être connue; faites en sorte que les créatures n'aient aucune place dans votre cœur; gardez votre secret , et mettez votre trésor à couvert des tromperies humaines et diaboliques (5). Vous viendrez à bout de tout, si, comme disciple de mon très-saint Fils et la mienne, vous vous conformez avec la perfection convenable à lu doctrine de l'Évangile que nous vous enseignons. Or, pour que cette doctrine vous mène à une fin si sublime, vous devez vous souvenir toujours du bienfait dont vous a prévenue la bonté divine en vous appelant à être, autant que votre faiblesse vous le permettra, la novice et la professe de l'imitation de ma vie , de ma doctrine et de mes vertus, en suivant en toutes choses mes traces, afin que vous passiez de cet état au noviciat le plus élevé et à la profession la plus parfaite de la religion catholique, en

(1) Luc, vui, 8. — (2) Joan., vi, 69. —(3) Matth., vu, 14.— (4) Joaii., xii, 35. — (5) Isa., XXI v, 16; Matth., XIll, 44.

VOUS modelant par la pratique de la doctrine évangélique sur le Rédempteur du monde, qui vous attirera par l'odeur de ses parfums dans les voies droites de sa vérité. La première condition pour être ma disciple, c'est d'être disposée à devenir celle de mon très-saint Fils; et l'un et l'autre vous doivent faire arriver au but final, qui consiste dans l'union de l'àme à l'être immuable de Dieu. Ces trois états sont des bienfaits d'un prix incomparable, qui vous mettent dans l'obligation d'être plus parfaite que les' plus liants sérapbins. La droite du Tout-Puissant vous les a accordés, pour vous rendre capable de recevoir l'enseignement et vous élever à l'intelligence de ma vie , de mes œuvres, de mes vertus et de mes mystères, afin que vous les écriviez. Or le souverain Seigneur a bien voulu vous favoriser, par mon intercession et par mes prières, de cette grande miséricorde, sans que vous l'ayez méritée. J'ai rendu ces prières efficaces, en récompense de ce que vous avez soumis votre esprit craintif et lâche à la volonté du Très-Haut, et à l'autorité de vos supérieurs, qui vous ont ordonné plusieurs fois d'écrire mon histoire. Le prix le plus avantageux et le plus utile à votre àme est celui que vous avez obtenu dans ces trois états , ou chemins mystiques, très-relevés , très-mystérieux , très-cachés à la prudence de la chair (1), et très-agréables aux yeux de la Divinité. Ils renferment une science et des instructions très-abondantes pour arriver à leur fin, comme vous l'avez appris et expérimenté. Faites-en un traité à part, car c'est la volonté de mon très-saint Fils. Vous lui donnerez pour titre celui que vous avez annoncé dans l'introduction de cette Histoire, c'est-à-dire celui-ci: Les Lois de l'épouse, les hautes Verfeetions de son chaste amour, et le Fruit tiré de V arbre de la vie que cet otivrage contient. (l)MaUh., XI, 25.

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