‹ La cité mystique de DieuChapitre 115 sur 122 · CHAPITRE lïl · texte numérisé non relu

CHAPITRE lïl

L'auguste Marie cl son saint époux Joseph allaient tous les ans à Jérusalem , selon la loi , et y menaient avec eux l'Enfant Jésus.

737. Quelques jours après le retour de nos saints voyageurs à Nazareth, le temps arriva où le précepte de la loi de Moïse obligeait les Israélites de se présenter à Jérusalem devant le Seigneur. Ce commandement obligeait trois fois l'année, ainsi que cela résulte de l'Exode et du Deutéronome (I). Mais il n'obligeait que les hommes, et par conséquent les femmes pouvaient y aller par dévotion ou s'en dispenser; car la visite du Temple ne leur était ni commandée ni défendue. La divine Souveraine et son époux conférèrent ensemble sur ce qu'ils devaient faire dans ces occasions. Le saint souhaitait d'y mener la Reine du ciel et le très-saint Enfant, pour l'offrir de nouveau au Père éternel , comme il le faisait toutes les fois qu'il se rendait au Temple. La très-pure Mère y était aussi portée par sa dévotion et par le culte du Seigneur; mais comme en cas semblable elle n'entreprenait rien sans le conseil de son Maître, le Verbe incarné, elle le consulta sur le parti qu'il y avait à prendre. Après quoi il fut décidé que saint Joseph irait seul deux fois l'année à Jérusalem, et que la troisième ils iraient tous trois ensemble. Ces fêtes solennelles, lors desquelles les Israélites visitaient le

(1) Exod., xxiii , 14 et 17 ; Deul., xvi, 1 , etc.

Temple, étaient celle des Tabernacles, celle des Semaines, qui correspondait à la Pentecôte, et celle des pains sans levain, qui était la préparation de la Pàque (i). C'est à celle-ci que le très-doux Jésus, la très-pure Marie et saint Joseph montaient ensemble à Jénisalem. Elle durait sept jours, et il y arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant. Mais le saint patriarche assistait seul aux deux autres fêtes sans y mener l'Enfant ni la xMère.

738. Les deux fois par an que le saint époux Joseph allaita Jérusalem, il faisait ce voyage pour lui-même, pour sa divine épouse et au nom du Verbe incarné, dont les lumières et les faveurs le remplissaient de grâce, de dévotion et de dons célestes, et lui permettaient ainsi de faire au Père éternel l'offrande de l'hostie que le Très- Haut lui laissait comme en dépôt jusqu'au temps qu'il avait fixé. En attendant, le saint, comme député du Fils et de la Mère (qui priaient pour lui à Nazareth), faisait des prières mystérieuses dans le temple de Jérusalem, et offrait le sacrifice de ses lèvres. Et comme il y offrait Jésus et Marie, cette offrande était plus agréable au Père éternel que toutes celles que le reste du peuple d'Israël lui pouvait offrir. Mais quand le Verbe incarné et la Vierge Mère se rendaient en la ville sainte pour la fête de Pàque, avec saint Joseph , ce voyage était beaucoup plus merveilleux pour lui et pour les courtisans du ciel, parce que les dix mille anges qui accompagnaient sous une forme humaine les trois voyageurs Jésus, Marie et Joseph, formaient toujours le long de la route cette très- solennelle procession dont j'ai déjà parlé; de sorte qu'ils s'y montraient tous avec la beauté éclatante et avec le profond respect qui leur étaient ordinaires, servant leur Créateur et leur

(t) Doul.,xvi, i3, 9, 8.

l'AKT. Il, LIV. V, CHAP. III. 511

Reine, comme je l'ai marqué en racontant leurs autres voyages. Celui-ci était presque de trente lieues, distance de Nazareth à Jérusalem. Et soit qu'ils y allassent, soit qu'ils s'en retournassent, l'ordre de cette procession et du service des saints anges était observé suivant les besoins et suivant la volonté du Verbe incarné.

739. Ils faisaient moins de chemin par jour dans ces voyages que dans les autres, parce qu'après leur retour d'Egypte, l'Enfant Jésus voulut les faire à pied; de sorte qu'ils marchaient ainsi tous les trois. 11 était par conséquent nécessaire d'aller plus lentement, car l'adorable Sauveur voulut dès lors se soumettre à la fatigue pour le service du Père éternel et pour notre salul. Loin donc d'user de sa puissance infinie pour éviter la peine de la marche, il cheminait comme un homme passible, permettant aux causes naturelles de produire leurs effets propres, ce qui avait lieu quand il consentait à sentir la lassitude. La première année où ils firent ce voyage, la divine Mère et son époux eurent soin de soulager l'Enfant- Dieu en le portant quelquefois entre leurs bras au moins pendant un moment; mais dans la suite il alla toujours à pied. La très-douce Mère ne s'y opposait point, parce qu'elle savait que c'était sa volonté d'endurer cette fatigue; seulement elle le menait d'ordinaire par la main, ou parfois le saint patriarche Joseph. Mais quand l'adorable Enfant se lassait et s'échaulTait, la très -prudente et très-amoureuse Mère se laissait attendrir d'une compassion naturelle, et souvent se mettait à pleurer. Elle lui demandait alors comment il se trouvait du voyage, et lui essuyait la sueur de son divin visage plus beau que les cieux et que leurs astres. Notre auguste Souveraine lui rendait ce service à genoux et avec un respect incomparable. Et le très-saint Enfant lui répondait d'une manière

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agréable , et lui exprimait la complaisance avec laquelle il supportait ces peines pour la gloire de son Père éternel et pour le bien des hommes. Ils passaient la plus grande partie du temps dans ces entretiens et en des louanges divines, comme ils faisaient dans les autres voyages que j'ai racontés.

740. Quelquefois notre grande Reine contemplait les opérations intérieures de son très-saint Fils, et elle considérait en môme temps la perfection de l'humanité divinisée, sa beauté et ses actions, dans lesquelles se révélait déjà sa divine grâce; elle voyait aussi comme il croissait en l'être et en la manière d'agir comme homme véritable; la très-prudente Marie repassait toutes ces choses dans son esprit (1), faisait des actes héroïques de toutes les vertus, et s'enflammait du divin amour. Elle regardait aussi dans l'Enfant le Fils du Père éternel et le Dieu véritable; et tout en conservant la tendresse naturelle d'une mère véritable, elle lui rendait l'honneur et le respect qu'elle lui devait comme à son Dieu et à son Créateur; et tout cela se concihait admirablement dans son cœur candide et très-pur. Il arrivait parfois que lorsque le divin Enfant marchait, le vent lui faisait flotter les cheveux (disons en passant qu'ils ne devinrent jamais trop longs, et qu'il n'en perdit point un seul jusqu'à ce que les bourreaux les lui arrachèrent), et à cette vue la très-douce Mère éprouvait de nouvelles impressions et des sentiments pleins de douceur et de sagesse. Mais quoi qu'elle fit, soit intérieurement, soit extérieurement, elle ne cessait de ravir les anges et de complaire souverainement à son très-saint Fils et Créateur.

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