Toutes les fois que le Fils et la Mère cflecluaient
(1) Luc, II, lî).
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ce voyage, ils opéraient des choses mei-veilleuses pour le bien des âmes, car ils en convertissaient plusieurs à la connaissance du Seigneur, et les retiraient du péché en les mettant dans le chemin de la vie éternelle. Ils le faisaient néanmoins d'une manière secrète, parce qu'il n'était pas encore temps que le Maître de la vérité se manifestât. Or sachant que c'était ce que le Père éternel avait recommandé à son très-saint Fils (1), et que ses œuvres devaient alors se produire sans éclat, la bienheureuse Vierge y concourait comme un instrument caché de la volonté du Restaurateur du monde. Mais notre très-prudente Maîtresse, voulant se conduire en tout avec une plénitude de sagesse, consultait toujours l' Enfant-Dieu sur tout ce qu'ils devaient faire dans ces voyages, et lui demandait par quels lieux et par quelles maisons ils devaient passer, et cela parce qu'elle comprenait que son adorable Fils disposait dans ces circonstances les moyens convenables pour opérer les merveilles que sa sagesse avait prévues et déterminées.
7i2. Quand ils s'arrêtaient pour passer la nuit soit dans une hôtellerie, soit à la campagne, où ils reposèrent plus d'une fois, l'Enfant-Dieu et sa très-pure Mère ne se séparaient jamais. Notre grande Souveraine restait toujours près de son Fils et son Maître, et elle était fort attentive à toutes ses actions pour les imiter. Il en était de même dans le Temple, où elle suivait les prières que le Verbe incarné adressait a son Père éternel , et voyait comme il s'humiliait dans son humaine infériorité , reconnaissant avec un profond respect les dons qu'il recevait de la Divinité. La bienheureuse Mère entendait quelquefois la voix du Père qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me
(1) Jean., îii, 49.
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plais uniquement (1). Elle découvrait aussi quelquefois que son très-saint Fils priait le Père éternel pour elle , et qu'il la lui présentait comme sa véritable Mère, et cette connaissance lui causait une joie indicible. Elle le voyait souvent prier pour le genre humain , et offrir ses œuvres et ses peines pour tant de hautes fins. Et toutes ses prières, elle les répétait en s'y associant pleinement.
743. 11 arrivait encore que les saints anges chantaient avec une harmonie céleste des hymnes au Verbe incarné, soit loi-squ'il cheminait, soit lorsqu'il entrait dans le Temple , et l'auguste Mère les entendait et pénétrait tous ces mystères, qui la remplissaient d'une nouvelle lumière et d'une sagesse sublime, et enflammaient son cœur de l'amour divin ; le Très-Haut lui communiquait ainsi tant de nouvelles faveurs, qu'il ne m'est pas possible de les rapporter. Mais il la préparait par toutes ces grâces aux peines et aux afflictions qu'elle était destinée à souffrir; car souvent, après tant de bienfaits admirables, il lui représentait, comme s'il avait déroulé un plan sous ses yeux, tous les opprobres, toutes les ignominies et toutes les douleurs que son très-saint Fils souffrirait dans la ville de Jérusalem. Et afin que ce spectacle lui fût plus sensible, cet adorable Seigneur avait accoutumé en ces momenls-là de se mettre en prière en présence de sa très-douce Mère. De son côté, elle le regardait par lalumière de la divine sagesse, et, l'aimant comme son Dieu et comme son Fils véritable, clic était transpercée du glaive de douleur que Siméon lui avait prédit (2) , et versait beaucoup de larmes , à la pensée des injures, des peines et de la mort ignominieuse que son très'doux Fils subirait , el en considérant que cette beauté, qui surpassait celle de tous les enfants des hommes,
(1) Mattb., xvii, 5. — (2) Luc, u, 35.
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serait tellement défigurée, qu'il paraîtrait plus dillorme qu'un lépreux (1), et que ses yeux seraient témoins de toutes ces horreurs. Mais l'Enfant-Dieu, voulant adoucir sa douleur , lui disait quelquefois d'y disposer son cœur par la charité qu'elle avait pour le genre humain, et d'offrir ces peines qui les attendaient tous deux au Père éternel pour le salut des hommes. Le Fils et la Mère faisaient conjointement cette offrande, que la très-sainte Trinité acceptait avec complaisance, et l'appliquaient spécialement aux fidèles, et surtout aux prédestinés , qui devaient profiler des mérites et de la rédemption du Verbe incarné. C'est surtout à ces exercices que Jésus et Marie consacraient le temps qu'ils mettaient pour aller visiter le Temple de Jérusalem.
Instruction que me donna l'auguste Beine Marie.
74 i. Ma tille, si vous considérez avec une profonde attention l'étendue de vos obligations , la peine que je vous ai dit si souvent de prendre pour accomplir les commandements et la loi du Seigneur vous paraîtra très-légère et très-douce (2) . Ce doit être le premier pas de votre pèlerinage , comme le principe et le fondement de toute la perfection chrétienne. Je vous ai enseigné plusieurs fois que les préceptes du Seigneur ne doivent pas être accomplis avec tiédeur et lâcheté , mais avec une dévotion fervente qui vous portera à ne pas vous contenter simplement d'une vertu commune , mais à vous adonner à la
(1) Isa., un, 3 et 4; Sap., il, 20; Ps. xuv, 3. — (2) Matth., XI, 30.
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pratique de beaucoup d' œuvres surérogatoires, en ajoutant par amour ce que Dieu ne vous impose point par obligation ; car c'est une invention de sa sagesse pour rendre ses fidèles serviteurs et ses véritables amis plus agréables à sa Majesté , comme il veut que vous le soyez. Rappelez-vous, ma très-chère fille, que le chemin de la vie mortelle à la vie éternelle est long, pénible et dangereux; long par la distance (1) , pénible par les obstacles, dangereux par la fragilité humaine et par la ruse des ennemis (2). En outre le temps est court (3), la fin incertaine, et cette même fin est ou très-heureuse ou trèsmalheureuse , et l'une et l'autre sont irrévocables. Depuis le péché d'Adam , la vie animale et terrestre tyrannise ceux qui la suivent ; les chaînes des passions sont fortes , et la guerre est continuelle ; le plaisir par sa présence flatte les sens et les trompe aisément ; les choses qui conduisent à la vertu sont plus cachées en leurs effets et plus difficiles à connaître; et tout cela réuni rend le pèlerinage douteux quant à son issue , et sème la route de dangers et d'embûches (4).
745. Entre tous les périls, celui de la chair n'est pas le moindre, à cause de la faiblesse humaine ; c'est là un ennemi domestique toujours acUf , qui fait déchoir beaucoup d'àmes de la grâce (5). Le moyen le plus court et k plus sûr de la vaincre, pour vous comme pour tout le monde , doit être de passer votre vie dans les amertumes, dans les afflictions et dans les peines, sans y jouir d'un moment de repos ni d'aucune satisfaction des sens , et de faire avec eux un pacte inviolable (6) , en vertu duquel
(1) m RcK., XJX, 7. — (2) Mallh., vu, 14. — (3) I Cor., vu, 29. — (4) Ecclcs., IX, 2; II, 3; Matth., XXV, 3!, etc.; Job, VII, 20, 1. — (.i) Sap., IV, 12. — (6) Job, xxxi, 1.
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VOUS ne leur accordiez que ce que la nécessité exige ou ce que la raison permet. Outre cette précaution, vous devez aspirer toujours à ce qui sera le plus agréable au Seigneur, et à la dernière fin que vous souhaitez d'atteindre. C'est pourquoi il faut que vous vous efforciez de m'iaiiter toujours, et si je vous recommande cette imitation, c'est par le désir que j'ai de vous voir arriver à la plénitude de la vertu et de la sainteté. Considérez la ferveur et la ponctualité avec lesquelles je faisais tant de choses, que le Seigneur ne m'avait pas commandées, mais que je savais être de son bon plaisir. Redoublez avec ardeur les actes de vertu, les dévotions, les exercices spirituels; faites en tout temps des prières au Père éternel pour le salut des hommes, et aidez-les par votre exemple et par d'utiles avis autant que vous le pourrez. Consolez les affligés, encouragez les faibles, tendez la main à ceux qui sont tombés, et offrez, s'il est nécessaire , votre sang et votre propre vie pour tous. Remerciez singulièrement mon très-saint Fils de ce qu'il souffre avec tant de mansuétude la noire ingratitude des hommes , sans cesser de les conserver et de les combler de bienfaits. Réfléchissez à l'amour invincible qu'il leur a porté et qu'il leur porte, et à la manière dont je partageais et dont je partage encore maintenant cette charité. Enfin je veux que vous suiviez votre divin Époux en une vertu si excellente, et moi aussi , puisque je suis votre Maîtresse.