‹ La cité mystique de DieuChapitre 117 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Enfant Jésus, étant dans sa douzième année , va avec ses parents à Jérusalem , et il reste dans le Temple sans qu'ils s'en aperçoivent (i).

746. Jésus, Marie et Joseph continuaient, comme je l'ai dit, de se rendre tous les ans au Temple pour y célébrer la pâque des pains sans levain; et, par suite de cette habitude, ils allèrent à Jérusalem au moment où l' Enfant- Dieu atteignait sa douzième année, quand déjà il convenait qu'il commençât à faire paraître les splendeurs de son inaccessible lumière. Cette fête des pains sans levain durait sept jours, selon les prescriptions de la loi (2); mais le premier et le dernier jour étaient les plus solennels. C'est pour cela que nos très-saints pèlerins passaient à Jérusalem toute cette semaine, solennisant la fête par le culte qu'ils rendaient au Seigneur, et par les prières que les autres Israélites avaient coutume de faire, quoiqu'ils fussent si distingués et si différents de tous les autres par le mystère qui cachait leur excellence. I.a bienheureuse Mère et son saint époux obtenaient pendant ces jours, chacun de leur côté, de si grandes faveurs de la main libérale du Seigneur, qu'il n'est pas possible à l'entendement humain de les concevoir.

747. Le septième jour de la semaine étant passé, ils prirent le chemin de Nazareth. Et comme ils sortaient de

(1) Luc, u. — (2) Deut., XVI, 8.

PART. Il, LIV. V, CHAP. IV. 519

la ville de Jérusalem, l'Ënfant-Dieu quitta ses parents sans qu'ils s'en pussent apercevoir (1), et il demeura caché pendant qu'ils poursuivaient leur voyage, ne sachant pas ce qui leur arrivait. Dans cette circonstance, le Seigneur proflta de la coutume et du grand concours des pèlerins; car ils étaient si nombreux dans ces fêles, qu'ordinairement ils se partageaient par troupes, et que les hommes se séparaient des femmes pour garder la bienséance convenable. Les enfants qu'on y mêlait allaient indifféremment avec leur père ou avec leur mère, parce qu'il n'y avait en cela aucun danger d'indécence : de sorte que dans cette occasion saint Joseph avait sujet de croire que l'Enfant Jésus accompagnait sa très-sainte Mère, dont il ne s'éloignait jamais (2); et il ne pouvait pas supposer qu'elle fût partie sans lui, paice que cette divine Reine l'aimait et le connaissait bien mieux que toutes les créatures angéliques et humaines. La bienheureuse Vierge n'avait pas des raisons aussi fortes pour se persuader que notre adorable Sauveur était avec le patriarche saint Joseph; mais le Seigneur lui-même la distraya par d'autres pensées divines et saintes, afin qu'elle n'y prît pas garde dès le commencement, et qu'ensuite, lorsqu'elle remarquerait l'absence de son bien-aimé , elle crût que le glorieux saint Joseph le menait avec lui, et que ce souverain Maître avait voulu lui ménager cette consolation.

748. Marie et Joseph marchèrent dans cette pensée pendant tout un jour, comme le dit saint Luc (3). Or, comme on sortait de la ville par des endroits différents , les étrangers rejoignaient ensuite chacun sa femme ou sa famille. La très-pure Maiie et son époux se réunirent au lieu où ils devaient passer la première nuit après leur

(1) Luc, H, 43.- (2) Ibid., 44. —(3) /éirf.

départ de Jérusalem. Alors l'auguste Souveraine s'aperçut que l'Enfant-Dieu n'était point avec saint Joseph, comme elle le croyait, et le patriarche ne le trouvait pas non plus avec sa Mère : cela les mit tous deux dans un tel étonnement, qu'ils en perdirent presque la parole; de sorte qu'ils restèrent assez longtemps sans se pouvoir parler. Et chacun se conduisant, de son côté, par sa trèsprofonde humilité, s'accusait soi-même d'avoir par sa négligence perdu de vue le très-saint Enfant, parce qu'ils ignoraient l'un et l'autre le mystère et les voies que le Seigneur avait prises pour l'exécuter. Les divins époux, unpeurevenusde leur étonnement, délibérèrent ensemble avec une extrême douleur sur ce qu'ils devaient faire. Puis l'amoureuse Mère dit à saint Joseph : « Mon époux « et mon Seigneur, je ne saurais avoir le cœur en repos « si nous n'allons au plus tôt checher mon très-saint Fils.» Ils prirent ce parti, en commençant par en demander des nouvelles à leurs parents et aux personnes de leur connaissance j mais aucun ne put leur en donner la moindre ni adoucir leur douleur : au contraire, ils la leur augmentèrent en leur répondant qu'ils ne l'avaient pas vu depuis qu'ils étaient sortis de Jérusalem.

749. La mère afïligées'adressaàscssaints anges. Or ceux qui portaient cette admirable devise du très-saint nom de Jésus (dont j'ai fait mention en parlant de la Circoncision) se trouvaient avec le même Seigneur; les autres accompagnaient sa très-pure Mère, ainsi qu'il arrivait toutes les fois qu'ils se séparaient. La Reine du ciel interrogea ceux-ci, qui étaient au nombre de dix mille, et leur dit : « Mes « amis et mes compagnons fidèles, vous pénétrez assez la « juste cause de ma douleur; je vous prie de me con- « soler dans une affliction si amère en me donnant quelque « nouvelle de mon bien-aimé, aiiïi que je le cherche et

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