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« que je le trouve (1). Donnez, esprits célestes, quelque « espoir à mon cœur désolé, qui, privé de son bien et de « sa vie, semble me quitter pour l'aller chercher. » Les saints anges, qui savaient que le Seigneur voulait exercer dans cette circonstance sa très -sainte Mère pour augmenter ses mérites, et qu'il n'était pas encore temps de lui découvrir le mystère, tâchèrent, sans perdre de vue leur Créateur et notre Rédempteur, de la consoler par d'autres considérations; mais ils ne lui dirent pas alors où son très-saint Fils était, ni de quelles choses il s'occupait. Cette réponse des anges et les nouveaux doutes qu'ils causèrent à notre très-prudente Souveraine redoublaient ses inquiétudes, ses larmes, ses soupirs et l'impatience qu'elle avait de chercher non la drachme perdue, comme cette femme de l'Évangile (2), mais tout le trésor du ciel et de la terre.
750. La Mère de la Sagesse formait dans son cœur diverses pensées. Elle se demanda d'abord si Archélaûs, ayant entendu parler de l'Enfant Jésus, et imitant la cruauté de son père Hérode, ne l'aurait point fait prendre. Elle savait bien par les divines Écritures et par les révélations et l'enseignement de son très-saint Fils que le temps de la mort de son Rédempteur et du nôtre n'était pas encore arrivé; néanmoins elle craignait qu'on ne l'eût mis en prison et qu'on ne le maltraitât (3). Sa très -profonde humilité" la faisait aussi douter si par malheur son service ne lui aurait point été désagréable, et s'il ne se serait point retiré dans le désert avec son futur précurseur saint Jean. Puis, s' adressant quelquefois à son bien -aimé absent, elle lui disait : « Mon doux amour, la gloire de mon âme, le « désir qui vous presse de souffrir pour les hommes et
(1) Gant., m , 2 et 3. — (2) Luc, xv, 8. — (3) Sap., ii , 13, etc.; Isa., un, 2; Jerem., xi, 18, etc.; Dan., ix, 26; Joan., vu, 30.
« votre immense charité vous porteront à n'éviter aucune
« peine (t); au contraire, je crains, mon adorable Sei-
« gneur, que vous n'alliez au-devant de toutes les soflf-
« frances. Où irai-je? Où est-ce que je pourrai vous ren-
« contrer, lumière de mes yeux? Voulez- vous que le
« glaive de douleur qui m'a séparée de votre présence
« m'arrache la vie (2) ? Mais je ne dois pas m'élonner,
« mon divin Maître, que vous châtiiez par votre absence
« celle qui n'a pas su profiter du bonheur de votre com-
« pagnie. Pourquoi, Seigneur, m'avez -vous fait goûter
« les douces caresses de votre enfance, si je dois être pri-
« vce sitôt de votre aimable présence et de votre doctrine
« céleste? Mais, hélas! je ne puis pas mériter de vous
« avoir pour Fils et de vivre auprès de vous ici -bas;
« ainsi j'avoue que je dois vous remercier d'avoir dai-
« gné m'accepter quelque temps comme esclave (3). Que
« si, étant, malgré mon indignité, votre Mère, je puis me
« prévaloir de ce titre pour vous chercher comme mon
« Dieu et mon souverain bien, permettez-moi, Seigneur,
« de le faire, et accordez -moi ce qui me manque pour
« mériter de vous trouver, car je vivrai avec vous au
« désert, dans les peines, dans les afflictions ; et en quel-
« que endroit du monde que vous soyez. Seigneur, mon
« âme désire devenir, au prix de toutes les douleurs et
« de tous les tourments, jusqu'à un certain point digne
« soit de mourir, si je ne vous trouve pas, soit de vivre en
« votre service et en votre compagnie. Quand votre être
« divin se déroba à mon amour, il me resta la présence « de votre aimable humanité; et quoiqu'elle me montrât « un air sérieux et sévère, et moins de marques de sa « bienveillance qu'à l'ordinaire, j'avais la consolation de
(1) Hebr.,x, 5,ctc.;Isa., utl,7. — (2)Tob.,x, 4. —(3) Luc, 1, 48.
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« pouvoir me prosterner à vos pieds. Mais je suis niain- « tenant privée de ce bonheur; le Soleil qui m'éclairalt c< s'est entièrement caché , et il ne me reste que les « craintes et les gémissements. Ah! vie de mon âme, a que de profonds soupirs n'ai-je pas sujet de vous adres- « ser ! mais ils ne sont pas dignes de votre grande cléce mence, puisque je ne sais où il sera donné à mes yeux « de vous trouver. »
751. La très -innocente colombe passâtes trois jours pendant lesquels elle chercha le Sauveur du monde dans les larmes et les gémissements, sans reposer, sans dormir ni manger. Et quoique les dix mille anges qui l'accompagnaient sous une forme humaine la vissent si affligée et si triste, ils ne lui dirent pas où elle trouverait le divin Enfant. Le troisième jour elle résolut de l'aller chercher au désert, où se tenait saint Jean : car, n'apprenant rien qui lui fit présumer qu'Archélaùs eût fait prendre son très-saint Fils, elle penchait à croire qu'il était près de son précurseur. Mais, quand elle voulut exécuter son dessein, les saints anges l'en dissuadèrent en lui disant que le Verbe incarné n'était point au désert. Elle se proposa aussi de se rendre à Bethléem, pour voir si par bonheur elle ne le trouverait point dans la grotte de la nativité; les anges la détournèrent encore de ce voyage, en lui déclarant que le Seigneur n'était pas si loin. Et quoique la bienheureuse Mère inférât de ces réponses que les esprits célestes n'ignoraient point où était l'Enfant Jésus, elle fut si retenue et si humble, qu'elle ne leur demanda plus où elle le pourrait trouver, parce qu'elle crut que le Seigneur voulait qu'ils le lui cachassent. On voit par là avec combien de magnificence et de respect cette auguste Reine ti-aitait les secrets du Très-Haut et ses ministres (l) :
(1)11 Mach., II, 9.
car ce fut une des rencontres où elle put déployer toute la grandeur royale de son cœur magnanime.
752. La douleur que la très-pure Marie eut dans cette occasion surpassa celle que tous les martyrs ensemble ont pu souffrir j et elle y exerça aussi une patience et une résignation sans égale, parce que la perte de son très-saint Fils, la connaissance qu'elle en avait, l'amour qu'elle lui portait et l'estime qu'elle en faisait étaient au-dessus de tout ce qu'on saurait concevoir. Sa perplexité était excessive, sans que, comme je l'ai dit, elle en connût la cause. En outre, le Seigneur la laissa pendant ces trois jours dans cet état commun, où elle avait accoutumé de se trouver quand , privée de ses faveurs singulières, elle était, pour ainsi dire, réduite à l'état de grâce ordinaire : car, excepté la présence sensible des anges et les entretiens qu'elle avait avec eux, il lui suspendit les autres bienfaits qu'il communiquait souvent à son âme très -sainte. Par tout ce que je viens de dire, on comprendra un peu quelle devait être la douleur de la divine et amoureuse Mère. Mais, ô prodige de sainteté, de prudence, de force et de perfection ! dans une affliction si inouïe et dans une peine si extrême, elle ne se troubla point; elle ne perdit ni la paix intérieure ni la paix extérieure ; elle n'eut aucune pensée de colère, ni aucun mouvement d'impatience, ni la moindre tristesse désordonnée, comme il arrive d'ordinaire dans les grandes afflictions aux autres enfants d'Adam, dont toutes les passions et les puissances se soulèvent même pour une petite contrariété. Mais la Maîtresse des vertus gouvernait et maintenait toujours les siennes dans un accord admirable. Ainsi, quoique la douleur dont son cœur était pénétré fût sans mesure, elle n'en resta pas moins mesurée dans toutes ses actions, ne cessant jamais de louer le Seigneur, de le prier pour le genre humain.