‹ La cité mystique de DieuChapitre 119 sur 122 · PABT. M, LIV, V, CHAP. IV · texte numérisé non relu

PABT. M, LIV, V, CHAP. IV

et de lui demander la consolation de retrouver son trèssaint Fils.

753. Elle le chercha avec cette sagesse divine et avec une extrême diligence pendant trois jours, interrogeant et questionnant diverses personnes, signalant l'extérieur de son bien-aimé aux filles de Jérusalem, et allant par les rues et par les places de la ville ; de sorte que ce que Saloraon dit de cette grande Souveraine dans les Cantiques fut accompli en cette occasion (1). Quelques femmes lui demandaient à quelles marques on pourrait reconnaître rp]nfant qu'elle avait perdu; et elle leur répondait en indiquant celles que l'Épouse avait données en son nom : Mo7i bien-aimé est blanc et vermeil, choisi entre mille (2). Il y en eut une entre autres qui, l'ayant entendue, lui dit : « Un enfant qui a les mêmes marques que vous dites s'est « présenté hier à ma porte pour demander l'aumône, et « je la lui ai donnée, mais ses manières agréables et son « extrême beauté m'ont ravi le cœur; et, en lui faisant tt la charité, je sentis en mon àme une forte et douce tt impression, et une tendre compassion de voir un si bel « enfant dans la pauvreté et sans asile. » Ce furent les premières TOuvelles que la Mère affligée reçut de son fils à Jérusalem. Et, respirant quelque peu dans sa douleur, elle continua de s'en informer, et quelques autres personnes lui dirent presque la même chose. Après qu'elle eut reçu ces nouvelles, elle alla à l'hôpital de la ville, croyant qu'elle y trouverait l'Époux et le Maître de la pauvreté parmi les pauvres, comme parmi ses frères et ses amis légitimes (3). Là, lorsqu'elle en demanda des nouvelles, ils lui dirent que l'enfant qui avait toutes les marques qu'elle disait les avait visités pendant trois jours, leur por-

(l)Cant., v, 10eHl;iu, 2. — (2) /ôirf,, 9et 10. — (3) Matth., XXY, 40.

tant quelques aumônes et les laissant fort consolés dans leurs afflictions.

754. Toutes ces nouvelles excitaient en la divine Marie de très-doux sentiments, qu'elle offrait du plus intime de son cœur à l'Enfant adorable qu'elle cherchait. Or, ne l'ayant pas trouvé au milieu des pauvres, elle crut qu'il serait sans doute au Temple, comme en la maison de Dieu, en la maison de prière. Les saints anges, répondant à cette pensée, lui dirent : « Reine et Maîtresse de l'uni- « vers, votre consolation est proche, vous verrez bience tôt la lumière de vos yeux; hâtez -vous d'aller au « Temple. » Le glorieux patriarche saint Jeseph rencontra en ce moment son épouse, car, pour multiplier les chances de retrouver l'Enfant-Dieu, il avait dirigé ses recherches vers d'autres endroits. Il fut aussi averti par un autre ange de se rendre au Temple. Pendant ces trois jours il avait couru dans tous les sens, tantôt avec son auguste épouse, tantôt seul, avec des fatigues excessives et une douleur inexprimable; de sorte que sa vie aurait été dans un danger mdnifeste, si la main du Seigneur ne l'eût foilifié, et si notre très-prudente Vierge n'eût eu soin de le consoler dans son exti'ême affliction , et de lui faire premre un peu de nourriture et de repos; car le tendre et sincère amour qu'il portait à l'Enfant-Dieu lui inspirait un si vif désir de le retrouver, qu'il oubliait tout le reste. Or, par cet avis des Princes célestes, la très-pure Marie et saint Joseph allèrent au Temple, où il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.

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Instruction que me donna la Reine des anges.

755. Ma fille, les mortels savent par une assez longue expérience qu'on ne perd point sans douleur ce que l'on aime et que l'on possède avec plaisir. Cette vérité, si connue par l'épreuve qu'on en fait, devrait instruire les mondains et les faire rougir du peu d'amour qu'ils portent à leur Dieu et Créateur; puisque, d'un si grand nombre qui le perdent, il en est si peu qui s'affligent de l'avoir perdu, parce qu'ils n'ont jamais mérité de l'aimer, ni de le posséder en vei^de la grâce. Or, comme la perte d'un bien qu'ils n'aiment point et qu'ils n'ont point possédé ne les afflige pas, il en résulte que, l'ayant perdu, ils ne se mettent guère en peine de le chercher. Mais il y a une grande différence entre la perte et l'absence du véritable bien ; en effet, ce n'est pas une même chose que Dieu se cache d'une âme pour éprouver son amour, et lui donner occasion d'avancer dans la vertu, ou qu'il s'en éloigne en punition de ses péchés; car le premier est une industrie de l'amour divin, et un moyen pour se communiquer davantage à la créature qui le désire et qui le mérite. Le second est un juste châtiment de la colère divine. Dans la première absence du Seigneur, l'âme saintement inquiète s'humilie par un filial amour, qui lui fait craindre d'y avoir donné quelque sujet. Alors, quand même sa conscience ne lui reprocherait rien, le juste, pénétré d'un sincère amour, apprécie mieux les conséquences de la perte dont il se voit menacé ; heureux de ce bonheur dont parle le Sage (1), il ne cesse de trembler

(l)Prov., xxviii, i4.

de fi'ayeur à la pensée d'une telle perte; car l'homme ne sait jamais s'il est digne de l'amour ou de la haine de Dieu (1); et cette connaissance est réservée pour l'avenir. En attendant, les mêmes choses arrivent en général au juste et au pécheur, dans le cours de leur vie mortelle.

756. Le Sage dit que ce danger est le plus grand et le plus funeste parmi tous les maux qu'il \ a sous le soleil (2), parce que les impies et les réprouvés se remplissent de malice et s'endurcissent le cœur par une fausse et dangereuse sécurité , en voyant que les choses se passent de même pour eux et pour les autres, et qu'on ne peut distinguer avec certitude l'é^du réprouvé, l'ami de l'ennemi, le juste du pécheur, cotIi qui mérite la haine, de celui qui est digne d'amour (3). Mais si les hommes écoutaient leur conscience sans passion, sans illusion, elle apprendrait à chacun la vérité, qu'il lui importe de savoir; car lorsqu'elle reproche les péchés commis, c'est une insigne folie de ne point s'attribuer à soi-même les maux que l'on souffre, et de ne pas reconnaître sa misère, après avoir perdu la grâce et avec elle le souverain bien (4) . Si donc leur raison était libre, ils avoueraient que la plus grande preuve de leur malheur serait de ne point ressentir avec une extrême affliction la perte ou la privation de la joie spirituelle, et des effets de la grâce; car si une âme créée et destinée pour la félicité éternelle n'éprouve point ce regret, elle témoigne assez qu'elle ne la désire et ne l'aime pas; autrement elle la cherclierait avec empressement (S), jusqu'à ce qu'elle parvint à espérer qu'elle n'a point perdu le souverain bien par sa faute, du moins avec cette prudente certitude que comporte la vie mortelle.

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