‹ La cité mystique de DieuChapitre 3 sur 122 · PART. II, LIV. III, C.HAP, XVI · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. III, C.HAP, XVI

vine, pour connaître la writé à cet égard , afin que le souvenir de mystères si admirables se perpétuât, et que les lidèles eussent dans la suite le bonheur de les honorer, en confessant la foi catholique sur les lieux sacrés de notre rédemption,

210. 11 faut remarquer, pour confirmer ce point, que le démon ayant reconnu, au moment de la mort de Jésus- Christ, que cet adorable Seigneur était Dieu et rédempteur des hommes, travailla avec une fureur incroyable ùen effacer la mémoire de la terre des vivants, suivant l'expression deJérémie (1), aussi bien que celle de sa très-sainte Mère. Ainsi il Ht en sorte que la sainte croix fût une fois cachée et enterrée, une autre fois prise et emportée en l'ei-se, et dans cette même intention il travailla à la destruction et à la suppression de plusieurs sanctuaires. De là vint que les anges transportèrent si souvent la sainte maison de Lorelte, parce que le même dragon qui persécutait l'auguste Marie (2) avait déjà excité les esprits des habitants du pays à la destruction complète du sanctuaire dans lequel s'est opéré le très-haut mystère de l'incarnation. Or c'est par les mêmes machinations de l'ennemi que l'ancienne ville de. Juda tomba en ruine, tant à cause de la négligence de ses habitants qui rai)andonnèrent successivement, que par suite de divers accidents et calamités qui lui arrivèrent; mais le Seigneur ne permit point que la maison de Zacharie disparût, à cause des mystères qui y avaient été célébrés.

2H. Celte ville était éloignée, comme je l'ai dit, de vingt -sept lieues de Nazareth, et environ de deux lieues de Jérusalem , dans cette partie des montagnes de Judée où le torrent de Sorec a sa" source. Après la naissance de saint Jean, et quand la très -pure Marie et son

(1) Jerem., ii, 19. — (2) Apec., m, 13.

saint époux eurent pris congé pojir s'en retourner à Nazaretli , sainte Élisabetii eut une révélation divine qui lui apprit qu'un désastre effroyable frapperait bientôt les enfants de Bethléem et des environs (1). Et bien que cette révélation fût faite dans des termes vagues et généraux qui ne précisaient et ne spécifiaient rien , elle détermina la mère de saint Jean à se retirer avec son mari Zacharie à Hébron , distante de Jérusalem d'environ huit lieues. Les suints époux y allèrent, parce qu'ils étaient riches, nobles, et qu'ils avaient des maisons et des biens non -seulement en Juda et en Hébron , mais en plusieurs autres endroits. Quand notre Reine et saint Joseph , fuyant la cruauté d'Hérode, partirent pour l'Egypte (2) (quelques mois après la naissance du Verbe, qui fut postérieure à celle de Jean- Baptiste) , sainte Elisabeth et Zacharie habitaient Hébron; et Zacharie mourut quatre mois après que Notre -Seigneur Jésus -Christ fut né, et dix après qu'Elisabeth eut mis son fils au monde. J'en ai dit assez pour éclaircir ce doute; ainsi la maison où la Visitation a eu lieu n'était ni à Jérusalem, ni à Bethléem, ni à Hébron , mais en la ville qu'on appelait Juda. C'est ce que j'ai découvert par la lumière du Seigneur, aussi bien que les autres mystères de cette divine histoire; et l'ayant ensuite demandé une autre fois à l'ange, pour obéir à de nouveaux ordres, il me le déclara de nouveau.

212. Ils arrivèrent enfin à cette ville de Juda et à la maison de Zacharie. Saint Joseph prit les devants pour jprévenir ceux qui s'y trouvaient; et les appelant il les salua de ces paroles : Le Seigneur soit axjcc vous et rem-plissc vos âmes de sa grâce célest». Sainte Elisabeth était déjà avertie, car le Seigneur lui-même lui avait révélé que sa cousine

(1) Matlh., Il , 16. — (2) Ibid., 14.

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Marie de Nazareth venait la visiter. Elle apprit seulement dans cette vision combien l'auguste Marie était agréable aux \eux du Très-Haut ; quant au mystère de la maternité divine, il ne lui fut révélé qu'au moment où elles se saluèrent en particulier. Or Elisabeth, informée de son arrivée, s'avança sur-le-champ avec quelques-uns de sa famille pour recevoir la très - sainte Vierge , qui (comme la plus humble et la moins âgée) fut la première à saluer sa parente en CCS termes : Le Seigneur soit avec vous , ma tréschére cousine. Que le même Seigneur (répondit Elisabeth) f OMS récompense d'avoir pris la peine de venir me procurer cette consolation. Après quoi elles montèrent à la maison de Zacharie, et s'étant toutes deux retirées en particulier, il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.

histnictîon que me donna 7wtre Heine et Maîtresse.

213. Ma fille, quand la créature assigne le juste prix aux bonnes œuvres et à l'obéissance qu'elle doit au Seigneur, qui les lui ordonne pour sa gloire, elle éprouve un grand bonheur à les pratiquer, une douceur singulière à les entreprendre, et une vive ardeur pour les continuer, et ces elVels rendent témoignage de la vérité et des avantages qu'elles renferment. Mais l'âme ne peut ressentir et expérimenter ces eiïets qu'autant qu'elle est entièrement soumise au Seigneur, et attentive à tout ce que sa divine volonté demande d'elle pour l'écouter avec joie, et l'exécuter avec une prompte diligence, sans se soucier de ses propres inclinations et commodités, comme le serviteur fidèle qui cherche uniquement à faire la volonté de son

maiircet non la sieinie. C'est la manière utile d'obéir que toutes les créatures doivent à Dieu , et surtout les religieuses, qui s'y sont obligées par un vœu particulier. Et afin que vous la pratiquiez, ma très-chère tîUe, dans toute sa perfection, considérez avec quelle estime David parle en plusieurs endroits des commandements du Seigneur, de ses paroles, de la justice de ses prescriptions, des cfFets quelles produisaient en lui et qu'elles produisent toujours dans les âmes, lorsqu'il proclame qu'elles donnent la sagesse aux enfants, qu'elles réjouissent le cœur humain, qu'elles éclairent les yeux de l'intelligence, qu'elles lui servent d'une très -claire lumière pour se conduire dans toutes ses voies , qu'elles sont plus douces que le miel , plus désirables et plus estimables que l'or et que les pierres les plus précieuses. Cette prompte soumission à la volonté et à la loi divine rendit David selon le cœur de Dieu ; car tels il veut ses serviteurs et ses amis (I).

•21 i. Or regardez, ma iille, avec une très -grande estime les œuvres de vertu et de perfection que vous savez être du bon plaisir de votre Seigneur; ayez soin de n'en mépriser, de n'en rejeter, de n'en omettre aucune, quelque violence qu'il vous faille faire à votre faiblesse et à vos inclinations. Placez votre confiance en Dieu; mellez-vous bravement à l'anivre, et vous verrez que son pouvoir vaincra incontinent toutes les diflicullés; aussitôt vous reconnaîtrez par une heureuse expérience combien léger est le fardeau et combien doux est le joug du Seigneur (;2) , et qu'en parlant ainsi , le divin Maître n'a trompé personne, comme voudraient se l'imaginer les lâches et les négligents, qui par leur mollesse et leur peu de confiance combattent tacitement cette vérité. Je veux

(I) Lit). l»»alm., pafwim ; 11 Hck-, xni, t4; Acl , xiii, 22. — (2) Mnlth., xi,30.

PART, ir, LIV. Iir, CHAP. XVII. 13

aussi que , pour m'iniiter dans cette perfection , vous réfléchissiez à la faveur que la divine clémence me fit en me donnant la pitié et l'affection les plus tendres pour les créatures , comme étant des ouvrages qui participent à la bonté et sous certains rapports à l'Être de Dieu. Je désirais par cette affection de consoler, de soulager et d'encourager toutes les âmes, et par ma compassion naturelle, je leur procurais toute sorte de biens spirituels et corporels; je ne souhaitais du mal à personne, pour grand pécheur qu'il fût : au contraire , c'est vers les pécheurs que je m'inclinais vivement de toute la compalissance de mon cœur, pour leur obtenir le salut éternel. C'est de cette tendre affection que j'avais pour tous les hommes que naissait la peine que j'avais en pensant combien ma grossesse tourmenterait mon époux Joseph, lui que je devais plus aimer que tous les autres. Cette douce pitié, je l'éprouvais surtout pour les affligés et les malades, et je tâchais toujours de leur procurer quelque soulagement. Or je veux que dans les applications de ce sentiment, dont vous devez user avec prudence, vous m'imitiez autant qu'il vous sera possible.

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