‹ La cité mystique de DieuChapitre 26 sur 122 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Le Seigneur prépare la très-pure Marie pour combattre contre Lucifer, et le dragon commence à la persécuter.

335. Le Verbe éternel, qui, ayant pris chair humaine dans le sein de Marie, la reconnaissait déjà pour sa Mère , et pénétrait les desseins de Lucifer non - seulement pai- sa sagesse incréée en tant que Dieu , mais encore par sa science ci'éée en tant qu'homme, veillait à la défense de son tabernacle, plus précieux que toutes les auti'es créatures. Or, pour revêtir notre invincible Reine d'une nouvelle force contre la folle témérité de ce traître dragon et de ses troupes perlides, sa très-sainte humanité se mut et se tmt en quelque sorte sur pied dans le tabernacle virginal, comme qui voudrait s'opposer et accourir au combat, et comme indignée contre les princes des ténèbres. Dans cette posture elle pria le Père éternel , et lui demanda de renouveler ses faveurs et ses grâces envers sa Mère, afin qu'étant fortifiée de nouveau , elle brisât la tète de l'ancien serpent, qui, humilié et abattu par une femme, devait voir ses projets déjoués et sa puissance alVaiblie, de sorte que la Heine du Ciel sortît victorieuse et triomphante de sa lutte contre l'enfer, à la plus grande gloire et louange de Dieu lui-même et de la Mère Vierge.

336. La très - sainte Trinité accorda et décréta tout ce que Notre -Seigneur Jésus -Christ venait de demander. Et aussitôt il l'annonça d'une manière inefiable à sa trèspure Mère, qui le portait dans son sein. Dans cette vision.

une très -abondante plénitude de biens, de grâces et de dons inconcevables lui furent communiqués, et elle y connut par une nouvelle lumière de très-sublimes et trèsprofonds mystères que je ne saurais exprimer. EUeapprit notamment que Lucifer couvait d'orgueilleux desseins conti'e la gloire du Seigneur lui-même, et fabriquait de grandes machines de guerre , et que dans sa présomption cet ennemi allait jusqu'à se promettre de dessécher les pures eaux du Jourdain (t). Le Très-Haut lui dit, en lui révélant toutes ces choses : « Mon Épouse et ma Colombe, « l'ardente fureur du dragon infernal contre mon saint « nom et contre ceux qui l'adorent est si insatiable, que, « dans l'excès de sa présomptueuse audace, il prétend les « terrasser tous , sans en excepter aucun , et effacer mon a nom de la terre des vivants. Je veux, ma bien -aimée, « que vous preniez ma cause en main , et que vous détt fendiez mon saint honneur en combattant en mon nom tt contre ce cruel ennemi ; je serai avec vous dans le com- « bat, puisque j'habite votre sein virginal. Or, avant de « naître, je veux que vous abattiez et confondiez les dé- « mons par ma vertu divine : car ils sont persuadés que « la rédemption des hommes approche, et ils aspirent , « avant qu'elle arrive, à les exterminer tous et à séduire « les âmes qui sont sur la terre, sans en excepter aucune. « Je confie celle victoire à votre fidélité et à votre amour. « Vous combattrez en mon nom, et moi en vous contre « ce dragon et cet ancien serpent ('2). »

337. Cet avis du Seigneur, et la connaissance de mystères si cachés, firent naifrc de tels sentiments dans le cœur de la divine Mère , que je ne trouve point de termes pour rendre ce que j'en sais. Notre très- zélée Reine, sa-

(1) Job, XL, 18. —(2) Apoc, XII , 9.

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chant que la volonté de son très-saint Fils était qu'elle défendit l'honneur du Très-Haut, s'enflamma d'un amour si ardent, et se revêtit d'une force si invincible, que quand même chaque démon eût été un enfer tout entier rempli de la fureur et de la malice de tous les autres, ils n'eussent été tous ensemble que de faibles et imperceptibles fourmis pour s'opposer à la puissance incomparable de notfe protectrice ; elle les eût tous anéantis et vaincus par la moindre de ses vertus et par le zèle de la gloire et de l'honneur du Seigneur. Ce divin Défenseur et Rédempteur des hommes destina ce glorieux triomphe sur l'enfer à son auguste Mère; il voulut que ce fût elle qui réprimât l'arrogance superbe de ses ennemis, si impatients de perdre le monde avant que son salut lui vînt; et que tous les mortels se reconnussent obligés non -seulement à l'amour inestimable du très -saint Fils de Dieu, mais aussi à leur divine Protectrice et Réparatrice , qui , allant au-devant de notre ennemi commun , l'arrêta, le vainquit et l'abattit, pour que le genre humain ne fût plus incapable et comme dans l'impossibilité de recevoir son Rédempteur.

338. 0 enfants des hommes, d'un cœur tardif et pesant! Comment n'apprécions -nous pas tant d'admirables bienfaits? Qu'est-ce que l'homme, Seigneur, pour mériter que vous l'estimiez et que vous le favorisiez de la sorte (1)? Vous engagez votre propre Mère et notre Maîtresse au combat et au travail pour notre défense. Qui a jamais ouï un tel exemple? Qui a pu trouver le secret d'un amour aussi fort et aussi ingénieux ? Où est notre jugement? Quelle dureté est la nôtre? Qui a introduit chez nous une si noire ingratitude? Comment les hommes, si éperdù-

(l)Ps. 1,5.

ment épris de l'honneur, ne rougissent-ils pas de honte lorsqu'ils se rendent coupables d'une ingratitude aussi indigne, aussi infâme, que d'oublier un pareil bienfait? Le reconnaître , le payer de leur propre vie , voilà en quoi les mortels enfants d'Adam devraient faire consister la véritable noblesse, le véritable honneur.

339. La très -obéissante Mère s'offrit de combattre contre Lucifer, pour la gloire de son très- saint Fils, de sOn Dieu et du nôtre. Et, répondant à ce qu'il lui ordonnait, elle lui dit : « Mon Seigneur et mon souverain bien, « dont la bonté infinie m'a donné l'être , la grâce et la « lumière, que je confesse avoir reçus, je suis. Seigneur, « entièrement à vous, et vous êtes , par cette même bonté, « mon Fils; faites de votre servante tout ce 'que ré- « clameront votre plus grande gloire et votre bon plai- « sir; or si vous êtes, Seigneur, en moi, et moi en « vous, qui sera assez puissant pour résister à votre (( volonté? Je serai l'instrument de votre bras invincible; « fortihez-moi, venez avec moi, et allons combattre contre « l'enfer, contre le dragon et contre tous ses alUés. » Pendant que notre divine Reine faisait cette prière, Lucifer sortit de ses conciliabules avec un tel orgueil et une telle haine contre elle, qu'il semblait ne plus faire cas des autres ùmes, dont il ne respire que la perte. Ah! si nous pouvions nous faire une juste idée de cette fureur infernale, nous concevrions facilement ce que Dieu dit à Job de cet esprit rebelle , savoir qu'il méprisait le fer connue la paille, et l'airain comme un bois pourri (1). Telle était la colère de ce dragon contre la Irès-sahitc Vierge. Mais comparativement elle n'est pas moindre aujourd'hui contre les âmes, à une différence près : car si son orgueil fait

(1) Job, XLi, 18.

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autant de mépris de la plus sainte et de la plus forte que d'une feuille sèche (1), que fera-t-il des pécheurs qui ne lui résistent pas plus que de faibles roseaux? La foi animée des bonnes œuvres et l'humilité de cœur nous serviront de doubles armes pour le vaincre glorieusement (2).

340. Lucifer, voulant commencer de livrer la bataille, assembla près de lui , avec leurs principaux chefs , les sept légions (3) qu'il destina, lors de sa chute du ciel, à tenter les honunes sur les sept péchés capitaux. 11 recommanda à chacun de ces escadrons d'attaquer vigoureusement njotre innocente Souveraine et de déployer contre elle leur plus grande adresse. En ce moment l'invincible Reine vaquait à l'oraisoh, et , le Seigneur le permettant, la première légion s'avança pour la tenter d'orgueil : car c'était la principale fonction de ces ennemis. Pour exciter les passions ou les inclinations naturelles par l'altération des humeui"s du corps (c'est leur manière ordinaire de tenter les âmes), ils tâchèrent de s'approcher de notre divine Maîtresse, supposant qu'elle ressemblait aux autres créatures, sujettes , à cause de la faute originelle , aux passions désordonnées; mais ils ne purent l'aborder comme ils l'auraient voulu, parce qu'ils étaient repoussés par une force irrésistible et une odeur de sainteté qui les tourmentaient beaucoup plus que le feu qu'ils enduraient. Mais bien qu'il en fût ainsi, bien que le seul aspect de la très-humble Marie les pénétrât d'une cuisante douleur, la rage qui les transportait contre elle était si violente, si excessive, qu'ils ne comptaient pour rien ce tourment, et ils s'acharnaient à l'envi à s'en approcher davantage, brûlant de la troubler et de l'insulter.

(1) Job, XLi , 20. — (2) Ephes. , vi , 16. — (3) ApoG.j XU, 3.

341. Le nombre des démons dtait considérable, et la très -sainte Vierge n'était qu'une seule et simple femme; mais elle seule leur était aussi formidable et aussi terrible que plusieurs armées rangées en ordre de bataille (i). Ces ennemis l'attaquaient avec autant de violence que de malice (2). Mais notre auguste Souveraine, voulant nous enseigner à vaincre , ne se donna point la peine de bouger; elle n'éprouva aucune altération, aucun changement , ni dans ses traits , ni dans son teint. Elle n'en fit non plus de cas que s'ils eussent été de petites fourmis, et elle les méprisa avec un cœur magnanime et invincible : car puisque celte guerre se fait avec les vertus, il faut en exclure tout bruit, toute agitation extérieure, tout excès quelconque; il faut n'y apporter que sérénité, calme, paix au dedans, modestie au dehors. Ils ne parvinrent pas non plus à exciter ses passions ou ses appétits , parce que le pouvoir du démon ne s'étendait point jusque-là pour notre Reine, qui était entièrement soumise à la raison , comme cette même raison l'était à Dieu : le coup fatal du premier péché n'avait point dérangé l'harmonie de ses facultés, ni troublé leur accord, de même que chez les autres enfants d'Adam. C'est pourquoi les flèches de ces ennemis étaient, suivant l'expression de David, comme des flèches lancées par de petits enfants (3) , et leurs efforts ressemblaient au tir d'armes non chargées: loute leur force tournait contre eux- mômes, parce qu'elle ne servait qu'à leur faire sentir plus vivement une infériorité qui les tourmentait. Ils ignoraient l'iimocence et la juslice originelle de la très-chaste Marie , et par conséquent ils ne remarquaient point qu'elle était inaccessible aux tentations communes; ils ne laissaient néanmoins pas de

(1) Cant., VI , 3. — (3) Ps. cxviii , 85. - (3) Ps. LXiil , 8.

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conclure du caractère de grandeur et de constance empreint sur sa physionomie, qu'elle les méprisait et qu'ils lui nuisaient fort peu, ou, pour mieux dire, point du tout; car, ainsi que le dit l'évangéliste dans l'Apocalypse, et que je l'ai rapporté dans la première partie , la terre aida la femme revêtue du Soleil , quand le dragon lança contre elle les eaux impétueuses des tentations (1); en efïet, le corps terrestre de Notre-Dame n'était vicié ni en ses facultés ni en ses sensations, comme les auti'es, qui ont été atteints par le péché.

342. Ces démons prirent des formes corporelles , terribles et épouvantables, et y joignant des hurlements, des cris et des rugissements affreux, ils faisaient entendre des bruits sinistres et menaçants, ils ébranlaient le sol ou la maison , comme si elle avait dû s'écrouler, et se livraient à d'autres extravagances semblables, pour troubler, effrayer ou émouvoir la Souveraine de l'uuivers ; car ils se seraient crus victorieux s'ils eussent seulement remporté quelqu'un de ces avantages sur elle , ou s'ils l'eussent distraite de l'oraison. Mais aucun trouble, aucune altération, aucun changement ne se produisit dans le cœur magnanime de l'invincible Marie. 11 faut remarquer ici que pour ce combat le Seigneur laissa sa très-sainte Mère dans l'état commun de la foi et des vertus qu'elle possédait , en lui suspendant l'intluence des autres faveurs dont elle jouissait continuellement hors de ces occasions. Le Très -Haut le voulut ainsi, afin que le triomphe de sa Mère fût plus glorieux et plus excellent, outre plusieurs autres raisons que Dieu a dans cette manière de conduire les âmes : car dans cette conduite ses jugements sont impénétrables. Notre grande Reine disait quelquefois : « Qui est semblable au

(1) Apoc, xn, 16.

« Seigneur notre Dieu, qui habite les lieux les plus élevés , « qui regarde les humbles dans le ciel et sur la terre (1)? » Et par ces paroles elle abattait ces épées tranchantes des deux côtés qui la menaçaient.

343. Pour changer leur peau et prendre celle de brebis, ces loups affamés quittèrent leurs formes épouvantables , et se transformèrent en anges de lumière tout resplendissants de beauté. Se présentant à notre divine Souveraine, ils lui dirent : « Vous avez vaincu , vous avez vaincu, vous êtes forte, nous venons vous assister et récompenser votre invincible valeur; » et après lui avoir débité ces flatteries trompeuses, ils l'environnèrent et s'offrirent de la servir. Mais la très - prudente Reine recueilht tous ses sens, et, s' élevant au-dessus d'ellemême (2) , elle adora par le moyen des vertus infuses le Seigneur en esprit et en vérité (3); et méprisant les pièges de ces langues iniques et éloquentes en mensonges (4) , elle e'adressa en ces termes à son très - saint Fils : « Mon « Seigneur, mon Maître , ma force et véritable lumière « de la lumière inaccessible, toute ma confiance n'esi « qu'en votre protection , et qu'en l'exaltation de votre « saint Nom. J'anathématise et je déteste tous ceux qui en a veulent ternir la gloire. » Ces artisans du mal s'obstinèrent à tenir des discours trompeurs à la Maîtresse de la science , et à élever pai" leurs fausses louanges au-dessus des étoiles Celle qui s'humiliait au-dessous des plus basses créatures; ils lui dirent qu'ils la voulaient distinguer entre outes les femmes, et qu'ils prétendaient lui accorder une faveur singulière, qui était de la choisir au nom du Seigneur pour Mère du Messie , afin que sa sainteté surpassât celle des patiiarches et des prophètes.

(1) Rom., Xf , 33 ; Ps. cm, 5. — (2) Thren., m, 28. — (3) Jean.. iv,23. — (4)Eccli.,Li,3.

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344. C'est Lucifer qui fut l'auteur d'une entreprise si extravagante, mais sa malice s'y révèle pour l'enseignement des autres âmes. Il était bien ridicule de promettre à la Reine du ciel un titre qui lui appartenait déjà, et les démons furent eux-mêmes trompés et abusés non-seulement en ce qu'ils offraient ce qu'il leur était impossible de donner, mais en ce qu'ils ignoraient les secrets du grand Roi , renfermés en cette bienheureuse femme qu'ils persécutaient. La méchanceté du dragon n'en fut pas moins grande ; car il savait qu'il ne pouvait pas effectuer ce qu'il promettait. Mais il voulut voir si dans le cas où notre divine Souveraine eût été destinée à devenir la Mère du Messie, elle montrerait d'une manière quelconque qu'elle le sût. La prudence de la très-sainte Vierge découvrit la fourberie de Lucifer; et la méprisant, elle se tint dans une réserve sévère et dans une constance admirable. Tout ce qu'elle fit pendant ces trompeuses flatteries fut de continuer son oraison , et prosternée en terre d'adorer le Seigneur j en le glorifiant, elle s'humiliait ellemême , et se croyait la plus méprisable de touttis les u'ëatures , plus vile même que la poussière qu'elle foulait aux pieds. Tant que cette tentation dura, elle ne cessa d'abattre l'orgueil de Lucifer par sa prière et pai* son humilité- Je n'ai pas cru devoir m'étendre davantage sur les autres cruautés et sur les autres mensonges que leur sagacité inspira aux démons dans cette circonstance, parce que ce que j'en ai dit suffit pour notre Instruction, et que d'ailleurs on ne doit pas exposer toutes choses à l'ignorance ni à la faiblesse des créatures terrestres.

345. Ces ennemis de la première légion ayant été dissipés et vaincus , ceux de la seconde se présentèrent pour tenter d'avarice celle qui était la plus pauvre du monde. Us lui offrirent de grandes richesses, de l'or, de l'argent

et des pierres précieuses. Et pour prouver qu'ils ne faisaient point des promesses en l'air, ils lui présentèrent plusieurs trésors, quoiqu'ils ne fussent qu'apparents, dans la pensée que les objets présents et délectables avaient une gi-ande force pour émouvoir la volonté. Ils étayèrent leur imposture de beaucoup de raisonnements perfides, et lui dirent que Dieu lui envoyait tout cela afin qu'elle le distribuât aux pauvres. Puis , comme elle ne voulait rien recevoir, ils changèrent de tactique, et lui alléguèrent qu'il n'était pas juste qu'elle fût si pauvre, puisqu'elle était si sainte , qu'il était bien plus convenable qu'elle fût maîtresse de ces richesses que tant de pécheurs et ennemis de Dieu , et que ce serait une injustice et un désordre de la providence du Seigneur, de tenir les justes dans la pauvreté, et les méchants dans l'abondance de toute sorte de biens.

346. C'est en vain, dit le Sage, qu'on jette le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes (1). Cela était vrai dans toutes les tentations que les démons inventèrent contre notfe auguste Souveraine ; mais quant à la tentation d'avarice , la malice du serpent était beaucoup plus insensée, puisqu'il tendait ses filets en des choses si terrestres et si viles à celle qui était le phénix de la pauvreté, et qui, si loin de la terre, avait élevé son vol au-dessus des séraphins eux-mêmes. Jamais la très- prudente Marie, quoique remplie d'une sagesse divine, ne se mit à raisonner avec ces ennemis; et c'est ce que personne ne doit faire; car ils combattent contre la vérité évidente, à laquelle ils ne se rendront pas, bien qu'ils la connaissent. Voilà pourquoi la sainte Vierge se prévalut de quelques paroles de l'Écriture , en prononçant avec une humble sé-

(!)Prov., 1, 17.

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vérité celles du psaume cxviii : HœredUate acquisivi testimoma tua in œternum (1) : « J'ai acquis, Seigneur, les témoignages de votre loi, pour être éternellement mon héritage. » Elle en joignit d'autres à celles-là, louant et bénissant le Très - Haut avec de vives actions de grâces de ce qu'il l'avait créée et conservée, et de ce qu'il l'assistait malgré son indignité. Et par cette conduite pleine de sagesse , elle vainquit et dissipa la seconde tentation, en jetant dans une nouvelle confusion et dans de plus grands tourments tous ces ouvriers d'iniquité.

347. La troisième légion se présenta avec le prince impur qui s'attaque à la faiblesse de la chair j ils redoublèrent ici d'efforts , parce qu'ils se trouvèrent encore plus incapables de rien faire de ce qu'ils désiraient. Ainsi ils y réussirent moins, si toutefois il peut, dans un cas, être question du moins par rapport aux autres. Us essayèrent de la troubler par des suggestions honteuses et par des images abominables et monstrueuses. xMais tout cela se réduisit en fumée, parce que la très-pure Vierge, reconnaissant la nature de cette tentation , se recueillit aussitôt dans son intérieur, et suspendit l'usage de ses sens et toutes leurs opérations ; de sorte qu'elle ne put être frappée par aucune de ces images. Aucune de leurs espèces n'entra même dans sa pensée ; car elle leur avait rendu toutes ses facultés inaccessibles. Elle renouvela plusieurs fois avec une volonté fervente le vœu de chasteté en la présence intérieure du Seigneur j et elle mérita plus dans cette occasion que toutes les vierges qui ont été et qui seront dans le monde. Le Tout-Puissant lui donna en celte matière une vertu telle , que la poudre allumée dans un canon ne pousse pas la balle placée devant elle avec

(l)Ps. cxvni, m.

autant de force et de vitesse, que la très-pure Marie chassait les ennemis quand ils voulaient l'insulter par une tentation de ce genre.

348. La quatrième légion s'employa contre la douceur et la patience, en tâchant d'irriter la très-douce colombe. Cette tentation fut plus incommode que les autres , parce que les ennemis bouleversèrent toute la maison. Ils rompirent et brisèrent tout ce qui s'y trouvait dans les circonstances et de la manière qu'ils croyaient les plus propres à fâcher la plus bénigne des créatures; mais les saints anges réparèrent aussitôt tout ce dommage. Les démons, vaincus dans cette première attaque , prirent les figures de quelques femmes connues de la sérénissime Souveraine, et ils l'abordèrent ensuite avec bien plus d'insolence et de fureur qu'elles n'eussent pu le faire elles-mêmes; ils lui adressèrent des injures atroces, et poussèrent l'impudence jusqu'à la menacer et lui prendre des choses qui lui étaient les plus nécessaires. Mais toutes ces machinations n'étaient que frivoles pour qui en connaissait les auteurs, comme la pacifique Marie ; car ils ne firent point un geste, point un acte dont elle ne pénétrât la malice. Cela ne l'empêchait pas d'en faire entièrement abstraction sans trouble, sans émotion , mais avec une majesté de Reine qui se riait de tous ces efforts. Les malins esprits se doutèrent qu'ils étaient reconnus, et par suite méprisés à ce point. Ils se servirent d'un autre instrument, qui fut une véritable femme d'un caractère propre à leur dessein. Ils l'excitèrent contre la Souveraine du ciel avec un artifice diaboli(iue; car un démon prit la forme d'une de ses amies, et lui dit que Marie, femme de Joseph, l'avait déshonorée en son absence, en débitant sur son compte plusieurs indignités que le même démon uivenla.

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